LIVRE IX
noissance de cette promesse, supposé que le grand maréchal eût été obligé de se retirer en France; et, sans prendre connoissance des vues que le roi de Pologne avoit pour le marquis d'Arquien, il songeoit à rapprocher les moyens de tourner en sa faveur toutes les dispositions que Ton avoit eues de faire cette grâce, comme je viens de dire, au roi de Pologne.
M. de Seignelay étoit intime ami du marquis de Béthune : c'étoit à lui et à M. de Colbert qu*i^ avoit fait part de ce projet, et ils avoient promis d'en ménager les conjonctures. Lt réponse que le roi avoit faite au roi de Pologne sur le marquis d*Arquien étoit inconnue au marquis de Béthune, et connue de M. de Colbert. Le roi même eût eu plus d'inclination d'élever le dernier que le marquis d'Arquien, qui étoit (jlomestique de Monsieur. De plus, cette terre pour donner un titre en faveur du dernier ne s'acbetoit point. Je ne saiâ si, pour favoriser les intérêts du marquis de Béthune, M. de Colbert lui-même ne traversoit point cet objet; et le roi enfin, fixé à ne pas faire deux ducs à la sollicitation du roi de Pologne, étoit résolu de faire celui des deux que Sa Majesté polonoise lui demanderoit ; jusque-là le roi de Pologne ignoroit totalement les desseins du marquis de Béthune, son beau-frère, et songeoit véritablement à faire acheter une terre au père de la reine.
lOO MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
' Il arriva en ce temps-là à Varsovie un carme françois, qui fit demander au roi la permission de iùi parler en particulier. Après quelque difficulté j^our obtenir son audience, qu'il eut enfin, ayant fait dire qu'il s'agissoit d'une affaire particulière dont il importoit infiniment à Sa Majesté polonoise d'être informée, ce Père remit au roi une lettre dont le sens portoit : que celui qui.avoit l'honneur d'écrire à Sa Majesté, n'ayant pas celui d'être connu d'elle, se trouvoit obligé, aux dépens de la réputation de sa mère, de faire souvenir Sa Majesté qu'étant en France, au sortir de l'Académie, il avoit eu commerce avec une belle femme, qui^ parce qu'elle étoit mariée, avoit fait paroître comme d^. son mari un 61s qu'elle avoit eu l'honneur d'avoir de Sa Majesté; que ce fils avoit eu, des biens de ce prétendu père, la seule fortune d'acheter la charge de secrétaire des commandemens de la rèinç de France; que, puisque la fortune et le mérité du roi avoient mis le père sur le trône, celui qui «voit l'honneur de se trouver et de s'avouer son fils avoit lieu d'espérer quelque élévation ; qu'au surplus il avoit l'avantage d'être protégé et considéré de la reine, à laquelle il avoit fait con-r fid^nce non seulement de ce qu'il étoit,^ mais de la prière qu'il faisoit à Sa Majesté polonoise; et qu'en le reconnoissantpour son fils, la reine seroît fort contente de contribuer de ;son côté à la prière