‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 152 sur 184 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

lui qui avoit monté cette partie. Il haran^jua contre la bulle et conclut à en appeler. De cent soixante docteurs présents, cent quarante-six furent de son avis. Ramcliet avoit si bien manœuvre ((ue In Faculté adhéra, à cette ^ande pluralité de vois, à l'appel des quatre prélats, et qu'elle décida encore qu'elle poursuivrait leur proposition en son propre nom, s'il en étoit besoin. Scène hardie, pour ne pas dire séditieuse, qui déplut si fort à la cour que le syndic fut exilé et les quatre évéques eurent un ordre précis de partir pour leurs diocèses.

(24 septembre 1718.) Cette sévérité ne fit pas grande peur, loin de là ; en moins de sept ou huit jours, quatre à cinq cents chanoines, curés, prêtres, religieux de Paris et des environs, en appelèrent de leur chef, ou se déclarèrent adhérents à l'appel des quatre prélats. Ce fut bien autre chose quand le cardinal de Noailles se fut enfin démasqué. Il avoit appelé, uo mois après les quatre évéques ; cependant, soit par irrésolution, soit par raison de politique, il ne se déclara qu'environ dix-huit mors après. Quand il y fut déterminé, il sollicita le chapitre de se Joindre à lui, tant pour imposer davantage qu'ahn qu'on ne pût pas dire que c'étoit l'archevêque seul et non l'Église de Paris qui avoit appelé au futur concile. Il lui en coûta peu à gagner les capitulants ; la plus grande partie tenoit de lui leurs chanoinics, les chefs étoient ses commensaux, ses officiers ou créatures; aussi l'adhésion du chapitre fut-elle visiblement un pur elTot de ro m plaisance. Au. lieu de nommer des conunissaires, ne fût-ce que pour sauver les apparences, au lieu de prendre du temps pour eïamiuer mûrement la bulle t/iiîgenilus et I appel du prélat, actes très-longs, contenant une infinité de citations, de principes, de raisoimcments

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354 NËMOIIIKS DE L'ABBÉ LE GENDRB.

dont chacun mérîtoit une attention particulière, il Tut dit

lumultuairemeut que le chapitre appdleroit avec M. le

cardinal.

Ne m'étant point trouvé i ce conciliabule (une vraie afTaire m'en empêcha), je fus eiubarraâsé sur le parti que j'avois à prendre. Il y avoit de la lâcheté à demeurer dans le silence ; il y avoit, ce semble, de la témérité à le rompre : à quoi ne m'esposois-je point en bravant une cabale dont le cardinal étoit le chef, et qui etoit soutenue au dehors par des gens puissants ? Mon zèle pour la bonne cause dissipa ces vaines frayeurs. Résolu de former une oppoêiliony je l'assaisonnai de tout ce qui devoit y être, et la mis en état qu'on ne pût y mordre; tes termes en étoient vifs et mesurés, respectueui et énergiques, les moyens solides et précis; elle n'étoit ni longue ni courte ; aussi fut-elle si bien reçue que, lorsqu'elle fut imprimée, on m'en demanda de tous côtés. J'en donnai plus de mille exemplaires en un mois ; de nos samaritains en venoient prendre par douzaines : ils me vouloient peu de mal de cette opposition parce que je les y avois ménagés. Il n'y eut que le cardinal qui en fut indigné; plus touché de la résistance d'un seul que des applaudissements de la multitude, il s'en plaignit, il menaça. Heureusemenlj'étois hors d'atteinte. Bien m'en» prisde l'avoir été : vindicatif comme il étoit, que n'eâtil point fait contre moi en tant d'occasions où je me suis opposé à la démangeaison qu'il avoit pour les nouveautés? Je ne me repens point de ma fermeté; si, faute d'être soutenu, je n'ai pas rompu bien des coups, du moins en ai-je paré quelques-uns, sans que jamais on m'ait reproché d'avoir manqué à l'égard du cardinal de respect ni de politesse.

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