‹ Mémoires de Jean Monnet, directeur du Théâtre de la foireChapitre 24 sur 36 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

COMMENT P... EST MIEUX ACCUEILLI PAR LES COMEDIENS FRANÇAIS QUE PAR LES MARIONNETTES

La noble passion de P... pour le genre dramatique, ainsi déclarée, se fortifia de jour en jour. Le grand succès qu'il eût dans une Tragédie de Collège, où il fit le rôle de Nabuchodonosor changé en bête, acheva de lui persuader qu'il était né pour la scène. Il délibéra longtemps s'il sedévouerait au genretragique sur les pas de Corneille, à celui de la Comédie, pour être le rival de Molière, ou bien à l'Opéra bouffon. Le genre de Molière lui parut le plus facile. Il fit, au sortir du Collège, une petite comédie de caractère, en un acte en vers. Les Comédiens, par une distraction inconcevable, la reçurent sans prendre garde que presque tous les vers en étaient pillés. La fatuité du petit Poète augmenta beaucoup par l'accueil fait à sa pièce ; mais elle fut portée à son comble, quand un Philosophe, à qui il en avait fait la lecture, lui dit, en lui imposant les mains : « Jeune « homme, prends courage; allume ton génie au flambeau de la « méditation : tu deviendras le Philosophe des Poètes et le Poète « des Philosophes. » Flatté de ce mystique augure, le petit P... commence à prendre un ton décisif et tranchant dans les foyers de la Comédie. Il ne parle plus de Molière qu'avec une sorte de dédain. Cette fatuité le fait remarquer d'un homme qui entreprend de le corriger, en le mystifiant.

tristes vérités, auxquelles malheureusement on ne pourrait mêler aucunes consolations. On avoue cependant qu'il y a un vers qui a paru faire le plus grand plaisir à tout le monde. Le petit homme veut savoir au moins quel est ce vers heureux? On lui dit froidement : C'est le dernier.

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