‹ Mémoires de Jean Monnet, directeur du Théâtre de la foire (volume 2)Chapitre 83 sur 97 · AUTRE SOUPER MAGIQUE DÉSIRS IMMODESTES DE P... ET LEUR PUNITION · texte numérisé non relu

AUTRE SOUPER MAGIQUE DÉSIRS IMMODESTES DE P... ET LEUR PUNITION

A confiance du petit homme dans le Magicien était si grande L que, sur sa seule parole, il n’eut pas délibéré un instant pour se jeter par la fenêtre. Mais il fallait toujours entretenir l’incré- | dulité par quelques merveilles, et c'est ce qui ne manquait jamais au besoin.

A un souper qui se donnait chez B... le petit homme, qui n'avait pas cessé d'être invisible, s’avisa tout à coup de concevoir la passion la plus brutale et la plus empressée pour une femme de la Compagnie. Il communiqua ses désirs au Magicien, qui lui promit, s’il ne pouvait pas les surmonter, de le mettre à portée de les satisfaire. Cependant, il lui conseilla d’essayer auparavant de les modérer par un breuvage magique.

Ce breuvage fut un grand gobelet d'urine fournie par une Dame de la Compagnie qui avait mangé beaucoup d’asperges. P..,, ne soupçonnant pas la nature de ce breuvage, le prit avec la plus grande confiance des mains du Magicien qui le lui présentait en prononçant quelques mots cabalistiques. Il sentit plusieurs fois son cœur se soulever à la seule odeur; mais n’osant } désobéir au Magicien, il surmonta toutes ses répugnances et lavala jusqu’à la dernière goutte. Ce breuvage amer, au lieu

d'opérer l'effet qu’on s’en était promis, fut au contraire un stimulant qui ne fit qu’irriter davantage les désirs effrénés du petit homme; mais son Cabaliste s'était fait fort de les satisfaire, et rien ne lui paraissait difficile pour un homme qui le rendait invisible, Cuvette, Actrice, etc.

Le Magicien, un peu déconcerté de l’incontinence du petit satyre, lui ordonna de passer dans une chambre voisine, et d’y attendre son retour. Il fit part à la Compagnie de l'embarras où le mettait la fougue amoureuse du petit libertin. La Dame qu’il convoitait frémit de l’effet inattendu de ses charmes ; mais un des convives s’offrit de la représenter et d’éteindre bientôt ses feux. Il se hâta de s'habiller en femme, et n'eut pas de peine à passer pour l’objet de la belle passion conçue si soudainement par le petit homme. La chose était d'autant plus facile, qu'il n'y avait point de lumière dans la chambre où l’amoureux P... attendait sa bonne fortune; mais au défaut de lumière, il s’y trouvait par hasard une grande baignoire remplie d’eau, pour l'usage du Maître de la maison qui devait se baigner le lendemain.

Le travestissement fait, le Magicien, suivi de la fausse femelle, passa dans la chambre obscure, et ne dit à P... que ces mots : « Tenez mon ami, je vous la livre.» P... s'élance aussitôt sur sa proie, en homme qui ne pouvait plus attendre. L'homme déguisé, las de se défendre, l’enlève, d’un bras vigoureux, de toute sa hauteur, et le laisse retomber dans la baignoire.

Dans son effroi, le malheureux petit homme crut avoir été précipité du ciel au fond d’un abîme. Ses petits cheveux étaient hérissés sur sa tête. Il resta quelques moments comme aliéné. Le Magicien lui représenta qu'il s'était attiré, malgré lui, ce châtiment par son incontinence. « Mon pouvoir, ajouta-t-il, vient des « Sylphes, et le mouvement brutal que vous avez ressenti est

l'ouvrage d’un Gnome jaloux de la protection dont je vous

honore. C’est pour cela que je vous exhortais d’abord à

vaincre vos désirs, et que je vous ai fait boire le salutaire

breuvage auquel vous avez trouvé un goût détestable que par

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