LETTRE XCV
Pour m'acquitter de la parole que je vous donnai en passant chez vous pour aller à Dieppe, de vous mander ce que je deviendrois, je vous dirai que, madame de Longueville s'étant embarquée auprès de Harfleur, je me retirai chez moi en attendant qu'il se présente une occasion où elle ait besoin de ses serviteurs et qu'elle m'envoie ses ordres. Je ne doute point <jue vous n'ayez beaucoup de joie de ce que je ne l'ai point suivie, et je vous avoue que
j. Madame de Vascœuil étoitsœur des Campion.
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j'aime mieux être demeuré en France si je lui suis inutile au pa^ où elle va, n'étant plus guère d'âge ni d'humeur à vo]rager dans les pays étrangers; outre que je sais gue mon retour réjouira toute notre famille, je crois que vos prières à vous et à madame de Beryille ' m'ont attiré ce bonheur-là. Je vous réponds Qu'il y a beaucoup à profiter d'avoir des dévotes aans sa famille, et que je suis bien éloigné d'être de l'humeur de ceux qui disent que cela porte malheur, et j'attends un jour ma conversion de vous et d'elle, moyennant la grâce de Dieu. Je sais que quelques-uns de vos Messieurs ne content à rien notre volonté^; mais je suis bien aise que vous ne soyez pas de cette oçinion, et que vous , qui dogmatisez et faites aes catéchismes, n'entrepreniez pas de persuader une doctrine qui, bonne ou mauvaise, pourra apporter du trouble et de la division dans l'église, par la contradiction de la plupart des religieux de France. Je trouve votre bon ami le Père Saint- Pé tout à fait raisonnable sur ce chapitre, comme en tout le reste. C'est avec raison que vous avez tant d'amitié pour lui , et je le trouve un des plus agréables et des moins façonniers de tous ceux qui font profession de conquérir des âmes pour le ciel. Je n'ai jamais vu d'homme aue je croie plus caj>able d'être directeur que lui. Je sais aue je fais bien ma cour auprès de vous en parlant ainsi; mais je le dis sans complaisance, avec ma sincérité ordi-