LETTRE LXXXI
Quoique vous m'ayez commandé de ne vous point remercier de l'argent que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer, je vous demande la permission de vous désobéir cette seule fois en ma vie , ne pouvant me résoudre à ne vous pas témoigner une partie de la reconnoissance que j'en ai, qui est d'autant plus grande que cette grâce devoit être moins attendue, particulièrement dans un temps auquel vos affaires sont en désordre, aussi bien que vous, et, comme c'est le seul présent que j'aie reçu en ma vie , quoiqu'elle ait été mêlée à beaucoup d'aventures et que j'aie fait des pertes assez grandes pour des personnes bien consi-
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dérables , il est assez juste que je vous témoi^e à quel point cette marque de votre générosité m'est sensible. Je vous avoue que cela m'est arrivé dans mon besoin et dans un temps où j'allois être à charge à mes amis, auxquels je suis bien aise de ne rien emprunter, afin ae n'a*voir obligation qu'à vous. Au reste, Madame, je partirai demam pour aller à Cousières *, où l'espère vous voir aussi secrètement que j'ai fait à Dampierre.
Ce.... juin 1644.
A LA MÊME
LETTRE LXXXH.
J'ai appris avec un double déplaisir votre retraite hors de France, l'un pour les pdnes que vous avez eues , et l'autre pour ne les avmr pas partagées , comme vous m'aviez fait l'honneur de me le promettre lorsque j'eus celui de vous voir à Cousières. Je sais bien que votre départ a été précipité et qu'il étoit impossible de me le mander aussi ne m'en prends-je qu'à la continuation de ma mauvaise fortune. Mais , Madame, quand vous serez en un lieu fixe , je vous demande la grâce de me le mander, afin que je m'y rende; aussi bien on ne peut souffrir davantage que je fais en France , tant à cause de la peme que j'ai à m'observer que pour celle d'être
I. Charmante habitation dans la vallée de Tlndre, tout près de Montbazon , département d'Indre-et-Loire.
d'Alex, de Campion. 397
éloigné de vous et de ne vous pouvoir rendre. les services à c[uoi l'obligation que je vous ai et mon inclination m'engagent. Il falloit encore cette dernière sortie du royaume pour achever d'illustrer votre nom par toute l'Europe. Ce qui m'en fâche est qu'on ne pourra parler de cette retraite si judicieuse qu'on ne le fasse des injustes persécutions que vous font des personnes pour qui vous et moi avons toute l'affection et tous les respects possibles ; mais , Madame , comme on les a prévenues de sentiments à notre préjudice, il ne faut pas que cela diminue ceux que vous avez eus toute votre vie pour leur service. Si j'ose joindre mes intérêts aux vôtres, c'est parce que je prétends qu'ils y seront toujours attachés, et non pas que je sorte du res- Ï)ect que je vous dois. Le général d'armée et e soldat sont de même parti ; cependant, cela n'empêche pas la différence qui est entre eux. Au reste ,7e vous envoie un chiffre plus difficile à expliquer que tous ceux que nous avons; et je ne manquerai pas de vous écrire par toutes les voies que je pourrai découvrir, en attendant que* vous m'ayez donné la permission de me rendre ^auprès de vous, que je ne recevrai jamais sitôt que je le désire, ce...
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A M. LE DUC DE VENDOME
LETTRE LXXXIII i.
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire , datée du 19 juillet de Fribourg en Suisse, avec une autre pour mon frère,
Sue je ne manquerai pas de lui taire tenir à Itie^ e Gersey. Je vous proteste, Monseigneur, que rien ne me pouvoit tant réjouir que la continuation des bontés que vous me témoi^ez. J'avois toujours bien cru que vous étiez mcaçable de parler au désavantage d'un homme qui a toujours eu un zèle très-particulier pour vous et pour toute votre maison, et qui n'a jamais fsdt que les actions d'un homme d'honneur; même que vous étiez trop généreux pour me dénier la même part que vous m'avez fait l'honneur de me promettre dans votre estime. Je sais bien. Mon-, seigneur, que ce seroit trop demander si je ne regardois que le peu que je vaux; mais si je considère votre parole, à quoi vous êtes incapable de manquer, j'ose me le promettre certainement,, outre les assurances que vous me faites la ^âce. de m'en donner par votre lettre, dont j'ai tout le ressentiment possible, et tel que le doit avoir votre.
A Vert, ce 17 d'août 1644.
- I. Cette lettre et les six qui suivent se rapportent à l'accusation de trahison que la maison de Vendôme faisoit peser sur Alexandre de Campion à l'occasion de l'arresUtioit du duc de Beaufort.
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a m. le duc de rbtz.