‹ Mémoires de Henri de Campion, nouvelle éd (volume 2)Chapitre 93 sur 231 · LETTRE XX · texte numérisé non relu

LETTRE XX

Je vous assure qu'encore que l'extérieur aille bien , nous sommes les gens du monde les plus mal en cour, M. le Comte a refusé de

commander la belle armée à condition de souffrir que M. le Cardinal eût le nom de généralissime; il a mime dit q^u'il n'accepteroit pas l'égalité, ^ugez quelle haine cela donne à un esprit impérieux comme le sien. Je suis certain que s'il osoit il lui en ôteroit k commandement; mais 3 voit qu'il est tellement aimé, qu'il exposeroit sa fortune et sa personne même. lia cru le faire enrager en faisant venir de Blois Monsieur, pour la commander, et, outre cela , il se persuade que M. le Comte n'étant pas souffrant, et ayant toute Pautorité sur les troupes et sur tous les volontaires de France , portera impatiemment d'obéir à Monsieur, et qu'ils se brouilleront ; mais sa prétention est inutile; l'on a prévu sa pensée, et ces deux princes sont bien d'accord. S'ils savent se servir du temps, ils ruineront leur ennemi, et ils sont bien avertis là-dessus ; mais s'ils laissent échapper l'occasion, leur perte est infaillible, particulièrement de M. le Comte, qu'il ne souffrira point dans le haut crédit où il est et dans l'approbation générale qu'il s'est acquise. Je l'en ai entretenu une heure ce matin ; mais , à vous dire le vrai, il espère trop au temps et ne se résout pas assez d'aider à se le rendre favorable. Toutefois, je vous dirai que c'est un bon et généreux prince, qui aime le Roi et l'État comme il doit ; mais la diversité des opinions de ses amis tient son esprit trop en balance , et je youdrois qu'il fût ou tout à tait des amis du ministre, ou son véritable ennemi.

De Compiègne, ce 30 aoust 16^6.

d^Alex. de Campion. 311

A LA MÊME

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