LIVRE X I
gement qu'on lui avoit promis pour la souveraineté de Sedan.
Les livres sont pleins du traité que M. de Cinq- Mars, grand écuyer de France, fît avec le roi d'Espagne pour chasser le cardinal de Richelieu. J'ai été bercé de toutes les particularités de cette affaire; ma mère étoit de tous les secrets de la cour. La princesse Marie de Gonzague, qui a été depuis reine de Pologne, et son amie intime, lui avoit promis de faire mon père garde des sceaux, après qu'elle auroit épousé M. le Grand, qui devoit être connétable. Elle étoit confidente de leurs amours; mais mon père, alors intendant de Languedoc, ne savoit rien de tout cela : il eut ordre d'aller chez M. le Grand, qui avoit été arrêté, et de saisir tous ses papiers, même ceux qui étoient dans ses poches. Il le trouva dans sa chambre à Montpellier, se promenant à grands pas devant un grand feu, où il avoit jeté beaucoup de papiers, a Monsieur de Choisy, lui dit-il en le voyant, vous seriez ^bien fâché de trouver tout ce que je viens de brûler. » Enfin tout fut découvert.
M. le duc d'Orléans, oncle du roi, avoit signé le traité d'Espagne, et l'on prétendoit même, sur de grandes apparences, que le roi, qui n'aimoit plus le cardinal de Richelieu, qui le craignoit, avoit tout approuvé. Ce prince, dont on a dit avec raison qu'il étoit grand dans les petites choses et
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petit dans les grandes, avoit eu envie de temps en temps de se défaire de ce cardinal, et n'avoir jamais eu la force de le faire. M. le Grand eut le col coupé; M. de Thou l'eut aussi, quoiqu'il n'eût point signé ce traité, mais parce qu'en ayant eu la connoissance, il n'en avoit rien dit. M. le duc d'Orléans en fut quitte pour aller à Biois, et M. de Bouillon, qui commandoit l'armée du roi en Italie, fut strrêté et conduit à Lyon, au château de Pierre-Encise. Il nioit fort d'être entré dans le traité, et il ne se trouva point de preuves contre lui ; mais comme Fontrailles, agent de M. de Cinq-Mars, l'avoit nommé parmi ceux qui n'aimoient pas le cardinal de Richelieu, et que Monsieur lui avoit fait promettre de lui donner retraite dans Sedan, en cas que le roi vînt à mourir, on le menaça de lui faire un mauvais parti s'il ne faisoit rendre au roi la ville de Sedan, dont on lui donneroit un dédommagement considérable.
Le cardinal Mazarin, qui commençoit à entrer dans les affaires sous les ordres du cardinal de Richelieu, ménagea l'accommodement. Sedan fut livré, au grand regret d'Elisabeth de Nassau, mère du duc de Bouillon, qui vouloit plutôt souffrir les dernières extrémités et hasarder la vie de son fils. Le duc de Bouillon fut mis en liberté et relégué à Turenne, où il demeura jusqu'à la mort du roi Louis XIII. Il fut alors persuadé que le cardinal