LIVRE IX I
toute cette belle histoire. Il conta comme quoi il avoit engagé un carme de sa connoissance à porter la lettre qu'il avoit fait signer à la reine sans qu'elle sût ce que c'étoit; il n'oublia pas la circonstance du portrait, et de la lettre de change de cent mille écus. Le roi envoya les interrogations et les dépositions du tout à Sa Majesté polonoise, qui connut si bien la fausseté de l'engagement où l'on avoit voulu le mettre qu'il fit des excuses au roi de sa crédulité.
Quand Brisacier eut fait quelque pénitence à la Bastille, on le mit en liberté comme un fol, avec ordre de sortir de France. Son premier soin fut de courir après la lettre de change de cent mille écus^ que le roi de Pologne avoit touchée ; il se rendit à Varsovie pour essayer d'en rapporter quelque chose. Le roi le reçut comme un fripon et comme un imposteur. Cependant ses créanciers firent tant de justes représentations à Sa Majesté polonoise qu^il promit d'en payer quelques-uns.
Les princes ont toujours de la peine à rendre ce qu'ils ont touché. On donna cinq ou six cents pis-* tôles à ce malheureux, qui passa en Moscovie, où il mourut, dans le dessein d'aller aux Indes chercher la fortune qu'il n'avoil pu faire en Europe; et le roi peu à peu, et dans tous les plus mauvais et les plus reculés effets qu'il put avoir de temps en temps, et dans l'espace de quatre ans, ren-;
dit aux créanciers la somme qu'il avoit touchée. Le ridicule d'avoir demandé les plus grandes dignités du royaume pour un imposteur ralentit dans le roi et la reine l'empressement de demander la même grâce pour le père de la reine, qui s'étoit rendu en Pologne. L'affaire de Strick ' , la dissipalion des troupes qui dévoient passer au service de Tékély, et les brouilleries qui obligèrent de rappeler le marquis de Béthune, lui firent absolument perdre les vues dont il avoit fait confidence au marquis de Seignelay. Les cours de France et de Pologne ne vécurent plus dans les mêmes liaisons d'intérêt, et la reine ne put avoir dans tous ces contretemps la satisfaction, qu'elle avoit désirée, de voir son père duc. Quelque temps après, l'on décora sa personne du cordon bleu, et on lui procura de la part du royaume de Pologne un chapeau de cardinal, avec lequel il est mort dans une extrême vieillesse, à Rome, auprès de la reine sa fille, qui s'y retira après la mort du roi son mari, et après avoir perdu l'espérance de mettre aucun des princes ses fils sur le trône de Pologne.
I. Il est question de la levée de troupes que le marquis de Béthune faisait dans la starostie de Strick, aux frais de la France, pour secourir les mécontents de Hongrie. L*abbé de Cboisy donne des détails fort curieux sur ce point d'histoire dans un Mémoire publié dans le Recueil A. B. C, en 1745. On le trouvera ici dans le onzième livre. (Note de l'édition Michaud,)