CHAPITRE PREMIER
Possibilité de simplifier l’étude des langues. Logotomie comparée et graphonomie.
Notre siècle a vu naiïtre plusieurs sciences qui sont appelées à renouveler la face du monde en rapprochant de plus en plus les membres de la grande famille humaine. Devenu maitre de la vapeur, de l'électricité et de la lumière, l'homme opère chaque jour des prodiges qui surpassent les rêves de l'antique magie: Mais c’est en vain que l’espace et le temps sont annulés ; les communications resteront difficiles et lentes, tant queles peuples
seront séparés par la diversité du langage. — Suivant quelques philosophes, cette diversité cessera d’elle-même par la seule fréquence des relations. Il est vrai que la multiplicité des rapports prépare et amène chaque jour quelques progrès dans la fusion des idiomes ; à chaque heure les langues existantes se font, sous nos yeux, des emprunts réciproques, et, par l'effet de la simple continuation de cette sorte de commerce, un temps doit venir, où, chaque langue ayant emprunté aux autres ce qui lui manquait pour sa perfection, elles seront par ce fait devenues toutes identiques. Et quand il n'y aura plus qu'une seule langue pour toute ka terre, cette langue ne sera plus ni le français, ni l'arabe, ni le chinois, ni aueun des idiomes qui se partagent aujourd'hui la population du globe, mais une langue à la composition de laquelle auront concouru toutes les autres, en raison des qualités propres à chacune.
Mais combien faudrait-il de siècles pour arriver à cette harmonie ! nn
La science ne peut-elle pas accomplir ou hâter l'œuvre lente du temps, en simplifiant l'étude des langues à un tel ” point que, tout en subsistant, la diversité des idiomes cesse d’être un obstacle à l'échange des pensées.
Oui, il existe une science qui peut accomplir cette œuvre. Cette science n’a pas encore reçu de nom, et je suis obligé de la désigner par une périphrase ; c’est la philosophie générale du langage et des signes graphiques de la pensée; c’est la science profonde des manifesta-
1 = tions successives de la parole divine, du Logos éternel au sein de l'espèce humaine. | Sous les noms de symbolisme, d'esthétique, de paléo-graphie, de grammaire générale, de philologie comparée, quelques branches de la philosophie du langage sont étudiées avec succès par d'excellents esprits, mais on n’est pas encore arrivé à la tige commune. Une vaste synthèse n’a pas encore uni les matériaux épars fournis par les patientes analyses. L'attention du monde savant n’est pas encore attirée sur les problèmes sans nombre, sur les applications utiles, sur les arts pratiques, sur les formes vivantes et populaires que recèle en son vaste sein la philosophie du langage. | - On ne sait pas assez à quels immenses résultats conduirait la solution des problèmes suivants :
Trouver un moyen graphique, matériel d'apprendre presque instantanément et de fixer sans peine dans Îa mémoire les formes bizarres et compliquées des alphabets asiatiques ; un moyen de faciliter aux Orientaux l'étude de l'alphabet romain.
Grouper autour du français les langues d’origine latine, faciliter l'étude du français et de l'anglais en trouvant un moyen d'indiquer la prononciation réelle sans altérer l'orthographe étymologique. Moyen qui serait lui-même applicable à toute transcription.
Rendre l'usage du dictionnaire ehinois aussi in que celui des dictionnaires européens,
Rendre phonétiques pour les Occidentaux les caractères hiéroglyphiques des Chinois. (Forme kiàï-choù, écriture carrée d'impression.)
Rendre possible au premier coup d'œil la distinction des mots chinois homophones, transcrits en lettres européennes. NT
Trouver pour ces mots un système d’accentuation plus
simple que celui que les missionnaires ont introduit.
Chercher jusqu'à quel point une image ou une définition intelligible est obtenue par la décomposition d’un caractère ou d’un groupe de caractères chinois.
Rechercher si l'on ne pourrait pas appliquer ces principes de décomposition aux hiéroglyphes égyptiens figuratifs, et les étendre à l'interprétation de l’hébreu, de l'arabe, du sanscrit, du grec, an un mot, de toutes les langues anciennes et modernes.
1° Dresser la table des radicaux primitifs ;
æ Déterminer la cause du sens de chaque radical ;
3° Trouver les lois de la formation, de la combinaison et de l’altération des signes premiers ;
4° Etablir quels rapports nécessaires unissent les formes primitives de l'écriture aux éléments de la pensée et de la parole, remonter ainsi de la forme actuelle des caractères, à leurs formes primitives et de là aux objets.
Enfin trouver un instrument matériel de traduction, quelque chose d’analogue au suan-pan, aux machines à calculs. Avec le secours de cet /nterpréte universel, un homme qui saurait seulement lire et écrire, pourrait, sans connaitre la grammaire, la syntaxe, la loi des constructions directe ou inversive, et sans feuilleter un dictionnaire, écrire facilement et correctement dans une langue étrangère.
Les conséquences de la solution de ces problèmes seraient incalculables.
La première serait de rapprocher les trois grands types de l'humanité, les trois chefs de la civilisation moderne, le Franc, le Chinois et l'Arabe. La seconde serait de donner naissance à deux sciences nouvelles :
1° L'Analomie comparée de la parole ou Locorous COMPARÉE ;