‹ Mémoires de Henri de Campion, nouvelle édChapitre 76 sur 150 · LETTRE XXV · texte numérisé non relu

LETTRE XXV

Ne pouvant vous aller rendre compte à Sedan du détail de mon voyage , pour les raisons que vous verrez dans ma lettre , j'essaierai

I . Le comte de Soissons se retiroit à Sedan , et Alexandre de Campion Vy suivoit.

3i8 Lettres

àe m'en acquitter par écrit, et vous dirai. Monseigneur, qu'en huit nuits je suis arrivé de Sedan à Blois, nonobstant la rigueur des tenipi, - m- étant éjgaré plusieurs fois à cause des çlaoei et des neiges, quoique je prisse des guides à chaque village, où je demeurois le jour enfermé, ayant évité les villes et les grands chemins, pour ne pas tomber dans les embuscades que M. le Cardinal a £ait dresser de toutes parts pour surprendre les gens de Monsieur on les vôtres, n'étant pas en doute qu'il n'y en ait souvent sur les chemins pour conserver le cooh merce entre vous deux. A mon arrivée, m'étimt mis dans une hôtellerie éloignée du château, j'écrivis à M. le comte de Fiesque pour le prier de m'y venir trouver, ce qu'il fit ausritôt, et me dit aue Monsieur étoit toujours dans les meilleures aispositions du monde pour vous; que comme il étoit de votre part auprès de lui, il tâchoit inutilement à le fortifier dans le dessein de pousser M. le Cardinal, y ayant toute la disposition possible, et que )'étois arrivé fort à propos. M. du Gué, un de ses gentilshommes de la chambre, venant d'arriver de Guyenne, où il l'avoit envoyé vers M. de la Valette, et pour parler à M. d'Epernon par son moyen, je le priai de me faire voir M. de Montrésor, afin que nous parlassions d'affaires et que nous pussions résoudre des moyens de voir Monsieur la nuit ; il me dit que M. de Montrésor étoit enfermé avec M. du Gué, qui étoit fort de ses amis, et que si tôt qu'ils auroient vu Monsieur tous deux , il m'amèneroit le premier, qui agissoit très-sincèrement pour le bien commun; je

d'Alex. DE Campion. 519

lui témoignai la reconnoissance que vous aviez de l'affection au'ii avoit pour vous , et lui dis ce que je crus plus propre à le fortifier dans ses bonnes intentions, quoiqu'il n'eût pas besoin d'y être poussé, ne se pouvant rien ajouter à son zèle. Deux heures après qu'il m'eut quitté M. de Montrésor entra , et me témoigna une extrême joie d'apprendre de vos nouvelles; il me confirma les bons sentiments de Monsieur pour vous, mais il me dit qu'il en étoit arrivé de mauvaises de Guyenne; que M. du Gué lui avoit rapporté qu'il avoit trouvé M. dé la Valette très-faché du peu de disposition que M. son père avoit d'entrer en affaires, et qu'assurément il ne croyoit point qu'il fôt possible de le résoudre; qu'il lui en avoit parlé plusieurs fois inutilement, et que tout ce qu'il pouvoit faire , étoit d'aller servir de sa personne avec ses amis auprès de Monsieur ou de M.

le Comte; qu'ensuite M. du Gué avoit vu M. d'Epernon par son moyen, et qu'il avoit fait tout son possible pour lui persuaaer de recevoir Monsieur dans son Gouvernement, mais qu'il n'y avoit voulu entendre en aucune manière ; enfin qu'il étoit revenu avec les premières paroles aue lui avoit dites M. de la Valette. Ce récit aura longtemps; mais je vous en dis le sens en peu de mots, le reste n'étant pas nécessaire. J'en eus le déplaisir que vous pouvez juger, mais je fis dessein dès l'heure même de n'en point témoigner d'étonnement à Monsieur et de prendre les affaires d'un autre biais.

M. de Montrésor me dit que Monsieur donneroit le bonsoir dès minuit, et qu'il me verroit le

}2o Lettres

reste de la nuh, ce qui me donna tout le tam nécessaire pour me pr^arer à ce que ie lui mrois, lesafiiûresayamcDangéde&ceaepinsles ordres que vous m'aviez drames. Monsieur me reçut avec toutes les démonstrations de joie ima^uiaUes, et me demanda plusieurs fois de vos nouvelles avec empressement. Après oue je lui eus Êdt tous vos compliments et que je lui eus rendu compte d'une partie du sujet de mon voyage, il me fit le rédt avec d^laosir de la nouvelle de Guyenne, et il pesta contre H. de la Valette, me disant que ce n'étoit pas là ce qu'il vous avoit promis à tous deux à Compièçie. Je lui laissai tout dire , après quœ je repartis que nos projets étoient troublés par ce changement, mais que Dieu l'avoit peut-être permis pour le mieux, afin que vous fiissiez nécessités d'être ensemble; que s'il eût été en Guyenne, le commerce étant impossible entre vous, les affaires n'en eussent pas été si bien, au lieu q^ue s'il avoit agréable de venir à Sedan , il y seroit le maître ; que vous lui obéiriez avec le même zèle et la même humilité que vous aviez fait en Picardie , et qu'ayant une place de retraite de cette importance-là, à cinquante lieues de Paris, d'où vous ne pouviez être chassé, vous auriez le temps tous deux de ménager vos intelligences dans le royaume, et que tout le monde pourroit vous venir joindre sûrement; au surplus, que je trouvois M. de la Valette plus malheureux que coupable. Ayant encore ajouté plusieurs raisons sur le même sujet, qui seroient trop longues à vous déduire , il fit quelques difficultés; sur quoi, prenant toujours la parole vi-

d'Alex, de Campion. 521

^ureusement, et, étant assisté de MM. les >mtes de Montrésor et de Fiesque, qu'il avoit ît approcher, il me dit : « Mais vous me parlez » Sedan sans ordre de mon cousin, qui ne juvoit deviner ce cjui est arrivé de M. de la ailette.)) Sur quoi )e lui dis aussitôt que vous 'aviez dit qu'en cas qu'il n'allât point en uyenne, vous lui offririez Sedan, où M. de ouillon vous avoit fait le maître. Cela acheva » le résoudre , en sorte qu'il me promit ce que : voulus , et nous en demeurâmes que je m'assuîrois d'un passage sur la rivière de Marne et 'un autre sur celle d'Aisne, et de dix bons levaux sur chacune des deux rivières. Je lui cilitai tous les moyens , lui dis que j'étois asiré des passages, et que je ferois venir des levaux à Condé pour la Marne , et chez un de 3S domestiques sur l'Aisne, et que même, au 3U de m'en retourner à Sedan , je vous dépêlerois un homme et que je ne sortirois point 2 Condé, où je l'attendrois de pied ferme, et je vous le viendriez recevoir avec cent gentils- Dmmes à la rivière d'Aisne. Il me dit que, pour îlle de Seine, il étoit assuré d'un passage, et le donna le bon soir, après m'avoir dit deux lots qui sont dans un petit billet dans ma lettre , : au'il ne prendroit confiance à personne qui e les y dit, hormis à M. de Beauregard, que assurai devoir partir quatre jours après moi, t qu'ainsi il nepourroit les y aire. Voilà, Monîigneur, l'état de toutes choses, et la raison ourquoi je n'ai pas été vous trouver. Je suis ssuré du passage de Marne au lieu oue j'ai mis ans le billet , et je me tiendrai caché dans le

lai Lettres

chtw JeCorfé, Î B iriMf â ceqrt i ^ n iome de h port de Monnev, amb dcÉK mou dont bov lOflHBet convean. M* neZy s9 Tooi plaÉllidf vMiit pc^f McoÊàfff^^ toi» les erdrcf ■AuiyÉn pottr achefcr cefi,

% et ce qpe je «Hs licB^

i^iw

Page 1