‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 43 sur 125 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

soumets à tout ce qui vous plaira. » Pendant ce temps-là les archers s'étoient saisis de son valet de ■chambre. La peine extrême peut faire dans Tesprit d'un malade ce que Témétique fait dans son corps; Tévêque de Valence fit un effort pour se lever, et remua le chevet de son lit, sous lequel il avoit mis 6a croix d'évêque. « Voici, dit-il à M. des Grais, ce qui va décider qui je suis ; mais faites-moi le plaisir de faire retirer ces messieurs, et je vous avouerai tout. » En effet, M. de Valence lui dit qui il étoit; qu'étant exilé, il avoit cru ne pas faire un crime de venir à Paris, pour des affaires qui •ne regardoient ni le roi ni la justice ; qu'il avoit eu le malheur de tomber dans l'extrémité du mal qui l'accabloit; qu'il falloit que Ton se fût mépris, si 4:*étoit un faux monnojeur qu'il cherchoit; et qu'il le prioit de lui sauver l'honneur et la vie : 4'honneur en ne faisant point éclater ce qu'il lui confioit à titre de confession, et la vie en lui laissant prendre ses remèdes en liberté. J'ai déjà dit que M. des Grais étoit honnête homme, et le •caractère de la vérité se fait toujours sentir.

Ce que M. de Valence disoit étoit trop vrai pour qu'il en pût douter; mais son ordre portoit d'arrêter un homme fait d'une telle et telle manière, venu à une telle heure, un tel jour, et faux monnoyeur. Enfin , comme des Grais essayoit d'ajuster ioutes ces circonstances avec ses ordres, l'apothi-

Caire arriva, qui portoit un lavement. M. de Valence ne le vit pas plus tôt qu'avec une présence d'esprit surprenante : « Monsieur, dit-il en s'adressant à M. des Grais, je vous ai dit qui j'étois; le remède qui m'est ordonné me sauvera peut-être la vie, ne me permettez-vous pas de le prendre? » M. des Grais le lui permit, et fit relâcher son valet, que ses archers tenoient : de sorte qu'à l'aide de son valet et de son apothicaire, il se fit porter sur le petit lit de repos, et y reçut son lave* ment, ayant prié M. des Grais de tourner la tête,, parce que, disoit-il, il n'est pas séant qu'un prêtre reçoive un remède devant tout le monde. M. des Grais se tenoit à la porte, le dos tourné, pour lui laisser la liberté de recevoir son remède, qu'il ne garda qu'un moment; et, dès qu'il vit que M. des Grais se rapprocha de son lit : <x Je ne vous échapperai pas, Monsieur, lui cria-t-il; au nom de Dieu, tournez le dos, que je rende ce remède^ que je ne puis plus garder. » Il le rendit en effet^ moitié sur le lit et moitié dans un bassin, que son valet lui présenta diligemment; et, comme il se plaignoit, et qu'il vit que M. des Grais avoit effectivement le dos tourné pour éviter l'ordure de ce spectacle, il se tourmenta tant sur le lit qu'il attrapa son portefeuille, dont il jeta les papiersavec le reste de son lavement dans le bassin, qu'il ordonna tout bas à son valet d'aller vider dans le

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