‹ Mémoires de l'Académie de Stanislas (volume 2)Chapitre 69 sur 85 · OBSERVATIONS MÉDICALES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS MÉDICALES

Presque toutes les maladies ont été observées pendant le cours de l’année 1854; les unes n’ont atteint qu'un : petit nombre d'individus, les autres ont sévi sur une partie de la population ; il ne sera question, ici, que des dernières. | |

| Fièvres. |

La fièvre typhoide s'est montrée dès le mois de février, elle a pris de l'extension en août et en septembre, puis elle a diminué de fréquence ; le nombre de ses victimes a été de 71.

On a vu des fièvres intermittentes pendant les mois de juin et de juillet ; ces fièvres affectaient généralement les types quotidien et tierce ; ellesétaient bénignes ; cependant elles ont parfois revêtu la forme pernicieuse et emporté un malade seulement.

Fièvres éruptives et maladies de la peau.

La rougeole a régné depuis le commencement de janvier jusqu’à la fin d'octobre; la scarlatine, pendant presque toute l’année; la variole, depuis mars jusqu’à la fin de décembre ; enfin l’urticaire en août. La rougeole a causé 12 décès; la scarlatine 10, et la variole 13; la suette miliaire et l'érysipèle ont été communs; la suette en septembre et l'érysipèle vers la fin de l'année.

Maladies des organes de la digestion.

Les oreillons ont été fréquents en janvier, février, mars, avril et mai ; l'orchite leur a souvent succédé; des pharyngites gutturales et tonsillaires ont pris naissance en janvier, en février, en juillet, mais en avril surtout, les irritations gastro-intestinales, ayec vomissements bilieux, et l’entérite avec diarrhée, ont régné épidémiquement pendant toute l'année ; l’entérite seule a causé 100 décès. On a vu en septembre l'hépatite et la dyssenterie.

Maladies des organes de la respiration.

La pneumonie, qui a fait 95 victimes, a paru en toute saison. Les mois d'avril et de décembre ont été fertiles en

bronchites ; cette maladie, à l'état aigu, a déterminé 36 décès. |

Maladies des centres nerveux, des organes des sens el de la locomotion.

30 décès dus à la méningite et 55 à l’apoplexie attestent la fréquence de ces maladies. En mars, les paupières ont été le siége d'inflammations phlegmoneuses ; le rhumatisme a sévi en avril et en décembre et les névralgies pendant ce dernier mois seulement. |

Maladies chroniques.

Les maladies chroniques ont été fatales pour beaucoup d'individus, ainsi 166 ont succombé à la phthisie pulmonaire, 59 à des maladies organiques de cœur, 53 au cancer et 35 au rachitisme. |

Aux maux qui viennent d’être indiqués est venue s'ajouter une épidémie étendue et meurtrière, qui les a tous dominés; nous voulons parler du choléra morbus asiatique, qui mérite une mention plus étendue.

Le choléra à Nancy.

Le 20 août 1853, le choléra morbus asiatique fit irruption en Angleterre et occasionna une grande mortalité dans les villes de Newcastle et de Gastesheat. Il sévit sur le Havre depuis le 15 septembre jusqu’au 1 5novembre et parut à Paris vers le 11 de ce dernier mois; Metz et Nancy n'échappèrent pas à la maladie qui pénétra le 16 décembre 1853, dans l’ancienne capitale de la Lor-

— D14 — raine (1) où elle ne fit d'abord qu'un très-petit nombre de victimes. Nous allons tracer la marche de cette épidémie et surtout celle de son début.

4® cas. — Marandel, réclus au dépôt de mendicité atteint, le 16 décembre 1853, succomba le 20 du dit mois.

2% cas. — M. T....., propriétaire, place du marché, tomba malade, le 23 janvier 1854, il entra en convalescence le 30.

3° cas. — Merme (Claude), 50 ans, savoyard, ramoneur de cheminées, domicilié à Nancy, rue de l'Équitation, 7, se rend à Metz et couche dans une maison où plusieurs personnes venaientde périr du choléra. Il revient à Nancy, éprouve des accidents cholériformes assez intenses, entre à l'hôpital Saint-Charles, le 16 février et en sort guéri le 28.

4 cas. — Gadel, 59 ans, journalier, rue des Fabriques, 33, habitation insalubre, est admis à l'hôpital Saint- : Charles le 21 février, pour cause d’un choléra déjà par— venu au plus haut degré. Cet homme qui faisait abus des boissons alcooliques succombe le 23.

5° cas. — Didion (Jean), 52 ans, journalier, rue de l'Equitation, 7, entre à l'hôpital Saint-Charles le 29 février, atteint d'un choléra confirmé et meurt le 23. Ce malade,

(4) Nancy renferme 45,129 habitants.

dont le logement et la nourriture étaient des plus insalubres, avait communiqué avec Merme.

6° cas. — Blaise (Joseph), #7 ans, commissionnaire, place Saint-Epvre, phthisique, est reçu le 9 février à l'hôpital Saint-Charles ; il y devient cholérique le 27 et succombe le 2 mars.

7° cas. — Colnel (Marie-Anne), 55 ans, journalière, demeurant à Nancy, entre le 28 janvier à l'hôpital Saint- Charles, pour une carie du coude droit ; le choléra l’emporte le 4 mars.

8° cas. — L'Ecrivain (François-Prosper), 24 ans, domicilié à Amance, vient se faire soigner d’une vertébralitis à l'hôpital Saint-Charles, le 18 février. Là il succombe au choléra le 4 mars.

® cas. — Diringer (Agnès), veuve Guyot, 67 ans, rue de la Source, 15, est prise le 5 mars par le choléra, elle expire le lendemain matin.

40° cas. — Blaise (Françoise), femme Joblot, 53 ans, journalière, rue du Ruisseau, faubourg de Boudonville, tourmentée par une névralgie lombo-abdominale est reçue à l'hôpital Saint-Charles, le 46 janvier, devient cholérique le 18 mars ; le 26: elle entre en convalescence, mais la guérison n'a lieu que le 6 avril.

Aux cas de choléra qui viennent d’être indiqués, il faut en ajouter trois autres qui sont survenus chez une religieuse hospitalière de Saint-Charles et deux militaires

du 35° régiment d'infanterie de ligne. Les malades ont guéri.

Du 16 décembre 1853 au 18 mars 1854, le choléra a donc frappé 13 individus, sur lesquels 7 ont succombé. Du 18 mars au 23 juillet, il n'y a eu que 2 décès cholériques, et on pouvait espérer que la maladie ne se propagerait pas. Il en fut autrement; car, vers la fin de juillet, le choléra fit plusieurs victimes. En août, il redoubla ses coups, et en septembre, l'épidémie acquit sa plus grande extension. À dater du mois d'octobre elle diminua graduellement, mais ce ne fut qu'à la fin de décembre qu'elle se termina. Il est à remarquer que pendant les mois de septembre et d'octobre, où le fléau asiatique sévit avec le plus d'intensité, on constata dans l'atmosphère une faible quantité d'ozone, ainsi que le montre le tableau placé en tête de ce mémoire.

Le fléau asiatique s'est montré en 1854 avec les symptômes qui le caractérisait en 1832 et 1849 : prostration des forces, vomissements, déjections alvines semblables à une décoction de riz, refroidissement des extrémités et ième de tout le corps, cyanose des pieds, des mains, pouls faible et déprimé, anxiété épigastrique, suppression de la sécrétion urinaire, voix éteinte, yeux ternes et enfoncés dans les orbites, autour desquelles existait un cercle bleuâtre, ete. ; mais les crampes ont manqué dans quelques cas et généralement elles ont été faibles.

L'ouverture des corps, si la mort avait rapidement frappé les malades ne faisait reconnaître aucune lésion

organique propre au choléra, seulement le corps était émacié, les organes digestifs contenaient encore des matières semblables à celle des évacuations, et les vaisseaux un sang noir, analogue, par sa consistance à de la gelée de groseille ; il en était autrement quand le mal avait duré

plusieurs jours, on rencontrait alors des congestions san-

guines dans les principaux viscères, dans les poumons surtout ; la surface libre des membranes séreuses était couverte d'un enduit visqueux et transparent, les intestins étaient ecchymosés et leur muqueuse couverte de psorenterie. L

L'observation des règles de l'hygiène, lorsqu'elle était possible, et le traitement de la diarrhée, qui a précédé le choléra dans la majorité des cas, ont prévenu bien des malheurs. Les traitements les plus rationnels, l’administration des remèdes les plus vantés, quand le choléra était confirmé n'ont pu arracher à la mort qu'un petit nombre d'individus. Î serait utile d'établir ici la proportion des décès aux guérisons, mais pour Nancy, cela est impossible. L'administration municipale n’a pas invité les médecins à déclarer les cas de choléra qu'ils étaient appelés à soigner et qui sont restés inconnus. Cette déclaration eüt-elle été faite, les chiffres qui en seraient résultés seraient d’ailleurs peu dignes de confiance, des médecins, en temps d’épidémie, donnant le nom de choléra à la diarrhée et à la cholérine, tandis que d’autres le réservent pour cette maladie lorsqu'elle présente déjà de l'algidité et de la cyanosc.

Pendant son cours, l'épidémie a emporté 404 individus, 187 du sexe masculin et 214 du sexe féminin. Ce nombre de décès, quoique considérable, est inférieur à la réalité, le choléra ayant fatalement terminé un grand nombre de maladies, qui seules ont été inscrites sur les registre de l’état civil. | |

Suivant les âges, les décès ont été répartis de la manière suivante : |

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