‹ Mémoires de Henri de Campion, nouvelle éd (volume 2)Chapitre 80 sur 231 · LETTRE VU · texte numérisé non relu

LETTRE VU

Enfin, M. le Comte va commander une armée en Lorraine y et auoi que tous les ar* rière-bans passent pour aller trouver M. d'An* gonlême et M. le maréchal de la Force, elle sera de sept ou huit mille hommes ; cela donne beaucoup de joie à ses serviteurs, oui se persuadent que par ce moyen il se fera valoir : et Pon a lieu de l'espérer, vu le changement de son humeur, étant devenu si civil et si obli-. géant qu'il commence à se faire beaucoup de créatures». Ce procédé fait croire à la plupart que ceux qui l'ont gouverné par le passé lui conseilloient de ne se point familiariser, afin que personne ne pût l'entretenir contre leur intérêt. Il a tant de peur de tomber dans le même inconvénient , que le meilleur moyen de nâner un homme auprès de lui seroit de lui témoigner qu'il prétendroit le gouverner ; cette aversion va dans un tel excès, qu'il est en garde avec tous ceux qui l'approchent : toutefois, comme il prend la plupart de ses résolutions de lui-même, après avoir conféré avec ceux qu'il croît dans ses intérêts, ayant beaucoup de sens, il y a apparence qu'il se formera si bien l'esprit,

1 . Tailemant des Réaux lui rend le même témoignage : « Il étoit devenu bien pins civil depuis qu'il commanda en Picardie. » Historiette de mademoiselle de Senneterre et son frère.

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qu'il deviendra un grand homme. C'est le souhait que je fais, quoique j'y paroisse peu intéressé; car si ce n'est quand )e )oue avec lui , il ne me parle jamais de rien. Vos lettres sont la meilleure partie de mon divertissement , et je crois que vous me faites assez de justice pour en être persuadée.

De Chatons, ce 2 septembre 1635.

A LA MÊME

LETTRE VIIL

Vous aurez appris tout ce qui s'est passé au siège de Saint-Mihel par mes précédentes , et comme le Roi y vint deux jours devant qu'il se rendu. L'on dit que M. le Cardinal lui manda de Ruel qu'il étoit nécessaire pour le bien de ses affaires qu'il flt ce voyage , son but étant d'ôter à M. le Comte i'nonneur et la satisfaction d'avoir pris cette place , quoique la conquête en soit assez médiocre, les ennemis n'ayant fait aucun effort pour la secourir; mais s'il a tant de peur qu'il n'acquière quelque gloire, il sera bien fâché lorsqu'il apprendra que tous les volontaires de l'armée et beaucoup d'officiers l'ont voulu accompagner lorsau'il est revenu ici; et que l'ayant suivi malgré lui, il fut réduit à s'enfuir à Bar lui quatrième, dont j'en étois un, au travers des bois, après les avoir conjurés d'aller où le Roi les envoyoit, qui est, comme vous l'aurez su, auprès de M. le Cardinal de

la Valette, pour rétablir son année tout à fait ruinée par la retraite de Mayence > . Comme vous avez inclination pour notre Prince , je sais que vous aurez joie d'apprendre qu'il a acquis beaucoup d'honneur, et qu'il a fait quantité de serviteurs dans ce voyaee, et déplaisir qu'on lut ait 6té le commandement de l'armée avec Quelque manière d'affront. On lui a offert celui a'une autre en Champagne, où il n'y a que trois cents hommes , ce qu'il n'a pas voulu accepter ; de sorte que nous partons un de ces jours pour revenir à Paris, assez mal satisfiaits ae la Cour. Vous pouvez croire la joie que j'aurai de vous aller rendre compte de toutes choses.

DeChâlons, ce $ novembre 163$.

A LA MÊME

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