‹ Mémoires de Jean Monnet, directeur du Théâtre de la Foire (volume 3)Chapitre 48 sur 96 · AIR DE SANCHO-PANÇA DANS SON ILE · texte numérisé non relu

AIR DE SANCHO-PANÇA DANS SON ILE

Opéra-comique de Poinsinet.

Musique de Philidor.

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considérer l'Opéra que comme une esquisse de la plus belle machine qu'on ait inventée pour servir aux amusements d'un peuple éclairé, poli, sprituel et sensible. Les ressorts qui devraient donner de la vraisemblance aux enchantements de la scène, sont bien éloignés de la perfection où l'on pourrait les porter. C'est ici qu'un tableau des vissicitudes que ce Spectacle a essuyées depuis 40 ans, ne serait peut-être pas déplacé; mais ce tableau (qui sûrement est curieux) est réservé pour un Mémoire que je compte incessamment mettre au jour (1). Je

(1) Ce Mémoire n'a jamais paru.

crois y avoir bien démontré la possibilité et les moyens, nonseulement de le rétablir dans le grand éclat, mais même de le perfectionner et de l'entretenir, sans d'autres secours que ceux de sa recette, et des établissements qui en dépendent.

Je reviens aux Trocqueuts. Après le départ des Bouffons, sur le jugement impartial que des gens d'un goût sûr avaient porté de leurs pièces, je conçus le projet d'en faire faire, à peu près dans le même goût, par un Musicien de notre Nation. M. d'Auvergne (i) me parut le compositeur le plus capable d'ouvrir, avec succès, cette carrière; je lui en fis faire la proposition, et il l'accepta, Je l'associai avec M. Vadé, et je leur indiquai simplement un sujet de la Fontaine. Le plan et la pièce furent faits dans l'espace de quinze jours. Il fallait prévenir la cabale des Bouffons : les Fanatiques de la Musique Italienne, toujours persuadés que les Français n'avaient point de Musique, n'auraient pas manqué de faire échouer mon projet. De concert avec les deux Auteurs, nous gardâmes le plus profond secret. Ensuite, pour donner le change aux ennemis que je me préparais, je répandis dans le monde, et je fis répandre, que j'avais envoyé des paroles à Vienne à un Musicien Italien qui savait le Français, et qui avait la plus grande envie d'essayer ses talents sur cette langue. Cette fausse nouvelle courut toute la Ville, et il n'était plus question que de faire faire une répétition de la pièce. Feu M. de Curis (2), que j'avais mis dans la confidence, voulut bien me seconder : la répétition fut faite chez lui par les principaux Symphonistes de l'Orchestre de l'Opéra, et par quatre Sujets chantant du premier mérite, qui voulurent bien se charger des rôles. Dans cette répétition, où il y avait peu de monde, et presque tous amateurs de la Musique Française, les

(1) Antoine d'Auvergne, né à Clermont-Ferrand, le 9 octobre 17 13. Il était en 1739 l'un des violons de la chambre du Roi et compositeur du Concert spirituel. 11 obtint plus tard la place de surintendant de la musique du Roi. Il mourut à Lyon le 12 février 1797.

(2) Intendant des Menus-Plaisirs du Roi. On lui attrbue un ballet, Zélie, musique de Ferrand, qui fut donné en 1740 aux Petits-Appartements.

avis furent partagés sur le sort de cette pièce ; ce qui me détermina à en faire une seconde répétition. Elle se fit sur un petit Théâtre que j'avais chez moi, par les Acteurs de mon Spectacle, en présence de plusieurs Artistes célèbres (i), qui pour la plupart avaient voyagé en Italie ; ils m'assurèrent tous que toute la pièce aurait le plus grand succès. Elle fut donc représentée, et, quoique jouée et chantée par des Acteurs qui ne savaient pas la Musique, elle fut généralement applaudie.

Les Bouffonnistes, persuadés que cette Musique avait été faite à Vienne par un Italien, vinrent me complimenter sur l'acquisition que j'avais faite de ce bon Auteur, et se confirmèrent encore la grande supériorité de la Musique Italienne sur la notre. Aussi charmé de leur bonne foi, que de l'heureuse tromperie que je venais de leur faire, je leur présentai M. d'Auvergne, comme le véritable Orphée de Vienne.

Jusque-là j'avais lieu d'être content d'une idée qui m'avait si bien réussi : mais je fis des réflexions sur le tort que cette Musique pouvait faire aux pièces en Vaudevilles. Je ne tardai pas à en faire la triste expérience, en remettant les Nimpbes de Diane (2), l'un des meilleurs Opéras-Comiques de M. Favart. Je le fis représentera la suite des Trocqueurs. Ce joli Drame, qui avait eu dans sa nouveauté le plus grand succès, parut froid et n'eût que très peu de représentations.

J'eus, à la Foire Saint-Germain 1754, plusieurs nouveautés de différents genres. Celle de Saint-Laurent de la même année fut brillante par deux Ballets de la composition du Sieur Noverre, qui sont les Fêtes Chinoises (3) et la Fontaine de Jou-

(1) Je pense que les Artistes en général, jugent mieux et doivent mieux juger des choses de goût et de sentiment, que la plupart des autres hommes. (M.)

(2) « Ce petit opéra devait paraître dès 1741 ; mais on refusa la permission de le jouer alors. Il fut représenté en 1747 (au moins de septembre) à Bruxelles, par les comédiens de M. le comte de Saxe. » anecdotes dramatiques.

(3) 1" juillet 1774. Desboulmiers dans son Histoire du Théâtre de l'Opéra- Comique (t. II, p. 323), a donné une description détaillée.

« Ce ballet, dit-il, avait déjà été exécuté à Lyon, à Marseille et à Strasbourg. Le Théâtre représente d'abord une avenue terminée par des terrasses et par un

vence (1). Le premier, Ballet national, étonna par sa singularité, et sa magnificence attira le plus grand concours. Les décorations étaient toutes de l'invention et du dessin de feu M. Boucher, premier Peintre du Roi. Elles furent peintes par MM. Guillier, Moulin et de Leuse. Les habits avaient été dessinés et dirigés par M. Bocquet, dont les talents dans cette partie sont connus. Ce Ballet fut vu de tout Paris. Je ne m'arrêterai pas aux autres compositions du même Auteur; les Réjouissances flamandes (2), etc., n'eurent pas moins de succès.

La Foire Saint-Germain 1755, fut soutenue par une nouveauté de M. Vadé, intitulé, Jérôme et Fancbonnetle, ou Anacréon à la Grenouillère, Pastorale poissarde (3). Cette petite pièce, du plus

escalier qui conduit à un Palais situé sur une éminence. Cette première décoration change et laisse voir une place publique ornée pour une fête, et dans le fond un Amphithéâtre où seize Chinois sont assis. Par un rapide changement de place, au heu de seize Chinois, on en voit trente-deux qui font un exercice pantomime sur les gradins. A mesure que les premiers descendent, seize autres Chinois, tant mandarins qu'esclaves, sortent de leurs habitations, et se rendent sur les gradins. Tout cela forme huit rangs de danseurs qui, en se baissant et se relevant successivement, imitent assez bien les flots d'une mer agitée. Tous les Chinois étant descendus, commencent une marche caractérisée. On y voit un Mandarin porté sur un riche palanquin porté par six esclaves blancs, tandis que deux Nègres traînent un char où est assise une jeune Chinoise. Ils sont précédés et suivis d'une foule de Chinois qui font entendre divers instruments de musique en usage dans leur pays. Cette marche finie, le ballet commence et ne laisse rien à désirer, soit pour la variété, soit pour la netteté des figures. 11 est terminé par une contredanse à trente-deux personnes dont les mouvements forment une prodigieuse quantité d'attitudes nouvelles et parfaitement dessinées, qui s'enchaînent et se dégagent avec la plus grande facilité. A la fin delà contredanse, les Chinois se replacent sur l'amphithéâtre qui se transforme en un cabinet de porcelaine. Trente-deux vases, qui s'élèvent, dérobent aux yeux des spectateurs les trente-deux Chinois qu'on voyait auparavant. »

Je n'arrive pas à comprendre pourquoi Monnet appelle « national » un ballet qui n'était formé que de Chinois.

(1) 16 septembre 1754. Il y avait déjà eu sous ce titre un opéra-comique de Carolet et Dupuy, joué à la foire Saint-Laurent le 28 juillet 1721 et qui n'obtint aucun succès.

(2) Ce ballet fut exécuté le 11 août 1755.

(3) Opéra-comique en un acte en vaudevilles, joué pour la première fois à la foire Saint-Germain le 18 février 1755.

C'est la parodie de HDapbnis et Alcimadure, pastorale languedocienne en

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