mars
4. Frédéric, duc de Savelli , général des armées de l'Empereur.
$. Le 18 août 1638 à Wirthenwiel.
6. L'investissement eut lieu le ler juin; et le siège fut contiSué le 12 août, après la bataille.
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d'en continuer le siège. Il construisit sur le Rhin un pont de bateaux au-dessus de la place, qu'il environna d'une fort bonne ligne de circbnvalla-» tion qui avoit plus de quatre lieues de circuit. Il y fit, comme maître de la campagne, travailler les paysans du Brisgau et de la Forêt-Noire, d'où il tira les matériaux nécessaires pour ces ouvrages. Ils s'exécutèrent avec tant de diligence , que la circonvallation étoit en état de défense avant que l'Empereur eût remplacé lés troupes qui avoient été défaites dans les deux précédentes batâAles ; mais comme le duc n'avoit pas plus de cinq mille chevaux et de deux mille nommes de pié pour garnir ses retranchemèns , il fut obligé de demander au Roi de l'infanterie pour les garder. Le duc de Longueville eut ordre d'y envoyer partie de la sienne; en sorte que les régimens de Vendi , de Melun et quatre autres , marchèrent droit au camp devant Brisach , par le pays des Suisses. La fortune voulut qu'ils arrivassent à leur destination le jour même c[ue le général Goetz , après avoir remis sur pié une armée considérable, attaquoit les lignes du duc deWeimar'.
Ce prince, après avoir repoussé les ennemis de plusieurs postes j ne put empêcher, ayant si peu de monae et une si grande étendue à garder, qu'ils ne pénétrassent par un point, pendant qu'il étoit occupé à en défendre d'autres. Informé que les Allemands se préparoient à marcher à la ville , il quitta les lignes saris les dégarnir, poussa à son corps de réserve qui étoit au
• I. Le 24 octobre 1638.
Année 1638. 85
milieu de son camp, et rencontra le sieur de Guébriants commandant les troupes françoises jointes à son armée, auquel il dit à l'oreille que les choses étoient quasi désespérées, mais qu'il falloit mourir de bonne grâce. L'autre lui ayant répondu que les sixrégimens du duc de Longueville passoient le pont et entroient dans le camp, il lui ordonna de les faire avancer en diligence; et allant lui-même rassembler ce qui lui restoit de monde, plein d'espérance et de résolution, il chargea les ennemis, qui s'avançoient droit à Brisach. Ils soutinrent le premier choc fort courageusement, tuèrent beaucoup d'hommes et en perdirent encore plus; mais, aans la chaleur du combat, l'infanterie françoise nouvellement arrivée donna si hardiment sur celle des Allemands, qu'à la première décharge cette dernière se mit en déroute, et repassa les retranchemens pour se ralh'er derrière les troupes restées au-delà. La cavalerie fit la même chose, et le duc deWeimar, les voyant hors de ses lignes, ne jugea pas à propos de les pousser plus loin, se contentant de les avoir chassés avec perte de deux mille de leurs meilleurs soldats. Cet échec mit Goetz hors d'état de rien entreprendre avant l'arrivée d'un grand renfort.
Cependant le duc de Lorraine s'avançoit avec ses troupes pour attaquer les retranchemens du duc de Weimar sur la rive sauche du Rhin, et qui étoient gardés par peu de monde; mais le
I. Jean-Baptiste de Budes, comte de Guébriant, depuis maréchal de France, tué en 164 ^ Ù étoit alors maréchal de camp du ler avril 1637.
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dernier n'eut pas plutôt avis de cette marche , que , passant le fleuve sur son pont avec la plupart ae sa cavalerie, il alla rencontrer les Lorrains à une journée de Brisach S chargea leur cavalerie et la mit en déroute. Le duc de Lorraine, après essayé inutilement de la rallier, courut à son infanterie qui étoit un peu derrière, mit pié à terre en disant qu'il vouloit mourir avec eux, prit une pique et se plaça à leur tête ; ce qui les anima de sorte que, quoiqu'ils fussent dans une plaine rase sans cavalerie, ils soutinrent si courageusement le choc des Weimariens, (ju'ils les repoussèrent avec perte. Le duc de Weimar ramena une seconde fois à la charge sa cavalerie, qui fat encore repoussée : il voulut tenter une troisième attaque, mais sans pouvoir y résoudre ses troupes, ce qui le contraignit de laisser reti-^ rer les Lorrains sains et saufs. Il avoua que leur action et celle de leur Duc étoient des plus belles qu'il eût jamais vues, et regagna son camp. Sachant que l'armée de Goetz se fortifioit tous les jours, et c[u'il annonçoit l'intention de périr ou de secourir Brisach , que le défaut de vivres incommodoit extrêmement, le duc de Weimar demanda un nouveau secours au Roi, qui envoya ordre au duc de Longueville de marcher de ce côté avec toutes ses troupes. Ce commandement le fâcha, sachant que tout ce qui se feroit de bien seroit attribué au duc de Weimar et non à lui. Il nous avoit fait repasser la Saône, pour
I . Près de Thanes. Il y a ici un peu de confusion dans le ridt de Campion. Cette affaire eut lieu non après, mais avant l'attaque des lignes, c'est-à-dire le 15 octobre.
nous rafratchîr quelques jours dans le duché de Bourgogne.
Penaant ce repos, j'avois mes livres, qui faûsoîent une partie de la charge de ma charrette , auxquels je m'occupois assez souvent, tantôt seul, et la plupart du temps avec trois de mes amis du régiment, sens spirituels et fort stu^ dieux. Le chevalier de Sévigné », Breton, et capitaine du corps, en étoit un; homme d'un esprit studieux, qui ayoit beaucoup de lecmre, et qui, depuis son enfance, avoit toujours été dans la guerre ou à la Cour. Le Breuil-Marcillac, Gascon, frère du lieutenant-colonel ■, et mon cajMtaine, étoit le tiers de notre société. Il avoit étudié jusqu'à vin^-huit ans, ses parens l'ayant destiné pour l'église, qu'il quitta pour prendre Pépée, après avoir très-bien employé le temps au collège, et ensuite en Sorbonnc. C'étoit un esprit doux, accommodant, et qui n'avoit rien de la rudesse des gens de guerre. D'Alvimar, de Paris, lieutenant, mon intime ami, faisoit le quatrième de notre commerce studieux; il avoit resprit poli, agréable en toutes conversations, et le caractère toutnà-fait sociable. C'étoient-4à les trois hommes avec lesquels je passois mes heures de loisir. Après avoir raisonné ensemble sur les sujets qui se présentoient, sans dispute
1 . Renaud-René , chevalier de Sévigné, capitaine de Nor^ mandiedès 1630, sergent de bataille en 1642, maréchal de bafaille en 164$, msréchzl de camp en 1646. C'est lui qui commandoit le ré^ment de Corinthe pendant la Fronde et qui eut, à ta fin de janvier 1649, cette petite affaire qu'on appela plaisamment la première aux Corinthiens.