‹ Mémoires de Henri de Campion, nouvelle éd (volume 2)Chapitre 179 sur 231 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

\u mois de septembre 1852 — il y a quatre ans — je fis imprimer un ^prospectus dans lequel je disais :

p « Pour un très grand nombre de f personnes — et de personnes instruites — la littérature française se compose des ouvrages d'une vingtaine d'auteurs du XVII* siècle etduXVIIIe; la poésie française commence avec Boileau, le théâtre avec Corneille, le roman avec Le Siage. Tout ce qui est antérieur est dédaigna comme produit d'une époque barbare;....

« En fixant ainsi au milieu du dix-septième siècle l'origine de notre littérature , on supprime précisément ce qu'elle a dp spontané, de vraiment national. A partir de cette époque, en effet, nos écrivains, familiarisés avec les lettres grecques et latines, ne songent plus ou'à imiter les modèles d'Athènes et de Rome, et Vùn voit tomber dans un oubli profond tout ce qui constitue notre littérature du moyen âge , si riche et si variée, ces légendes naïves, ces épopées chevaleresques, ces mystères, et, enfin, ces poésies légères ou satiriques , ces contes , ces facéties , partie d'autant plus importante de notre littérature

qa-elle repréisente plus essentiellement le cAté saillant de l'esprit national.

« Si ces ricnesses littéraires sont g|éfléiateii»nt ignorées, ce n'est pas, il &ut être ruste, qn^on irait rien fait pour les tirer de l'oubli : quelques écrivains de la fin du siècle dernier v ont travaillé avec plus de bonne volonté cpte de oonheur. Plus tard , d'importantes publications ont eu lieu ; mais il s'en faut que la mine soit épuisée. Ajoutons

3ue la plupart des ouvrages du moyen âge publiés ans ces oemiers temps ont été tirés à peut nombre , se vendent fort cher, et ne sont pa9 léellement à la portée du vrai public.

' « Auji^urdliui cependant Pélan est dioimé. Le pblic veut connaître cette époque ignoiée et si long-^temps calomniée, te moyen âge. »

Ce prospectus annonçait une Revue mensuelle qui devait paraître à partir du mois de janvier 1 85 1 , et reproduire les principaux monuments de la littérature du moyen âge. Mais je ne tardai pas à abandonner le projet de cette publication pério- (fique. Je pensai qu'il valait mieux publier cnaque ouvrage séparément, en volumes d\in format commode , dignes de tous par leur exécution matérielle, à ta portée de tous par la modicité de leur prix. Le plan de la Bibhothèijue dzevirienne état trouvé, du moins quant à la partie matérielle. Au point de vue littéraire, il laliait le con>pléter. Il ne s'agissait plus exclusivement du moyen Âge : avec ma nouvelle combinaison, il devenait possible d'étendre considérablement mon cadre, et de reproduire une foule d'ouvrages pos^ teneurs au moyen âge , mais précieux pour l'étude des mœurs, de la littérature et de l'histoire ; de pla-

cer dans un nouveau jour, au moyen de travaux consciencieux, les chefs-d'œuvre de notre littérature classique.

Je me mis immédiatement à l'oeuvre. En donnant à ma collection le titre de Bibliùthètme duvirienne, je m'imposais des obligations difficiles à remplir. Les petits volumes sortis des presses des Eizevier sont imprimés avec une pettection qui fera toujours l'aamiration des connaisseurs. La netteté des caractères, l'élégance des ornements , la qualité du papier, tout concourt à fure de ces volumes des livres admirables. La typographie a fait d'immenses progrès depuis deux siècles sous le rapport des moyens d'exécution , mais quant aux résultats, il n'en est pas de même. Les plus beaux livres de notre époque sont imprimés dans un format peu commode, sur du papier très blanc, brillant, glacé, satiné, mais brûlé, cassant et d'une qualité déplorable , avec des caractères mal proportionnés et difficiles i lire. Rien de tout cela ne pouvait me convenir. Je n'eus pas grand'peine à trouver le format : c'est celui des Eizevier un peu agrandi, avec cette différence aue la feuille est tirée in-i6, ce qui donne des volumes plus réguliers que l'in-12 des Eizevier. Le papier, il fallut le faire fabriquer, car on ne fait plus guère de papier de fille ; filigrane, qui reproduit mon nom , prouve la destination de celui que J'emploie. Quant aux caractères, je fis faire des fontes de ceux qui me parurent les plus convenables, en attendant qu'il me fût possible d'employer ceux que je devais faire graver. Les ornements furent copiés par M. Le Maire, un graveur habile, sur ceux aont se servaient les El-

zevier. Les imprimeurs se prêtèrent à des siodificâtions qui assuraient là régularité du tirage. Tout cela prit beaucoup de temps, et les neuf premiers volumes de la BMùthique elteyirienn^ fvk , rent mis en vente seulement au mois d'août 1853.

Ma collection fut accueillie avec faveur. Le public se chargea de prouver qu'elle répondait à un besoin. La critique se montra d'une extrême bienveillance. Bref , le succès de la Bibliothèque elzeyirienne fut assuré dès l'appparition des premiers volumes , et depuis il ne s'est pas démenti.

Je n'ai pas voulu jusqu'ici donner un catalogue détaillé des ouvrages qui doivent composer la Bibliothi^ue elzeyirienne. Je craignais de fournir des indications utiles à des concurrents peu scrupuleux. C'est un fait malheureusement trop connu que, lorsqu'une nouvelle combinaison de librairie réussit, chacun se croit autorisé à marcher dans la voie de l'inventeur. Mais, pour moi, le danger s'amoindrit chaque jour : le nombre des volumes déjà publiés et des volumes prêts à paraître , le matériel dont je dispose , l'affection des érudits qui veulent bien concourir à l'accroissement de ma collection, et, enfin, la bienveillance du public, tout tend à me rassurer contre les résultats d'une concurrence déloyale. Aussi je n'hésite plus à donner le plan de la Bibliothèaue elzeyirienne y plan qui n'est pas absolument définitif, mais oui , s'il n'annonce pas tous les volumes que je dois publier, n'en comprend guère sur lesquels il n'ait oéjà été fait pour mon compte des travaux préparatoires, et qui ne doivent voirie jour dans un délai plus ou moins rapproché.

P. Jannet.

CATALOGU E^

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