‹ Mémoires de Jean Monnet, directeur du Théâtre de la foire (volume 2)Chapitre 14 sur 97 · SÉJOUR AU COUVENT DE LA TRAPPE · texte numérisé non relu

SÉJOUR AU COUVENT DE LA TRAPPE

le moyen le plus facile fut de m’assurer d’un appartement qui, le plus à propos du monde, se trouvait à louer dans la maison de son père. Cet appartement était, et beaucoup trop grand et trop cher pour moi; mais j'étais trop amoureux pour que ces deux considérations pussent m’'arrêter : je conclus donc, et huit jours après je pris possession de mon nouveau logement.

Dans cette maison, de jeunes personnes du voisinage se | réunissaient trois fois la semaine chez une veuve qui avait aussi | deux jeunes filles : celle à qui j'en voulais, et une sœur qu'elle | avait, s’y rendaient régulièrement. Ces assemblées avaient |

pour objet le travail, la lecture, de petits jeux, des chansons, des contes de ma mère l’oie

Je ne fus pas longtemps à m'’introduire chez cette veuve par quelques petits services que j'eus occasion de lui rendre, et qui m'attirèrent son amitié et sa confiance. Je fus présenté par elle à l'assemblée, et agréé unanimement; on m'en donna mêmè la | direction. J'y établis des règles, des amendes que l’on conver- | tissait en petites collations : j'y réglai les amusements; enfin je devins l’homme nécessaire, et l’oracle de cette académie bourgeoise.

Je m'apercevais bien de jour en jour des progrès que je | faisais sur le cœur de la jeune personne ; maïs il fallait un entre- | tien particulier avec elle. Je l’eus quatre jours après, par le secours de la Couturière, dans la petite maison qu'un grand Seigneur de ma connaissance avait à la Bartière Blanche (1), et que, dans ses jours de repos, il voulait bien laisser à ma disposition.

Nous étions quatre, la belle Julie, sa sœur, la Couturière et moi : j'avais fait préparer une collation, avec l’attention de faire boire quelques verres de vin de Champagne à la sœur et à la Couturière, qui restèrent endormies dans la salle à manger.

(1) La Barrière Blanche, appelée primitivement de la Croix Blanche, séparait Paris du village de Montmartre.

Pour Julie, elle me suivit sans répugnance et sans efforts dans un petit salon de verdure qui était à l'extrémité du jardin.

La conversation roula d’abord'sur le mariage : je lui fis une déclaration en forme, appuyée de plusieurs caresses, pour lui prouver, sinon l'honnêteté, du moins la solidité des. vues que j'avais sur elle. Comme elle m'inspirait beaucoup d’amour, et que j'en croyais les désirs, l'expression la plus convaincante, je mis dans ces mêmes caresses plus d’emportement que peut-être elle n'aurait voulu. Je ne sais si c'était un malheur; mais ce qui certainement en était un, ce fut l’arrivée de la Couturière. Julie, soit qu’elle le feignit, ou qu’elle fut réellement offensée des libertés un peu vives que j'avais prises avec elle, m'en fit des reproches, pleura beaucoup, protesta de ne me jamais revoir, et finit par s’apaiser.

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NS, par Waticau.

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