‹ Mémoires de Henri de Campion, nouvelle éd (volume 2)Chapitre 71 sur 231 · Il étoit parti de Pontoise le 19 août · texte numérisé non relu

Il étoit parti de Pontoise le 19 août

3. Abraham de Fabert, lieutenant général du 20 septembre 1650.

2j8 MÉMOIRES DE CaMPION.

assez vu mon visage à la Cotir pour s'en souvenir; quoi qu'il en soit, il n'en fit rien paroître, bien que je le visse assez souvent le reste de la campagne, pour Tintérèt du corps que je commandois : il me traita toujours d'une façon toutà-foit obligeante.

Après la prise de Bar, le cardinal voulut que l'on marchât vers Sainte-Ménehould, ayant dessein de l'assiéger; mais quand on en fiit proche,, les généraux lui firent sentir l'impossibilité de l'entreprise, tant parce qu'il n'y avoit nuls fourrages dans le pays, qu'à cause que Noël étant passé, il eût été impossible de venir à bout d'un siège de cette importance. Ces raisons le firent changer de dessem et marcher du c6té de Rhétel et de Château-Porcien, que le prince de Condé avoit pris aussi en se retirant des environs de Paris. L'on jugea mal aisée l'entreprise de Rhétel, parce que les eaux en rendoient les approches difficiles, et Ton résolut le siège de Çhâteau-Porcien', que le duc d'Elbeuf conduisit, tandis que les autres généraux, avec leurs troupes, s'opposèrent aux secours. On se saisit de la ville assez facilement, mais le château tint dix jours , pendant lesquels nous éprouvâmes des peines et un froid insupportables, outre que le pays étoit tellement ruiné, que les soldats et les chevaux pensèrent mourir de faim, aussi bien que dans le Barrois, où nous avions beaucoup souffert. Nous eûmes peine nous-mêmes à trouver à vivre à force d'argent, et l'on peut dire

I. ville capitale du Portien en Champagne; aujourd'hui chef-lieu de canton dans l'arr. de Réthel. Chàteau-Poftiea fut pris au commencement de janvier 165 3.

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avec vérité que jamais fin de campagne n'a occasionné autant de Êitigues et de dépenses que celle-là. Le sieur de Marette, capitaine dans le ferment de Longueville, fut tué ^ et le sieur du Buc>, ensejgne-colonel, mon parent» feit prisonnier pendant le siège de Chàteau-Porcien.

Après la prise de cette place, l'on ne songeoit ^lus qu'aux quartiers d'hiver, lorsqu'on sut que e prince de Condé s'étoit saisi de Vervins, sur la frontière de Picardie. Le cardinal y fit marcher toutes les troupes. Nous pensâmes périr de faim et de froid à ce voyage, mais Vervins fut repris en deux jours'. Le cardinal ne Êdsoit pas tant tous ces sièges pour l'utilité que [K)ur faire dire par ses partisans à Paris qu'il avoit 6té au prince ^de Condé la plupart de ses conquêtes , espérant que cela le feroit bien recevoir du peuple, qui jusqu'alors l'avoit eu en grande aversion. De Vervins, le cardinal fut à Laon, où il donna les quartiers d'hiver à la Chandeleur. Il me baiUa Sens pour le régiment d'infanterie de Longueville et pour trois compagnies du régiment de cavalerie, le reste ayant des bourgs voisins de la même ville. Je marchai aussi-tôt pour m'y rendre par Soissons, Château-Thicrri et Nogentsur-3eine. Les habitans de Sens firent difficulté de nous recevoir, tant à cause qu'ils sont les plus mutins du royaume, que parce qu'ils espéroient faire changer l'ordre par la faveur du

1. Il étoit probablement fils de François de Campton, écuyer, sieur de Saint-Pierre, et de sa première femme, Charlotte de Nollent , fille de François de Nollent , chevalier, seigneur et baron de Limbeuf, seigneur du Bue-Richard, etc.

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