‹ Mémoires de l'Académie de StanislasChapitre 41 sur 180 · IV. OPINION DES PÈRES DR L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

IV. OPINION DES PÈRES DR L'ÉGLISE

Les Chrétiens n’admirent pas complétement la croyance des Cabalistes. Cependant saint Jean établit une différence entre. les noms divins et les noms d'homme, entre les nombres divins et les nombres humains: il dit en sa révélation : Que celui qui a l’Zntelligence, compte

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le nombre de la bête, car c’est un nombre d'homme, et son nombre, est 666. Mais tous les Pères reconnurent pleinement la divinité de la langue hébraïque : saint Clément d'Alexandrie, saint Jérôme, saint Augustin, Origène, saint Ambroise, saint Grégoire de Naziance, saint Athanase, saint Basile, saint Hilaire ont laissé de cette croyance des témoignages formels.

Mansit lingua per Adam primitüs data, nous dit Origène, dans son Homélie XI, sur les Nombres, lingua, quæ non pars alicujus angeli sed quæ Dei portio permansit. | |

Saint Jérôme va plus loin encore: Jnitium oris et communis eloquii, et hoc omne quod loquimur hæbream esse linguam qué veus testamentum scriptum est, universa antiquitas tradidit. (Epitre à Damasus.) Nosse possumus linguam hebraïcam omnium liguarum esse matricem. (Sur Sophonie, chap. 5.)

À ces témoignages imposants vinrent se joindre plus tard deux allégations d'ordre scientifique ; on a dit : tous les noms bibliques sont significatifs, les noms hébreux des animaux expriment la nature et les propriétés de chaque espèce, plus exactement que les noms de toute autre langue. Ces faits établissent l'originalité abselue de l’hébreu. Parmi les nombreux partisans de cette doctrine nous citerons seulement les plus distingués : Guichard, auteur des harmonies étymologiques ; Gaspard Neumann et Fabre d’Olivet qui vont jusqu'au cabalisme ; Buxtorf, Bergier et son éditeur de 1837. Ce dernier

= 00, — cherche dans la science moderne des arguments favorables à sa cause. Dans son essai de grammaire générale, il dit, après avoir cherché à fonder sur la philologie l’unité de l'espèce humaine : Si l'humanité comme le langage, est une dans son origine, elle n’est pas née en même temps sur tous les points du globe; en Grèce et à la Chine, en Afrique et au Canada; elle a dû apparaitre d’abord dans une seule contrée, d’où elle se sera ensuite, et de proche en proche, répandue sur toute la surface de la terre. Quel pays a donc été habité le premier ? quelle est la patrie du genre humain ?

L'étude comparée des langues me fournira, peut-être, des lumières sur ce curieux problème :

1° Un phénomène singulier attire mes regards, et fixe mon attention. Toutes les langues autrefois parlées en Syrie, en Arabie, en Chaldée, même au pied du Taurus et du Caucase, portent, autant que nous pouvons en juger par les monuments qui nous sont parvenus, les Caractères d'une commune physionomie, dont le type originel parait devoir être fixé au centre même des contrées que nous venons de parcourir, sur les bords de l'Euphrate, à Babylone. En effet, à mesure que les langues, par leur position géographique, se rapprochent de la Chaldée, leurs traits de ressemblance semblent augmenter et devenir plus frappants, ils s’altérent au contraire et diminuent à mesure qu'elles s’en éloignent. Toutes les langues, la face tournée vers Babel, semblent regarder leur mère patrie, et comme autant de rayons

| — 8T — diversement colorés, converger et se réunir en un seul ‘point lumineux. Que j'essaie de déplacer ce centre du langage, je ne conçois plus rien à la ressemblance plus ou moins prononcée de toutes ces figures ; je n’entends plus qu'une mélée confuse de sons discordants, là où j'avais cru reconnaitre une progression harmonieuse. Mais le phénomène existe, tel que je viens de le décrire, et brille avec éclat ; or il ne saurait avoir qu’une cause, c'est que le berceau du genre humain fut situé entre la mer Caspienne et le golfe D près de l'Euphrate et du Tigre. |

Contre ces arguments s'élèvent les objections suivantes :

Il y a dans la langue de chaque peuple, un grand nombre de mots qui se trouvent radicalement dans les idiomes qui appartiennent à la même famille glossale.

Chaque fois que deux peuples sont longtemps en contact ils se font des emprunts réciproques de mots.

Quand un peuple a beaucoup voyagé, quand il a sé— journé chez des nations parvenues à un haut degré de civilisation, sa langue est surchargée de termes étrangers.

Or aucun peuple n’a voyagé autant que le peuple Hébreu, aucun n’a séjourné plus longtemps chez autrui, ” aucun n'a été soumis à des rapports aussi intimes, aussi prolongés avec des maitres puissants.

Tous les mots étrangers que vous retrouvez dans

l’hébreu ne sont pas des signes de son antériorité, mais les preuves de sa lente formation pendant la vie nomade des patriarches et les longues captivités d'Egypte et de Babylone. Lisez le dixième chapitre de la Genèse, vous verrez que les enfants de Japhet et de Chus avaient déjà fondé et conquis des empires puissants, à l’époque où les fils d'Héber n'étaient encore qu’une petite famille errante ; d’après le trente-unième chapitre de la Genèse, l'hébreu loin d’avoir été la langue d'Adam, n'aurait pas même été celle d'Abraham, qui aurait parlé le Chaldéen, jusqu'aux premiers temps de son séjour en Palestine.

Au temps de Josué nous voyons les Israélites communiquer sans interprète avec les peuples de la terre promise, l’hébreu serait-il ainsi que paraît Je croire Isaïe (ch. 18), une langue chananéenne ? Le savant Adelung établit, dans son Mithridate, que l’hébreu est la plus jeune des diverses langues sœurs parlées par la postérité de Sem, et qu’il n’a pu être formé qu'après le chaldéen, l'assyrien, l'élamite, le syriaque et le phénicien.

Les arguments tirés de la valeur des noms d'animaux n’ont pas un grand poids; si l’onomatopée est le signe de l'antiquité, le Chinois et le Mantchou l'emportent à cet égard sur toutes les langues du monde.

Dans toutes les langues mères, les noms des dieux et des personnages mythiques sont significatifs, ce fait n'est qu’une preuve de l’origine nationale d’un culte. Or, suivant Grotius, les noms bibliques qui n'ont pas de sens dans la langue hébraïque sont très-nombreux, et la

plupart des noms significatifs s'expliquent encore miéux par les autres langues orientales que par l’hébreu luimême. ; |

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