FEVRIER
La Foire S. Germain.
LA GARDE arrête deujz . fille v/ du monde qia ont vole une Jffar. chande de modes . Celle - ci en colei^e leia* arrache ses pièces de rubans , un sac a ouvraj/c?
ôCc. 2. es autres marchandes leur rient au 7iez- et leur font les cornes; Un 'u a que la 3ouq~uetie re qia leur témoigne la douleur qu 'elle ressent de cette triste a vanture .Tendant la scène unJÏ pclitnuni tire le mouchoir de la poche- d'un Abbe ,
MecLajQcn .
Le Portrait de PlTiton , surnomme F cbruus , que l'on, croj/oit attirer autant d'hommes qu'il pouvait dont les E/ifers . ce qià peut carac ter 1 ser ledanqer des plaisirs .
« On avait annoncé cet opéra-comique sur l'affiche de la foire Saint-Laurent, pour le 8 septembre (1733), jour de la Nativité de la Vierge ; mais par respect pour ette fête, le sieur De Vienne, juif, qui était alors directeur de ce spectacle, voulut que son théâtre fut fermé :e jour-là, comme aux autres fêtes de la Sainte-Vierge, it fit annoncer par l'acteur, le 7 septembre, Achmet et
Alrnanzine, pour le surlendemain, 9 du mois. Depuis ce temps, on n'a pas joué à la foire le jour de la Nativité de la Vierge, non par ordre de la police, mais l'usage a eu force de loi. Il paraîtra bien étrange qu'un juif ait fait cet honneur à la Vierge; mais le fait est que De Vienne avait arrangé une partie avec la plupart des filles de l'Opéra-Comique, et qu'il avait donné ce jour-là relâche à son théâtre, pour n'en point donner à ses plaisirs.
De Vienne était d'une riche famille juive de Metz et ne paraissait point à son spectacle le samedi pour veiller sur la recette et sur les habits des acteurs; aussi le volait-on de tous les côtés; mais il disait à ses amis, qu'il aimait mieux souffrir cette perte que de manquer à son devoir (1). »
Ce directeur si scrupuleux administrait si mal son théâtre, même les autres jours que le samedi, que Pont;ui s'estima très heureux, dès 1734, de pouvoir le reprendre.
Il le garda pendant dix ans, jusqu'en 1743, et débuta (à la foire Saint-Laurent) par une pièce de circonstance la Première Représentation, de Lesage. Lesage vieillissait et sa verve vieillissait comme lui (2), mais il allait avoir pour successeur, cette même année 1734, Favart, la gaîté faite homme.
La première pièce de Favart, au théâtre de Pontau, qu'il ne signa pas et il ne signa pas davantage
(1) anecdotes dramatiques, t. 1, p. 11. Mayer Devienne, pour avoir trop r< pecté le jour du Sabbat, mourut dans une prison pour dettes. Il est probable quel les actrices de son théâtre y furent pour quelque chose. Elles ne valaient pas) cher mais coûtaient beaucoup.
(2) La dernière pièce de Lesage au Théâtre de la Foire (à la foire Saint-Lau| rent), le Neveu supposé, opéra-comique en un acte (avec la collaboration de Frol maget), fut jouée le 6 septembre 1738. Lesage avait alors 70 ans. II mourut en 1747, à BouIogne-sur-Mer.
toutes celles qu'il composa pour la foire jusqu'en 1741 — avait pour titre les Deux Jumelles. Jouée le 22 mars 1734, elle réussit très bien, et l'auteur, pâtissier comme son père, commença à remplacer la fabrication des échaudés par celle des opéras-comiques.
Ce maître du couplet badin eut avec la Chercheuse d'Esprit, jouée à la foire Saint-Laurent le 20 février 1741, son plus grand succès, et un succès qui dure encore. Quatre ans plus tard, dans cette pièce, débuta Mlle Duronceray, fille d'un musicien de la Cour du roi de Pologne, et Favart fut si content de son interprète qu'il l'épousa.
Pontau appartenait à cette catégorie de directeurs que les succès n'enrichissent pas plus que les fours. Entre ses mains l' Opéra-Comique allait de mal en pis. L'Opéra-Comique en 1743 était tombé si bas — je parle du théâtre et non du genre — qu'il lui fallait absolument un sauveur. Le sauveur se présenta. Ce fut Monnet.
Pourvu du privilège de Pontau, Monnet ouvrit son théâtre à la foire Saint-Laurent le 8 juin 1743, avec le Coq du Village de Favart.
La salle avait été remise à neuf. L'orchestre, jadis formé de ménétriers, ne comprenait plus que de très bons musiciens, conduits par Rameau. Costumes et décors avaient été dessinés ou peints par Boucher on sous sa direction. La troupe n'était pas inférieure à celle des grands théâtres. Enfin le parterre n'était plus rendu inabordable aux honnêtes gens par les laquais qui le traitaient en pays conquis.
Favart — à qui on doit une grande part dans le succès — lisait les pièces et même les retouchait au besoin, surveillait les répétitions, et pour 2.000 livres
par an ajoutés à ses droits d'auteur, faisait en somme office de régisseur.
Pontau n'avait pas assez réussi, Monnet réussissait
trop. On le lui fit bien voir.
« Les comédiens français et italiens, dit favart, voyant déserter de chez eux pour des bagatelles, conjurèrent la ruine de l' Opéra-Comique, et réussirent à le faire supprimer, malgré les représentations et les droits de l'Académie de musique. Cet événement arriva à la fin de la foire Saint-Germain de
L'Académie royale de musique, dans la personne de son nouveau directeur Berger, était favorable au maintien de l' Opéra-Comique, mais elle l'était beaucoup moins au maintien de Monnet comme directeur. Elle l'accusait de lui faire, avec des pièces comme Acajou (2) qui étaient, disait-elle, de véritables opéras, une concurrence déloyale.
Or Monnet, simple adjudicataire de Thuret et par conséquent du successeur de Thuret, Berger, pouvanj être dépossédé sur le champ et sans la moindre indemnité. Et c'est ce qui eut lieu, au moment où il orga-l nisait sa saison de 1744 à la foire Saint- Laurent.
« Sur la requête présentée au roi étant en son conl seil par François Berger, contenant que par arrêt di Conseil d'État du 18 mars dernier, il a plu à S; Majesté de subroger le suppliant au lieu et place 4
(1) QAèmoire et Correspondance de Favart, t. 1, p. xv».
(2) « Opéra-comique en 3 actes par Favart (avec Bridard de Lagarde et L sueur). Cette pièce fut d'abord jouée (a la foire Saint-Germain, le 18 ma 1744) en prose, mêlée de couplets, mais après la défense qui fut faite a 1 Open Comique de parler, on la donna toute en vaudeville à la foire suivante (a la foi Saint- Laurent, 5 juillet 1744); et au mois d'octobre de la même anr.ée, on la 1 avec plaisir sur le théâtre de l'Académie Royale de Musique. » ^Anecdotes dti tnatiques, t. I, p. 4.
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sieur de Thuret auquel Sa Majesté, par arrêt du conseil du 30 mai 1733 avait accordé le privilège de l'Académie royale de musique... le suppliant s'est mis en possession de l'exploitation dudit privilège, en conséquence dudit arrêt du 18 mars dernier; il a trouvé que le sieur de Thuret, par contrat passé devant Gervais et son confrère, notaires au Châtelet, le 18 mars 1743, avait donné à loyer pour six années à Louis Monnet, bourgeois de Paris, le droit exclusif d'établir dans la ville de Paris aux foires de Saint-Germain et de Saint-Laurent et autres foires qui pourraient s'établir ci-après, le spectacle appelé vulgairement l'opéracomique, composé de vaudevilles, de danses, machines, décorations et symphonies ; mais le suppliant a reconnu que ce bail était préjudiciable à ladite Académie royale; il a cru qu'il était plus convenable à l'intérêt de l'Académie qu'il fit régir par lui-même ledit opéracomique dont Sa Majesté a accordé le privilège exclusif à l'Académie royale de musique par son arrêt du Ier juin 1730, et à cet effet demander la résiliation du bail passé audit Monnet. La demande du suppliant est d'autant plus favorable qu'elle a pour objet l'avantage de ladite Académie royale et que d'ailleurs le sieur de Thuret n'a pu aliéner une portion du privilège au delà du temps qu'il en a été revêtu, c'est ce qui a obligé le suppliant de recourir à l'autorité de Sa Majesté. Requérait à ces causes le suppliant qu'il plût à Sa Majesté, ordonner que le bail passé audit Monnet le 28 mars 1743, demeurera nul et résolu du jour de l'arrêt qui interviendra, ensemble tous les autres baux et traités qui auraient pu être faits par ledit sieur de Thuret, à raison du privilège de ladite Académie royale; faire défense audit Monnet de faire représenter à l'avenir aucun spectacle aux foires de Saint-Germain et de Saint-Laurent; ordonner que l'arrêt qui interviendra
sera exécuté nonobstant opposition ou appellation quelconque.
Vu ladite requête, le roi, étant en son conseilla ordonné et ordonne que le bail passé audit Monnet par le sieur de Thuret, le 28 mars 1743, demeurer a nul et résolu, ensemble tous les baux et traités qui peuvent avoir été faits par ledit sieur de Thuret pour raison du privilège de ladite Académie royale de musiqiie, et ce, à compter de cejourd'hui. Fait défense audit Monnet de faire représenter à l'avenir aucun opéra-comique ou autre spectacle auxdites foires de Saint-Laurent et de Saint-Germain. Ordonne Sa Majesté que le présent arrêt sera exécuté nonobstant opposition ou appellation quelconque, dont, si aucune intervient, Sa Majesté s'est réservée la connaissance... Le 30 mai 1744 (1). »
Favart, se substituant à Monnet, adressa au roi une supplique, en prose et en vers (2), dans laquelle il sollicitait un délai d'un mois, et qui se terminait par ce quatrain :
Que votre bonté nous seconde, Par pitié, Sire, exaucez-nous !
Et vous ferez du bien à tous; Car nous devons à tout le monde.
Le roi eut pitié. Le délai fut accordé. Il fut même prolongé, grâce aux instances de Berger, qui, nommé directeur titulaire, donna pleins pouvoirs à Favart, associé à un certain Mattheus, qui ajouta en cette occasion la profession d'homme de paille à celle de danseur de corde. Et cette situation bizarre dura jus-
Ci) Registre du Conseil d'État. E, 2227.
(2) Très humble supplication des Syndics et Marchands de la Foire Saint- Laurent, au Roi.
qu'en 1745. A cette époque l' Opéra-Comique fut de nouveau supprimé.
Favart, chargé par le maréchal de Saxe de diriger sa troupe de comédie, partit pour Bruxelles où la vertu de sa femme, comme on sait, fut traitée en place forte et subit de rudes assauts. Monnet, à la même époque, alla diriger le théâtre de Lyon. Un mémoire rédigé en 1786 et que M. Heulhard découvrit dans les archives de la ville, Projet pour rétablissement des spectacles de Lyon, nous renseigne sur les efforts que fit le nouveau directeur pour se mettre à la hauteur de sa tâche et sur la mauvaise volonté à laquelle il se heurta et qui finit par le briser :
« Au sieur Maillefer, dit ce mémoire, succéda le sieur Monnet, qui n'ayant pu obtenir le privilège de celte ville que sous la condition d'y établir un opéra, et ayant bien prévu que ce spectacle seul ne pouvait pas satisfaire le goût général jugea à propos, pour mettre de la variété dans le sien, de joindre aux acteurs qu'il avait engagés pour le chant, six à sept bons sujets, pour jouer alternativement avec l'opéra, des comédies et des opéras-comiques. Cet arrangement eut sans doute été le plus convenable en supprimant dans la suite un peu de la dépense de l'opéra qui était trop forte. Mais M. Devarax, pour lors prévôt des marchands de cette ville, qui n'avait ni le goût du spectacle, ni apparemment assez bonne opinion des talents du nouveau directeur pour entrer dans ses vues, le priva de sa direction pour la remettre entre les mains d'un acteur, sous les ordres de M. Breton, dont l'état ni le genre n'annonçaient pas les qualités convenables dans une pareille entreprise. »
Après une année de direction, Monnet était endetté de 35.000 livres et son avocat, dans une affaire dont nous allons parler, pouvait dire trop justement que ses
déboires financiers l'avaient obligé à substituer à son ancienne devise : « Movet, mulcet-, monet » celle-ci : « Flet, tœdet, pcenitet. »
Ses créanciers, ses acteurs et actrices signèrent un arrangement, pour lui permettre d'arranger ses affaires. Seule, la demoiselle Duval, ci-devant actrice de l'Opéra, refusa de signer, et pour les 75 livres d'appointements et les 300 livres de gratification qu'on lui devait, fit saisir chez le sieur Richard, receveur, produit du dernier concert et les recettes à venir.
Quelle était cette demoiselle Duval? Le Plaidoyé pour le sieur Monnet va nous l'apprendre.
Monnet l'avait engagée le 3 octobre 1745. Elle devait doubler les rôles de princesses dans l'opéra et au besoin les jouer en chef, figurer dans la comédie ou l 'opéra-comique, et chanter dans les concerts spirituels.
Elle venait du théâtre de Grenoble, et l'Académie royale de musique l'avait comptée naguère parmi ses plus jolies actrices, en même temps que sa sœur qu'on appelait la Constitution, peut-être parce qu'elle avait été violée.
La Duval ne daigna pas jouer dans les comédies ou les opéras-comiques et elle ne parut que dix-huit fois dans les représentations d'opéras, à cause d'un petit accident que l'avocat de Monnet raconte ainsi :
« Le bruit se répand qu'elle est grosse, elle en fait volontiers l'aveu; nos actrices, quoique filles, ne rougissent jamais de la qualité de mères, par une suite de leurs privilèges; le cas n'est pas commun, ni fréquent, on ne sacrifie guère dans ce pays à la déesse Lucine, malgré les soins et le zèle infatigable de Mercure, qui de tous les dieux de l'Olympe y est le plus occupé.
Un témoin muet, mais bien éloquent sur ce chapitre, publie l'aventure; les yeux seuls suffisent pour le découvrir. Elle représente au directeur qu'elle ne peut
plus jouer, qu'elle doit observer un certain régime pour la conservation de son fruit, car ces princesses de théâtre, quoique parfois déesses, sont, comme les autres personnes du sexe, tributaires dans cet état, de dégoûts, d'infirmités, dont je laisse le détail aux disciples d'Hippocrate.
C'est la pensée d'un auteur (i), qu'il rend très ingélieusement par ces deux vers :
Principium dulce est, sed finis amoris amarus : Lœta Venire Venus, tristis abire solet. »
L'affaire s'arrangea, grâce à la renonciation de la Duval à la gratification qu'elle réclamait. L'impression lu plaidoyer fut arrêtée et on en détruisit presque tous es exemplaires, mais un de ceux qui échappèrent à la lestruction alla tomber entre les mains de Meunier de Juerlon (2), qui le publia quelques années plus ard (3).
En somme cette entreprise convainquit Monnet que opéra, livré à ses seules ressources, ne pouvait pas se naintenir en province, et pour acquérir cette convieion il perdit beaucoup d'argent.
Sa campagne théâtrale en Angleterre, trois ans près (4), ne réussit pas mieux. L'entente cordiale 'existait pas encore en 1749, et les Anglais manifestent à l'égard de tout ce qui venait de France, hommes u idées, la plus vive antipathie — qu'on leur rendait 'ailleurs de l'autre côté de la Manche.
(1) Ovide.
(2) Il lui fut peut-être communiqué par Monnet, qui était un de ses amis.
(3) En 1760 dans le Recueil A. Z., ainsi nommé parce que chaque volume est isigné par une ou deux lettres de l'alphabet. Le Plaidoyépour le sieur Monnet..,
trouve dans le volume G. p. 220 et suiv.
(4) U partit de Paris le 30 septembre 1749 et sa première représentation à |)ndres (avec le Coq du village) eut lieu le 13 novembre.
Voilà ce dont Monnet aurait dû se douter et il auraid dû se douter également que le répertoire qu'il choisitJ était trop français, trop spécial, pour plaire à des étrangers, capables de se reconnaître dans une comédie de Molière, mais à qui un opéra-comique de Favart ne disait rien (i).
Après une campagne, semée de dramatiques péripéties et sur laquelle ses Mémoires donnent de curieux détails, il était en déficit de 24.803 livres et fort en peine de payer sa troupe. Quatre de ses acteurs, Désormes (2), Durancy, la Durancy et la demoiselle Bureau, le firent arrêter et il resta six mois en prison.l Quand il put quitter l'Angleterre, ce fut, je crois, avec la plus vive satisfaction (3).
Un autre, moins bien trempé, aurait été écrasé- par ce double échec, mais Monnet avait autant d'énergie dans le caractère que de souplesse dans l'esprit (4). A
(i) C'est ce que remarque très justement Fréron dans une de ses Lettres criJ tiques,
(2) Desormes avait débuté à la Comédie-Française dans les rôles à manteaux. Il fut ensuite comédien du Roi de Prusse et comédien de l'Electeur palatin. C'esi lui qui envoya à Fréron, qui l'inséra dans ses Lettres critiques, un compte rendi des fournées d'Haymarket.
(3) Cependant il laissait à Londres quelques amis dévoués, et entre autre; Garrick qui lui écrivait quelques années plus tard : «Je suis misérable que j< n'aie pas encore répondu a la lettre charmante que notre cher ami Favari m avait écrit il y a longtemps. Je l'aime de tout mon cœur; mais j'ai honte d< lui écrire en français. Sa réputation brillante vole jusqu'ici et tous les honneur: qu'il reçoit me pénètrent jusqu'au fond de mon cœur. Je vous conjure, par notn amitié, de lui dire toutes les belles choses pour moi que l'estime la plus profond* peut dicter. Adieu, mon cher Monnet; plût a Dieu que vous et notre ami Favar vous entendissiez notre langue. » Mémoires et Correspondance de Favart .., t. 111 P 9«
(4) En pleine bataille il écrivait à Londres un {Mémoii e pour le sieur {Monnet ci-devant directeur de l'Opéra-Comique, à Paris, depuis directeur des Spectacles d Lyon, et d'une Comédie à Londres (ce mémoire est aux Archives de l'Opéra.;, e il envoyait aux ducs de Gèvres et d'Aumont et à ses protecteurs, le maréchal d Richelieu, le comte d'Argenson, l'abbé de Bernis, un Projet d'un Opéra ambulan et d'une Comédie ambulante pour Lyon, Marseille et Bordeaux.
peine de retour à Paris, il sut mettre dans son jeu Mllc Le Maure, ancienne actrice de l'Opéra (1), et même M,ne de Pompadour. Celle-ci lui accorda ou plutôt lui vendit son tout puissant patronage. Le roi autorisa le rétablissement de V Opéra-Comique, et, le 20 octobre 1751, sa décision fut notifiée par d'Argenson au prévôt des marchands, M. de Bernage (2).
Il n'y a de bonnes réputations que celles qu'on se fait soi-même. Monnet n'avait pas manqué d'appliquer ce principe qui réussit tout particulièrement en France. On le considérait comme un directeur de premier ordre, un peu parce que c'était vrai, beaucoup parcej qu'il n'avait jamais laissé une occasion de l'affirmer (3).
Reconnaissons d'ailleurs, qu'il justifia bientôt laj bonne opinion qu'on avait de ses talents et qu'il en avait lui-même.
D'abord il trouva de l'argent, et c'est une des choses les plus difficiles qu'il y ait au monde. Des amis très] confiants lui prêtèrent 12.000 livres et une partie de cette somme servit à faire lever les scellés qui avaien été mis sur la salle de Pontau. Il recruta une très bonne troupe. Il prit comme sous-directeur un homme for habile, Anseaume, comme régisseur Favart, et i| attacha à son théâtre, le créateur d'un genre nouveau Vadé, dont les pièces en style poissard allaient avoi une grande vogue et bien souvent la méritèrent.
(1) Mlle Le Maure avait quitté l'Opéra en 1750.
(2) Un arrêt du Conseil, le 23 août 1749, avait confié à la Ville de Pari? représentée par son prévôt des marchands, la direction de l'Académie royale d Musique.
(3) V. Collé. Journal, t. II, p. 126. — LesProphéties du grand prophète Monne 1753. — La {Mme limonadière ou Recueil d'ouvrages en vers et en prose, p- M" Bourette, ci-devant Mm* Curé, 1755. (Mme Bourette tenait un café tri fréquenté par les gens de lettres, le Café Allemand, rue Croix-des-Petit? Champs.)
Sans fracas, mais avec les sympathies très marquées de l'opinion publique, Monnet avait débuté le 3 février 1752, à l'ouverture de la foire Saint- Germain, dans ce modeste jeu de paume de la rue de Bucy, que Y Opéra-Comique occupait depuis 1726.
Il était revenu d'Angleterre avec des idées très intéressantes sur l'organisation matérielle d'un théâtre et avec le plus vif désir de les mettre en pratique, dès que l'occasion s'en présenterait. Cette occasion, le rétablissement de l' Opéra-Comique la lui fournit.
Il fit construire à la foire Saint-Laurent une vraie salle de spectacle, très habilement agencée, et qui passa longtemps pour un modèle. Boucher composa les dessins du plafond et les décors, Arnoult, machinisteingénieur du roi, la machinerie. La disposition intérieure était très commode et l'acoustique excellente (1).
La troupe comprenait une trentaine d'artistes plus ou moins réputés (2), parmi lesquels L'Ecluse (qui partit en 1753 et plus tard se fit dentiste), Le Moyne, Dourdet, acteur et maître de ballets, Parant, Deschamps, La Ruette, qui jouait les rôles de père et de tuteur, les demoiselles Desglands, Morphy, Rosaline, première amoureuse, Deschamps (rôles de caractère et de mère), Delorme, ancienne choriste de l'Opéra, qui faisait les soubrettes.
L'orchestre qui fut dirigé successivement par Mangeau, d'Avesne et Guillemant, comptait une vingtaine de musiciens, violons, basses et violoncelles, contrebasses, hautbois, bassons, cors et cors de chasse, tim- | balier, trompette et altoviola (3).
(1) Le plan de cette salle se trouve dans un ouvrage de Dumont, Parallèle 1 des plus belles salles de spectacle d'Italie et de France. Paris, 1763.
(2) Le corps de ballet en avait à peu près autant.
(3) a L'alto ou altoviola, violon à quatre cordes, connu sous le nom de viole, est d'une dimension un peu plus grande que celle du violon, et tient, dans un
Le concierge s'appelait d'Amour, nom qui convient fort bien à un concierge de théâtre, et je note parmi les contrôleurs le sieur Ponsard (1).
Tout ce personnel était soumis au Règlement pour la police intérieure de l'Opéra- Comique qui, entre autres choses, condamnait à 6 francs d'amende tout acteur, musicien ou employé qui se présenterait au spectacle en état d'ivresse, et à 30 sols d'amende les danseurs ou danseuses qui « négligeraient la propreté dans leur chaussure ».
Au moment où Monnet redevenait directeur, éclatait la guerre des Bouffons. Il fallait à cet habile homme tout le flair dont la nature l'avait généreuse-j ment gratifié pour lutter contre cet engouement un peu puéril que provoquait alors la musique italienne.] Son mérite, qui n'est pas mince, est d'avoir su attirer parmi les faiseurs d'opéras-comiques de bons musi-, ciens, comme d'Auvergne, et d'avoir, comme nous l'avons déjà remarqué, attaché à son théâtre un homme dont le talent original conquit très vite le public.
Ce public, un peu blasé, voulait du nouveau et Vadé] était très capable de lui donner satisfaction. « Dès qu'il eut rencontré ce modeste commis du vingtième (2), qui ne rêvait que vers et théâtre, Monnet le devina J
orchestre, le milieu entre cet instrument et le violoncelle ou la basse... L'alto nous vient des Italiens qui excellaient dans la fabrication de cet instrument. ».] Organographic. Essai sur la Facture instrumentale, parle comte Ad. de Pontecoulant. Paris, 1861, t. I, p. 257.
(0* ^a Sarde de ce spectacle, dit Ducoudray dans sa Correspondance dramatique, était composée de douze hommes et d'un brigadier commandés par MM. d'Hemery, lieutenant de robe courte, et Saint-Marc, lieutenant du guet. » En 1755 la garde fut portée à trente hommes, un sergent-major et quatre caporaux.
(2) Vadé avait été nommé à dix-neuf ans, en 1 73. 1, contrôleur du vingtième — c'était un impôt — à Soissons. Plus tard, vers 1746, ses amis, pour lui permettre de s'occuper de littérature sans trop de souci du lendemain, le firent placer à Paris dans les bureaux du vingtième.
rQ MÉMOIRES DE J. MONNET
courut à lui, et se l'attacha. Tout de suite il ava
apprécie l'entrain, la gaîté grasse de cet enragé viveu
l'aisance avec laquelle il tournait le couplet en l'hor
neur du roi et des forts de la Halle, des belles dame
de la Cour, des paysannes et des marchandes de poi<
sons, et son talent très particulier pour entremêle
dans un parler pittoresque, le jargon des campagnes -
l'argot des faubourgs. Les pièces très variées, conte
fables, épigrammes et chansons, dont la verve, la gai
lardise et la trivalité amusaient les hautes classes de
société, avaient ouvert au poète les salons les pi
aristocratiques et fait de lui le professeur-ès-langi
poissarde des grands seigneurs et des grandes dame
contenaient tous les éléments des nouvelles comédi
populaires. Vadé était donc une précieuse recrue (i).
On l'a dit très justement : en France rien ne réusî
comme le succès. Monnet heureux, Monnet prospèr
devint un homme à la mode, qui mérita d'être chan
par l'abbé de Lattaignant :
Peau bise et poil brunet, Dents blanches comme lait, Le regard d'un furet, Le corps bien fait,
L'air guilleret, Et folet; Ni trop sec, ni trop replet,
Grand ni basset,
Beau ni laid;
(i) Maurice Albert. Les Théâtres de la Foire. Paris, 1900, p. 194. « Tou cultivant l'ariette, et sans avoir recours aux vieux systèmes d'équivoques, N s'appliquait à faire naître un rire franc et honnête par la peinture des ridic ou par une naïveté exempte de sous-entendus. De spirituelles et fines com4 comme le Suffisant; un poissard, très réaliste et pourtant de bonne compaj comme Jérôme et Fancbonnette, prouvèrent à tous que la gaieté foraine n' ennemie ni du sentiment, ni de la décence. » Barberet. Lesage et le Théâtt la Foire. Nancy, 1887, p. 57.
Râble nerveux de mulet, Ami reconnais-tu ce portrait?
Oui, trait pour trait, Voilà Monnet.
En amour volage et coquet
Comme un roquet, Sémillant et vif comme un frisquet.
Toujours, pour remplir son gousset.
Allant au fait, Et jamais distrait de son objet, Industrieux, sage et discret.
Aussi ribaud qu'un baudet, Aussi futé qu'un minet, Aussi flatteur qu'un barbet, Conduisant bien son bidet.
Sachant donner le torquet, Plumant sans bruit le poulet, Trompant Suzon et Babet.
Engeôlant par son caquet Ami, maître, maîtresse et valet.
Oui, trait pour trait, Voilà Monnet.
La mort de Vadé, le 4 juillet 1757, frappa Monnet en
plein succès et en pleine vogue (1). Ce coup fut très
sensible au directeur et à l'ami. Dans un prologue
joué à la foire Saint- Germain en 1758, on lui faisait
dire à un de ses comédiens :
« Oh! mon cher ami, nous avons perdu un auteur qui était la plus belle rose de notre chapeau.
(1) a Tout le monde convient que ce théâtre n'a jamais été aussi brillant que
depuis qu'il en a la direction; et personne n'a fait voir plus de talent que lui
pour des entreprises de cette nature. » Spectacles de Paris pour 1756, p. 100.
*La dernière pièce de Vadé que joua Monnet fut le {Mauvais Plaisant ou le T>rôle
de corps, ouvrage posthume représenté le 17 août 1757.
s2 MÉMOIRES DE J. MONNET