CHAPITRE XXII
COMMENT P... FUT REÇU, AVEC UNE DISTINCTION MARQUÉE, PAR UN AMBASSADEUR DE LA PORTE QUE PERSONNE n'a JAMAIS VU QUE LU!
Des personnes de distinction se prêtèrent à cette mascarade. On fit accroire au petit homme qu'il venait d'arriver un Ambassadeur Turc à Paris, qu'il logeait à la Place Vendôme, et qu'il ne paraîtrait pas en public avant d'avoir fait solennellement son entrée. On lui fit le plus grand éloge de l'Excellence Turque, et on parvint à lui inspirer un violent désir de lui être présenté. Le jour pris pour la présentation, on fit monter P... la nuit, dans une voiture qui le conduisit, par des rues détournées, à la Place Vendôme. On le fit entrer dans un salon superbement illuminé. Au milieu du salon était assis, sur un carreau de velours, l'Ambassadeur Ottoman, ayant à ses pieds, une énorme pipe, dont il ne faisait pas grand usage. A ses côtés, aussi sur des carreaux, étaient deux femmes charmantes que P... n'eut pasde peine à prendre pourles favorites de l'heureux Musulman. Des Valets, habillés en Turcs, occupaient le fond du Salon; enfin un soi-disant Interprète, vêtu en Arménien, se tenait debout près de l'Ambassadeur.
On se divertit d'abord beaucoup du Cérémonial Asiatique qu'on fit observer au petit homme, et du grand nombre de révérences auxquelles il fut assujetti. L'Ambassadeur parût charmé de le voir; il lui fit dire, par son Interprète, que sa réputation n'était pas ignorée à Constantinople. L'Excellence Turque, pour