‹ Mémoires de Jean Monnet, directeur du Théâtre de la Foire (volume 3)Chapitre 53 sur 96 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

COMMENT LE PETIT P... MANIFESTA DE BONNE HEURE SES INCLINATIONS FUTURES ET SA VOCATION POUR LES SIFFLETS

La famille du petit P... l'ayant un jour mené au Théâtre des Marionnettes de Bienfait (i), le bambin conçut tout à coup, pour Polichinelle, une forte passion qui se convertit en une espèce de fureur. Bientôt, jaloux des applaudissements qu'il voit donner au personnage postiche, il entreprend de le supplanter, en débutant au même Théâtre. Ses parents ont la complaisance de se prêtera cette fantaisie; on lui fait faire un habit de Polichinelle. La joie du petit P... en l'essayant, ne peut guère se comparer qu'aux transports du bouillant Achille, lorsqu'Ulysse lui présenta des armes. 11 débute dans une nombreuse assemblée d'enfants de son âge, attirés par la nouveauté du Spectacle; il a le malheur d'être sifflé. Le prodigieux courroux du petit homme ne s'exhale heureusement que contre la Dame Gigogne, à laquelle seule il attribuait sa disgrâce.

(l) a Bienfait, entrepreneur de jeux de marionnettes aux foires de Saint-Germain et de Saint-Laurent, a eu beaucoup de réputation pour ce genre de spectacle, dans lequel il avait été instruit par son beau-père, Alexandre Bertrand. Bienfait est mort vers l'année 1744 ou 1745. >• ^Dictionnaire des Théâtres de Paris (1767), t. I, p. 451.

Bienfait eut un fils, montreur de marionnettes comme lui, et qui avait fait peindre sur sa baraque un Polichinelle avec cette inscription :

Ne suis-je pas bien fait !

arlequin jaloux, par Watteau.

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