‹ Mémoires de Henri de Campion, nouvelle éd (volume 2)Chapitre 24 sur 231 · Henri de Livron, marquis de Ville · texte numérisé non relu

Henri de Livron, marquis de Ville

). Il devint maréchal de camp et mourut le 19 février î6j4 à Saint-Jean-d'Angély, commandant pour le Roi. Il s'appeloit Jacques Borelli de Roqueserviéres.

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riment d'infanterie, et un corps de cavalerie pour les conduire, et bailla le tout à mener à Roqueservieres, qui, sans trouver nulle opposi^ tion, arriva au camp devant Brisach; ce qui le fortifia au point que le général Goetz n'osa plus entreprendre de secourir la place, dont Reinach, qui en étoit gouverneur, après avoir souffert avec les siens toutes les extrémités que la faim peut feiire endurer, fut contraint de se rendre au duc de Weimar au bout de huit mois de siège ». Il sortit de la ville avec une composition honorable, après avoir fait tout ce que PEmpereur pouvoit attendre d'un véritable homme d'honneur.

Pendant que Brisach étoit aux abois, le duc de LongueviUe nous ramena devant Lunéville, où , après avoir été encore huit jours , le froid et les neiges déterminèrent notre général à faire attaquer tous les dehors qui n'étoient que palissades , en une nuit , pour essayer d'occuper les ennemis de tant de côtés , qu'on les pût emporter en quelqu'un. L'on s'arrêta d'autant plus volontiers à ce dessein , que l'on savoit que, les dehors pris, la ville le seroit en même temps, les murailles étant toutes ruinées et remi)lies de brèches. L'assaut se donna durant une nuit assez noire. A deux heures les régimens de Picardie, Navarre et Normandie, soutenus du reste. de l'infanterie, attaquèrent chacun un bastion, et donnèrent si vertement qu'après quelques résis-» tance tout fut emporté , et ensuite la place : notre

I. Là place se rendit le 17 décembre 1638; mais le duc de Saxe-Weimar n'y entra que le 19.

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régiment y entra le premier. Le marquis de Ville, yojmt tout perdu , se jeta dans le château avec environ deux mille hommes. Le reste de la garnison fut taillé en pièces dans la ville, qu'on pilla. A> la pointe du jour, on somma le château , qui, n'étant qu'une maison de campagne du duc de Lorraine, fut contraint de capituler. Le marquis de Ville se rendit prisonnier de guerre avec ce qu'il avoit de monde. Aorès cette conquête,. qiri se fit au mois de décemore , le duc de Longueville envoya ses troupes en quartiers d'hiver ; notre régiment aut ordre d'aller à Moulins en Bourbonnois , où nous arrivâmes à la fin de l'année.

Après un séjour de quelaues temps à Moulins, j'allai à. Paris avec Espanelle et plusieurs de nos capitaines et officiers. Je passai six semaines dans cette ville et à Saint-Germain , où étoît le Roi, qui me traita fort bien. Il me donna une charge de gentilhomme servant, et me promit une compagnie quand il en vaqueroit. Je vis mon frère, qui étoit à Paris avec sa famille, et y né-

§ocioit tout ce qui regardôit les intérêts du comte e Soissôns , retiré pour quatre ans à Sedan , par traité fait avec le Roi '. Comme j'étois souvent chez mon frère , l'affection que j'avois eue pour sa belle-fille se renouvela , après qu'elle eut

I . C'est à cette date que se rapportent les deux entretiens intitulés.: Du plus sûr appui de l^autoriti souveraine et De la conduite du ministre, le neuvième et le onzième Entrttiens sur divers sujets d'histoire, de politique et de morale. Alexandre de Campion y dit en effet sous le nom à*Ezicrate : « Je suis envoyé par un prince du sang pour justifier sa conduite contre la calomnie de ses ennemis, et pour traiter des moyens de sûreté qu'on lui peut donner contre la puissance de ceux qui le veulent opprimer. »

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fait toutes les avances ; en sorte aue je crus le mariage en état de s'achever quand j'aurois fadt encore (quelques campagnes , mon frère même nV témoignant plus tant de répugnance. Comme i'étois dans la joie de voir cette affaire bien acheminée , mademoiselle de Fontaine tomba malade si dangereusement que les médecins Tabandonnèrent. Cela me pensa faire mourir de déplaisir, et pour surcroît nous eûmes ordre de tnarcher avec notre régiment en Languedoc, pour de là entrer dans le comté de Roussillon, aux ordres de Henri de Bourbon , prince de Cbndé , qui avoit demandé notre corps , comme le plus estimé du royaume. Je quittai Paris avec une affliction que je ne puis exprimer, résolu de n'y revenir jamais si je perdois ce qui m'étoit alors si cher. J'eus soin d'en avoir des nouvelles deux fois la semaine. La maladie fut encore quinze joufs périlleuse, après lesquels mademoiselle de Fontaine se trouva tout-à-fiait hors de danger, et revint ensuite en parfaite santé , me témoignant par ses lettres sa reconnoissance de l'ardente passion que je lui avois témoignée , et m'assurant de ne jamais changer.

Sitôt que nous eûmes rejoint notre régin^ent à Moulins , lious marchâmes à Limoges et de-là à Montauban , où nous attendîmes quelque temps le reste des troupes ; ensuite nous allâmes par le Haut-Languedoc à Carcassonne et à Narboiine ; enfin à Sigean >, près de Leucate', où étoit le

I.' Petite ville en Unguédoc sur la Berre; chef-lieu de canton dans Parroridisscment de Narbonne, département de l'Aude.

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