LETTRE XXVII
Une heure après que MM. de Valliquerville et de Beauregard sont arrivés ici , tant pour m'aider à recevoir Monsieur que pour lui dire le bon ordre que vous avez établi pour son passage et pour sa sûreté, même que vous éusiez dessein de venir au-devant de lut jusque auprès de Reims, M. de Verderonne • est venu de sa part , et m'a dit qu'il avoit un extrême déplaisir d'avoir appris que M. du Halier * étoit avec des troupes sur la rivière de Seine cour en garder les passages , et que même il avoit déjà pris quelques-uns des siens qu'il y avoit envoyés ; qu'il ne ialloit point que cela vous mit en peme, vu qu'il trouveroit le moyen de passera l'neure que l'on s'en douteroit le moins, et qu'enfin ses intentions étoient toujours de demeurer dans Tunion que vous vjous étiez promise. J'ai eu soin de vous avertir, par un garde que je vous envoie exprès,
1. Claude de TAubespine. baron de Verderonne, gentilhomme du duc d'Orléans, depuis président en la chambre des Comptes de Paris.
2. François de Vitry, comte du Halller, plus urd maréchal de PHopital.
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de cette fâcheuse nouvelle, tant afin que vous ne vous missiez plus en peine de venir au-devant de lui, et pour faire retourner vos gens et vos chevaux, aue pour vous avertir de r arrivée de M. de Veraeronne , qui va vous trouver à Sedan de la part de Monsieur. Il faut demeurer d'accord , Monseigneur, que cet accident est fâcheux, et qu'il trouble bien vos projets, et même d'autant plus que nous sommes incertains si ce retardement est causé par les raisons que l'on nous dit, ou si les émissaires de M. le cardinal n'ont point gagné quelque chose sur l'esprit de Monsieur, pour lui donner du dégoût de nous joindre ; particulièrement M. de la Rivière, que j'apprends être assez bien auprès de lui , et que j'ai toujours appréhendé , comme je vous l'ai mandé par ma précédente. Ce qui vous doit pourtant assurer, outre les soins de M. le comte de Fiesque, c'est que M. de Montrésor est persuadé que c'est l'intérêt de son maître , et qu'ayant beaucoup d'affection pour lui, et étant tout à fait nomme d'honneur, il n'oubliera rien pour le confirmer dans cette pensée; joint que, si l'affaire réussit, il aura la première place auprès de lui ; au lieu que, si Monsieur étoit contraint de s'accommoder, le premier article du traité seroit son exclusion des affaires, et l'établissement ou de M. de la Rivière, ou de quelque autre agréable à la Cour. Je prendrai donc la liberté de vous dire, Monseigneur, que, sitôt que je serai arrivé à Sedan avec M. de Verderonne , vous pouvez me renvoyer à Blois pour presser Monsieur de prendre le cnemin de la rivière de Seine du côté de Normandie , et je lui proposerai de venir par Gasny, qui
d'Alex, de Campion. 525
est à moi , à une lieue et demie de Vernon , où je pourrai faire apporter un bateau dans ma maison , et y faire venir tant de chevaux qu'il me plaira, sans soupçon, tant parce que l'on ne prend pas garde ie ce côté -là qu'à cause que j'ai beaucoup d'amis en ce pays, et nous viendrons passer la rivière d'Oise à Creil. Enfin , Monseigneur, vous résoudrez, et j'obéirai de bon cœur comme je le dois.
A Condé, ce 3 janvier 1637.