‹ Mémoires de Henri de Campion, nouvelle édChapitre 63 sur 150 · LETTRE X · texte numérisé non relu

LETTRE X

Les affaires ont bien changé de face depuis que nous nous sommes quittés : pour rien au monde M. le Comte ne vouloit l'armée de Champaçie, et à présent il la désire, et M. de Longueville, qui en avoit le commandement, la lui quitte ', de sorte que nous partons pour aller nous opposer aux Polonois et aux Croates qui brûlent tout dans la Champagne.

Je crois que nous y trouverons peu de forces prêtes pour leur résister, mais il sera dans son gouvernement , et on auroit honte de l'y laisser sans le mettre en état de chasser les ennemis, et quand cela ne seroit pas , il est mieux là qu'à la Cour en la posture que nous savons. Il n'y a que moi qui perds à ce marché-là , puisque je suis contraint de vous quitter, et même sans vous dire adieu. Vous pouvez croire que ce n'est as de mon bon gré , et que j'en enrage d'aussi on cœur que jefaisois dernièrement quand *** rompit notre conversation; mais ma consolation à tous mes maux est l'assurance de votre amitié, de laquelle je ne douterai jamais, non plus que vous taites de la mienne.

De Saint-Germain, ce 12 décembre 163J.

I . H alloit en échange commander Tarmée qui opéroit en Franche-Comté.

Vï

A LA MÊME

LETTRE XT.

fous avez vu par toutes celles que je vous ai

' écrites depuis que nous sommes en Champagne , comme ]e suis très-favorablement traité de notre Prince : je ne sais si c'est la gaieté avec laquelle je l'ai suivi quand nous avons poussé les ennemis ' ou le som que je prends, lorsque l'armée marche, de porter ses commandements, et de me mêler de tout comme si j'avois quelque emploi considérable dans son armée , ou qu'on \a\ ait rapporté que je n'étois pas des derniers à pousser ce matin le régiment de Forças , où le pauvre cadet du Plessis a été tué; enfin ii me fait beaucoup de caresses, et je me vois en état d'ttTt en quelque considération auprès de lui; même H. de Selles, son trésorier, étant arrivé d'hier, il m'a fait mettre sur l'état de sa maison sans que je l'eusse demandé, et m'a envoyé une année de ma pension. Tout cela témoi^e son sentiment pourmoi, et d'autant plus que je n'espérois autre chose que la conservation d'une terre dont jouit ma femme. Pour moi, je me persuadequeM. deSaim-Ybalt'.quiestfortde mes amis , et qui est tout à fait bien avec lui , a aidé

I . Cette affaire eut lieu près de Mouzoti. Le comte de Soîuons y tailla en pièces cl dispersa un corps de sa mille HongriHS et Polotiois.

j. Henri d'Escars de Saint-Bonnet, teigneur de Saînt- Ibil. Onicrivoit aussi Siint-Ibar. Itiigiioit, lui,Siint-Tibal.

d'Alex, de Campion. 297

à lui donner de bonnes impressions de moi. Quoi Qu'il en soit , j'ai la ratincation de la baronnie ae Gany, une pension , et , de plus , de belles paroles dont il n'est pas d'ordinaire si libéral; je vous rends compte de tout cela, connoissant la joie que vous en aurez par la part que vous prenez à tout ce qui me touche.

De Grandpré, ce s avril 1636.

A LA MÊME

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