‹ Mémoires de Henri de Campion, nouvelle éd (volume 2)Chapitre 5 sur 231 · CONTENANT DIVERS ÉVÉNEMENS DES RÈGNES DE LOUIS XIII ET DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

CONTENANT DIVERS ÉVÉNEMENS DES RÈGNES DE LOUIS XIII ET DE LOUIS XIV

>e déplaisir que j'ai ressenti de ne (pouvoir être instruit des principales I actionsdemesancétres, surlesquelles ; j'aurois pu, dans ma jeunesse, régler ^ mes mœurs et ma conduite, m'engage à donner aujourd'hui âmes enfans cette satisfaction que j'ai souhaitée inutilement. Si mon dessein étoit d'écrire pour le public, jechoisirois un sujet plus intéressant que celui de ma vie ; mais comme ce n'est que pour ma famille et mes amis, je crois que je ne puis rien faire de plus a^éable pour eux et de plus commode pour moi, que de leur raconter naïvement les divers événemens qui me sont arrivés, en y joignant, pour

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leur en rendre la lecture plus intéressante et plus profitable, les choses dont j'ai été témoin, tant par rapport aux affaires publiques qu'à celles des particuliers, et qui me sembleront dignes de mémoire.

Si je ne puis donner moi-même à mes enfans de bonnes mstructions, je veux du moins leur laisser les fruits de mon expérience, ce qui est le seul motif du travail que j'entreprends; et comme je suis persuadé que la connoissance qu'on peut donner aux jeunes cens qu'ils sont sortis d'aieux illustres est capable de leur inspirer de l'émulation, c'est plus par cette raison que par un esprit de vanité que je vais leur apprendre en peu de mots qu'ils ont l'avantage d'être issus d'une famille noble, et si j'ose dire, distinguée dès les premiers temps , puisqu'il est parlé, dans l'histoire de Normandie, d'un Nicol de Campion, qui suivit Robert-Courte-Heuze , duc de Normandie, à la conquête de la Terre- Sainte en 1092; Qu'on trouve dans les archives du parlement et oe la chambre des comptes de Rouen ou dans les tabellionages de la vicomte de Pont-Audemer, que Guillaume et Hélouin de Campion, père et nls, assistèrent en 1 104, en Qualité de barons de Normandie , au jugement a'un procès considérable entre les religieux de Fécamp et messire Philippe de Briosa, et qu'en 1)44 et 1^48, Mathieu de Campion, chevalier, seigneur du Bois-Hérout, dans le Roumois*, fut nommé par Philippe de Valois, roi de France,

I. Petit pays de Normandie, situé entre Elbeuf et Pont- Audemer.

Années 1616-32. j

p(Hir être Fun des juges-commissaires qui de* voient former Téchiquier qu'il établit en Normandie; honneur dont fut aussi revêtu Mahi de Campion, son fils, en 1 364; depuis lequel temps je n'ai pas trouvé qu'aucun de nos ancêtres se soit mêlé des affaires publiques.

Si mes enfans veulent être instruits plus particulièrement de leur ori^ne, ils peuvent avoir recours à d'autres mémoires que je leur laisse et dont les originaux sont entre les mains de nos cousins de Gampion-MontpoignantS qui demeurent dans la campagne de Neubourg'. Ils y verront la g^énéalogie exacte et suivie de nos pères, depuis 1420 que Gui de Campion, dit Lancelot, seigneur du Bois-Hérout, s'étant ma* rié à Marie de Fréné , dont il eut Robert de Campion, celui-ci épousa Louise de Thibouville, héritière d'une très -ancienne maison et qui lui apporta beaucoup de biens et de grandes terres* Ayant eu d'elle plusieurs enfans, nous en sommes descendus, de père en fils, par Hémeri de Campion, mon père, lequel ayant éjpousé, en septembre 1607, Louise de Pilliers de Moselle 3, d'une très-bonne et ancienne mai-

1. Emery de Campion, père de Henri, était le second fils de Louis de Campion, écuyer, seigneur de Montpoignant et de Thuit-sur-Mer ou Thuitsimer. On voit encore au Montpoignant les ruines d'un vieux château et un château du dernier siècle.

2. On appeloit ainsi le pays autour de la petite ville de Nenbourg, aujourdhui chef-lieu de canton dans Tarrondissement de Louviers, département de l'Eure.

3. Les pièces conservées au dépôt des titres de la bibliothèque impériale portent qu'Emery de Campion épousa, par traité du 26 juillet 1667, reconnu le 11 mars 1608, demcnselle Louise de Pilliers, fille de feu Louis de Pilliors,

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son de la province de Normandie, servit le roi dans ses armées, jusqu'à ce qu'ayant suivi Louis XIII au voyage qu'il fit à Bayonne, en 1615, pour son mariage avec l'infante d'Espagne Anne d'Autriche, auquel Henri de Bourbon, prince de Condé, se vouloit opposer avec des troupes qu'il avoit levées, au retour du roi, Hémeri de Campion , attaqué d'une maladie qui emporta la plupart de l'armée, mourut à Châtellerault le jour de Saint-Sébastien ^ 161 6, et fut enterré dans l'église de Saint-Michel.

Je laisse reposer maintenant les cendres de nos ancêtres pour parler des vivans. Mon père laissa deux fils, deux filles, et ma mère grosse d'un troisième garçon, dont elle accoucli^ le 6 de mars suivant. L'aîné , Alexandre de Campions, depuis major de la ville de Rouen , avoit alors un peu plus de six ans. J'étois le second fils d'Hémen de Campion, et âgé à sa mort d'un peu moins de trois ans , étant né le 9 février 1 6 1 3 . Ma mère , restée veuve à trente-trois ans et fort aimable , fiit recherchée en mariage par plusieurs^ personnages considérables et riches qu'elle re^ fusa tous. Le déplaisir qu'elle ressentit de la

f)erte d'un mari qui lui étoit fort cher ne fit que 'animer à donner une bonne éducation aux en* fans fruits de leur union. Quand mon frère Alexandre eut atteint sa huitième année, elle le mit au collège de la Flèche et en usa de même

écuyer, sieur Du Parc, seigneur de Boscferey. Louis de Pliliers appartenoit à la branche de Motelles, et non de Moselle ^ a'nsi que l*a écrit par erreur le général de Grimoard.

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