Le 31 mai
Années 1648-49. 235
m'en dirgit la raison. J'étois encore chez ma sceur, d'où le 9 joillet nous allâmes, ma femme et moi, demeurer au Boscfierei. Il y a présent tement près de sept ans que nous sommes ensemble ', avec tant de douceur que nous n'avons qu'une même volonté , sans nous être jamais dit la moindre chose déplaisante. Je ne crois pas qu'il se soit encore vu une union aussi entière, et une femme plus raisonnable et meilleure ; qualités qui lui ont acquis dès l'enfance, parmi sa famille et les gens de sa connoissance, le surnom de très-bonne; et moi, qui sais mieux que personne combien elle le mérite , je ne l'appelle point autrement ; elle m'appelle aussi son très-bon, quoique je ne le mérite pas. Mais il faut retourner aux affaires publiques.
Au mois de mai 1648, le parlement de Paris commença à se brouiller avec la Reine et le cardinal Mazarin, pour le droit annuel , qu'ils voulurent ôter à cette compagnie, qui porta les choses si avant que la Cour n'osa dire mot, à causequeles armées étoient occupées; mais après que le prince de Condé eut gagné la bataille de Lens 2, la Reine profita de cette prospérité, pour faire arrêter ceux du parlement qui avoient le plus agi contre sa volonté. Le peuple de Paris s'arma, fit des barricades, et ensuite contraignit la Reine de rendre les membres du parlement que l'on avoit pris. Les choses demeurèrent ainsi en troubles jusqu'aux Rois de l'année 1649, ^^^
i. Henri de Campion s'étant marié en 1648, il en résulte ■que ce passage a été écrit dans le courant de 16 j j- 2. Le 20 août 1648.
236 MÉMOIRES DE CaMPION.
la Reine, le duc d'Orléans, le prince de Condé et le cardinal résolurent de se venger des Parisiens. La nuit du ^ au 6 janvier, tandis qu^ils crioient : Le Roi boit, le Roi sortit de la ville avec toute sa Cour, et se retira à Saint- Germain, d'où la plujpart des troupes, qui avoient eu ordre de marcner, s'approchèrent, et investirent Paris sous la conduite du prince de Condé. Quelques mois auparavant, mon frère ayant appris que le duc de Beaufort témoignoit croire les bruits que l'on avoit bit courir à son désavantage pendant sa prison, lui écrivit une lettre pour s'éciaircir de ses sentimens, dans laquelle, après avoir fait connoStre par bonnes raisons son innocence , il lui témoignoit, mais en termes trèscivils , que s'il ne le justifioit envers tout le monde d'une inculpation dont il ne pouvoit douter qu'il ne dût être exempt, il seroit obligé de faire connoltre son ingratitude. Quoique la lettre fût fort bien, le Duc ne la trouva pas assez respectueuse, et après s'en être plaint hautement, n'y fit point de réponse, continuant toujours à accréditer les discours que l'on faisoit contre mon frère. Cela l'engagea à aller à Paris, où ayant assemblé les comtes de Fiesque ^ de Montresor et de Béthune 2, avec les sieurs de la Frette ? et de Varicarville, tous gens dans la dernière estime de probité, et intimes amis de la maison
1. Charles Léon, comte de Fiesque. C'est à sa femme qu*est dédié le Recueil de lettres qui peuvent servir à Vhistoire.