‹ Mémoires de Henri de Campion, nouvelle éd (volume 2)Chapitre 18 sur 231 · I. Le 2$ octobre · texte numérisé non relu

I. Le 2$ octobre

. 2. Josias, comte de Rantzau, étoit maréchal de camp du 18 février. Il fut fait maréchal de France le 30 juin 164J.

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de camp, pour essayer de jeter du monde dans la place, quoique l'on ne crût pas la chose possible. Rantzau ayant pris un grand détour pour aller passer la Saône à Auxone , entra dans Saint- JeanAle-Lône le 2 novembre, par le côté de la Franche-Comté, avec les troupes qu'il condui* soit. Ce secours, joint à la résolution que les bour* seois firent paroitre dès le commencement de Fattaque, et aux pluies abondantes qui inondèrent la vallée où la ville est constrmte, contraignirent le duc de Lorraine à lever le siège (le 3 novembre), après un assaut où il fut repoussé. Ses tranchées et ses batteries étoient noyées, au point qu'il eut les plus grandes peines à retirer son canon. La fermeté des habitans de Saint-Jean-de-Lône et le mauvais temps saurvèrentla Bourgogne, où les ennemis auroient pris des quartiers d'hiver s'ils se fussent rendus maîtres de cette place, notre armée n'étant pas assez forte pour les en empêcher, et le reste des troupes de France se trouvant trop occupé à chasser les Espagnols de la Picardie, pour vemr nous secourir. Mais Galas , voyant le siège de Saint-Jean-de-Lône levé, le pays où il étoit presqu'entièrement inondé , et l'niver approchant, ne songea plus qu'à la retraite, qu^il nt en fort bon ordre, et sans autre perte que trois pièces de x:anon , que les mauvais chemms , plutôt que nos entreprises, le forcèrent d'abandonner. L'opinion commune fut que le duc de Weimar, mécontent de ce aue la Cour hii donnoit dans le cardinal de la Valette un compagnon avec lequel il n'étoit pas en trop bonne intelligence, uttssa retirer tranquillement Galas, et peut-être

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aussi croyant qu'on la considéreroit davantage quand les ennemis, en état de nuire à la France, rendroient ses services plus nécessaires à celle-ci. Je pense qu'il fut bien aise que le général allermand n'essuyât pas d'échec ; car malgré les avis que le prince de Condé et le cardinal, qui étoient à Dijon, lui donnèrent de sa retraite, il resta, deux jours dans l'inaction à Nuits , entre Dijon et Beaune; retardement qui permit aux ennemis^ de faire filer leurs bagages et leur artillerie au pont d'Apremont, où ils repassèrent paisiblement la Saône, notre général n'osant, à cause de son peu de cavalerie, les pousser avant l'arrivée du duc de Weimar. Après le départ de Galas, l'on ne songea plus qu'aux" quartiers d'hiver, le Roiayant chassé les Espagnols de la Picardie , repris Roie ainsi que Montdidier, et le comte de Soissons Çorbie. L'on nous envoya en Bourgogne , du côté d'Auxerre , d'où c[uelques mois après je vins à Paris, où une inclination que je vais raconter me rappeloit.

Alexandre deCampion, mon frère aîné, avoit épousé depuis quelques années la veuve du sieur de Fontaine, notre parent, et, comme lui, l'un des gentilshommes du comte de Soissons, lequel avoit laissé deux filles assez riches, et dont l'aînée étoit en âge de se marier, trèsaimable et d'un caractère enjoué et fort enga*^ géant. J'avoîspris de l'amour pour elle, l'année d'auparavant, et m'imaginois qu'elle n'avoit pas d'aversion pour moi. Je là croyois trouver à Paris, sa mère y demeurant les hivers; mais la petite vérole qu'elle eut en ce temps^là, et qui la gâta extrêmement, l'obligea de se retirer à la

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camps^e à Vert >, proche de Dreux, terre qui a appartenu depuis à mon frère ^, pour y passer une affliction aussi sensible, et attendre (]ue son visage se remit un peu. J'appris, en arrivant à Paris, cet accident, qui fit en moi un effet contraire à celui qu'il eût produit sur la plupart des hommes ; car la pitié et la pensée de faire une action généreuse rendirent très-violente ma passion, de médiocre qu'elle étoit. Je l'allaivoir chez sa mère, qui demeuroit dans le village du sieur du Parc, chez lequel j'étois toujours, à cause que mes frères et moi étions ses seuls héritiers. Je la trouvai encore plus changée Qu'on ne me l'avoit dit, sans que je changeasse ^e dessein, croyant avoir trouvé une belle occasion de prouver ma constance. Elle me reçut très-bien, et témoigna agréer les propositions de mariage que je lui fis ; mais je ne crus pas à propos (ren parler à sa mère que je n'eusse prévenu mon frère, que je devois supposer dans {'intention de favoriser mon dessein. Il étoit alors à Sedan), où il avoit suivi le comte de Boissons, lorsque ce prince s'y retira, après la prise de Corbie, à cause du soupçon au'il eut que le cardinal de Richelieu vouloit le faire arrêter, tant pour un grand démêlé qu'ils avoient

1. Dans la Beauce, diocèse de Chartres, élection de Dreax ; aujourd'hui commune des canton et arrondissement de Dreux, département d'Eure-et-Loir. . .

2. «Après la mort de M. Du Parc, oncie de MM. de Campton et alors propriétaire de cette terre. » Note du ginéral de Crimoard. C'est là que se passa la jeunesse de Henri de Campion.

). Voir à la fin du volume les Lettres d'Alexandre de Campion.

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eu ensemble, que pour un complot que le ministre lui imputoit, et dont on se parloit à l'oreille : il s'agissoit, disoit-on, d'un projet d'assassinat contre le cardinal, tramé par le comte de Soissons, de concert avec le duc d'Orléans, et q(ui devoit s'exécuter à Amiens.

Je passai trois mois fort gaiement avec mademoiselle de Fontaine, sans que sa mère parût s'appercevoir de mes intentions. Pendant ce temps, je tirai l'épée en duel contre un gentilhomme du pays, appelé Malicorne^ pour un sujet fort léger. Nous nous servîmes chacun d'un de nos amis; leurs épées étant plus courtes que les nôtres, je baillai la mienne à son second, et nous nous battîmes lui et moi avec de petites épées. J'eus la main gauche percée, et un coup clans le bras droit, et lui un au-dessus des yeux, qui lui fit tomber du sang dans la bouche; ce qui le força à me demander haleine, et à me prier que nous allassions séparer nos amis qui étoient aux prises. Je repartis qu'il étoit l'offensé, qu'il avoit désiré satisfaction, et que s'il étoit content, j'avois sujet de l'être aussi, pourvu qu'il avouât que c'étoit lui qui avoit demandé la cessation du combat ;. ce qu'il promit, et à quoi il ne manqua pas. Nous séparâmes nos seconds, qui étoient tous deux blessés , allâmes nous faire panser ensemble, et fûmes depuis bons amis. Il m'est arrivé avant et depuis plusieurs de ces sortes d'affaires dont je ne par-

I . ' Gaspard du Plessis , seigneur de Maricome , fils d*Edme du Plessis, seigneur de Périgny, Hautefeuille et Malicome. C'est l'écnyer du duc de Guise qui supplanta son mattre auprès de mademoiselle de Pons.

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lerai plus, ayant présentement trop d'aversion pour ce faux point d'honneur pour en vouloir raconter les succès. Ce n'étoît pas que je fusse querelleur ; mais j'étois bien aise que mes amis eussent des démêlés pour les servir, pensant, «don la coutume de ce temps-là, me faire valoir par le duel et les procédés auxquels il donne lieu. C'est une foiblesse; mais je l'avoue ingénument.

Au printemps de 1637, j'appris que notre ré^ment avoit marché en Franche-Comté , pour servir sous le duc de Longueville », qui y commandoit une armée assez foible. Cela me fit prendre congé de ma maîtresse pour aller à la guerre, après qu'elle m'eut donné beaucoup de témoignages honnêtes de son affection. Je pris congé de la mère sans lui dire mon dessein , et )e laissai une lettre pour mon frère, entre les mains de Nicolas de Campion, mon frère le bénéficier *, dans laquelle je lui découvroîs ma passion, et le priois de faire réussir mon mariage. Il arriva bientôt après mon départ, et soit qu'il ne voulût pas fâcher sa femme, parce qu'elle espéroit un homme plus riche que moi pour sa fille, ou qu'il crût que, si cette affaire-là ne se faisoit çoint, peut-être l'emploi que j'avois m'empêcheroit de me marier dans la suite, ce qui seroit avantageux à ses enfans, il m'écrivit que la chose étoit impossible, et que s'il en

r. Henri 11 à*Orlèans, duc de Longueville, le beau-frère du grand Condé; mort en 1663.

2. Il étoit prieur de Vert. De quel ordre étoit le prieuré ? Le général de Grimoard ne Ta pas^su, et nous ne l'avons pas trouvé dans le Gallia christiana.

disoit un mot, la comtesse de Soissons, douairière S qui étoit marraine de sa belie-fiile, et la vouloit marier ailleurs, le perdroit auprès de son fils ; et qu'ainsi il me prioit de changer de pensée, puisqu'aussi bien le parti ne m'étoit pas avantageux. Je reçus cette lettre en arrivant à l'armée, et en fus sensiblement touché. Je voyois bien que ce n'étoit pas pour sa fortune que mon frère craignoit, puisqu'il savoit que le comte de' Soissons affectoit de ne croire sa mère en nulle chose; je voyois aussi que ce n'étoit pas mon intérêt qui le faisoit agir, puis()ue la mie avoit beaucoup plus de bien que je n'en pouvois espérer. Le dépit m'empêcha de lui faire réponse. Je pris congé de la demoiselle, par le moyen de ma jeune sœur, qui étoit sa bonne amie, et ne lui écrivis plus, étant mécontent de ce qu'elle ne témoigna pas en cette occasion la fermeté que j'attendois d'elle.

Le duc de LonguevîUe n'ayant point d'armée ennemie qui lui fût opposée, et la sienne n'étant pas assez forte pour attaauer Dôle, Grai ni Salins^ es trois seules Donnes places du comté de Bourgogne, résolut de prendre toutes les autres villes et châteaux de la province, puisqu'il étoit maître de la campagne. Il avoit pris Saint-Amour' avant que j'arrivasse, et défait quelque cavalerie du pays. Je vis attaquer et prendre le château de

1. Anne comtesse de Montafié, dame de Bonnestable et de Lucé, mariée le 28 décembre 1601, à Charles de Bourbon , comte de Soissons.

2. Petite ville aux confins de la Bresse; chef-lieu de canton dans l'arrondissement de Lons-le-Saulnier.

le

Curlaou' , et ensuite un autre. Après cela nous fûmes assiéger Lons-le-Saunier, assez jolie ville. La Forêt*, enseigne de notre régiment, fut tué aux approches, et nous attaquâmes le faubourg, que les ennemis quittèrent en y mettant le feu; en même temps on pointa le canon contre la place ^ où l'on fit brèche en sept ou huit heures, et l'on se prépara à donner l'assaut. Le feu qui étoit au faubourg fut poussé par un grand vent jusqu'à la ville , qui , étant fort serrée de maisons , fut mcontinent embrasée. Rincourt, gentilhomme du pays, en étoit gouverneur, et y avoit son régiment, composé de mille hommes. Nous donnâmes quand on s'apperçut que le feu prenoit à la ville, (}uoic|ue la orèche ne fût guère praticable; mais Rincourt, voyant tout en feu , fit retirer les gens de guerre et les personnes les plus conddérables dans le château ; plusieurs se noyèrent dans les fossés en se pressant trop d«.passer sur le pont, et entr'autres la plus belle nlle de la ville. Pendant ce temps nous entrâmes, et les soldats, ne trouvant pomt de résistance, firent tous les maux dont ils se purent aviser, et le feu qui s'étendoit de tous côtés les rendoit encore

f)lus licencieux. La plupart des femmes furent vioées et les biens échapj^és au feu pillés. Tout cela me fit une pitié que je ne puis exprimer, mais

1 . Ou Courlaon , village du bailliage de Lons-le-Saulnier, en Franche-Comté. On écrit maintenant Courlaoux; canton et arrondissement de Lons-le-Saulnier, département du Jura.

2. Étoit-il fils de cette veuve d'un M, de La Forêt, de Normandie, que le maréchal de La Force voùloit épouser, aa dire de Tallemant des Réaux? t, ler, p. 2$7i édit. de M. Paulin Paris.

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l'on ne pouvoir rien empêcher. Le château tint encore cinq ou six jours. La Favrie ' , capitaine de notre régiment, y fut blessé de deux mousquetades. La garnison se rendit à condition que l'on la meneroit à une ville de l'obéissance du roi d'Espagne, sans en spécifier aucune. Cela fut • cause qu'on l'envoya embarquer en Guienne et de là passer le détroit de Gibraltar, pour l'envoyer à Final en Italie. Cette surprise, que je blàmerois, fut en représaille d'une pareille faite au sieur de Manicamp, que les Espagnols prirent dans un fort d'Artois , et promenèrent trois mois durant, pour n'avoir pas mis dans sa capitulation le jour que l'on le rameneroit en France. Cela fait voir qu'il ne faut rien oublier en ces sortes de choses, Xïù les ennemis sont ravis d'avoir des prétextes de manquer de parole.

Après Lons-le-Saunier, nous attaquâmes Orgelet 2, petite ville qui fut encore pillée et brûlée. Les soldats étoient si accoutumés à incendier les villages, que l'on ne trouvoit plus de couvert nulle part. J'avoue n'avoir jamais vu tant faire de mal qu'en ce pauvre pays, qui fut entièrement ruiné. Ce n'est pas que le duc de Longueville ne fût bien fâché de tous ces désordres, mais son manque de sévérité ne laissoit pas de les causer, -et le peu de conduite de ceux au pays, qui attendoient partout l'assaut et se laissoient emporter ^ns résistance. Nous marchâmes ensuite à Saint-

1 . Ou La Faverie. il est nommé dans les Essais historiques de Roussel, sous la date de 1637.

2. Chef-lieu d'un bailliage en Franche-Comté; aujourd'hui chef-lieu de canton dans l'arrondissement de Lons-Ie- Saulnier.

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Laurent -de -la -Roche», bon château que nous primes en six jours ; après nous en soumîmes plusieurs autres», et allâmes assiéger Bletterans, bonne place qui soutint dix jours de siéçe et fiit emportée d'assaut comme les autres J. Troisville4, notre major, monta le premier sur la brèche, et fit m«^eille. L'on y mit notre régiment pour quelque temps, la campagne finissant et la place étant importante.

Dans la fin de l'été , la peste se mit si violente 4ans l'armée (k cause de la multitude de femmes et d'enfans qui y étoient et du pillage, et, à ce que je crois, en punition de tous les maux que l'on faisoit) , qu'il mourut plus de la mmtié des soldats et quantité d'officiers. iVAlvimar J, mon camarade , mort depuis maréchal de camp à la

1. Il y avoit autrefois un prieuré en commende à la ' nomination du pape. Saint-Laurent-de-la-Roche est dane le

canton de Beaufort, arrondissement de Lons-le-Saulnier.

2. Entr'autres le château du Pin , devant lequel il commanda les enfants perdus, le 27 juillet. Gazette, extraord, du 4 août 1637. Le Pm est une commune du canton de Voiteur, arrondissement de Lons~le-Saulnier.

;. Attaquée le 26 août, la ville fut prise le 31 , et le château capitula le 3 septembre. Bletterans n'étoit déjà plus ni une placé forte ni même une ville au temps d'Expilly, qui la qualifie de paroisse au diocèse de Besançon , sur une petite rivière à 8 kilomètres N. 0. de Lons-le-SauInier. Elle appartient au canton et à l'arrondissement dont cette ville est le double chef-lieu, département du Jura.

4. Pierre-Arnaud de Pejre, sieur de Troisville. Il étôit le neuvième major du régiment. On verra plus loin comment il fut tué devant Salces en Roussillon.

5. Pierre d'Alvimar, soldat et diplomate, fut sous-gouvcrneor du duc d'Orléans, frère de Louis XIV, sous le maréchal du Plessis-Praslin.

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bataille de Réthel», eut cette maladie, et fut abandonné de tout le monde , hors de moi , ^ui le fis mettre en lieu où je Tallai voir tous les jours jusqu'à ce qu'il fût hors de danger. La plupart des domestiques du duc de Longueville moururent; enfin la perte d'une bataille n'eût pas tant ruiné l'armée. Je tombai moi-même malade d'une dyssenterie, et me retirai à Mâcon où j'avois habitude. Mon mal fut si violent que , nonobstant tous les remèdes, je n'en pus guérir entièrement. Au bout de trois mois, j'allai encore, tout malade, joindre le régiment, qui étoit en garnison à Ganat et Saint-Pourcin*, en Auvergne. Après y avoir été deux mois, j'assemblai plusieurs bons médecins, qui me dirent que si l'air du lieu de ma naissance ne me remettoit, ilnefalloit point que j'espérasse de guérir. Cela me fit partir, contre la résolution que j'avois prise de ne point retourner au pays que mes chagrins contre mon frère ne fussent passés. Je revins chez ma mère, toujours fort mal; mais huit jours après mon arrivée je me trouvai en une santé qui m'a duré plus de quinze ans.

Je passai tout le printemps en Normandie, et à l'entrée de la campagne je me rendis à Châlonssur-Saônè. Le duc de Longueville assembloit son armée à la fin du mois de mai, entre cette ville

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