‹ Mémoires de l'Académie de StanislasChapitre 63 sur 180 · IN · texte numérisé non relu

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Les caractères déeomposés présentent-ils des peintures ou des définitions satisfaisantes ?

Si l'écriture chinoise actuelle provenait du kou-wén, elle serait plus simple, plus cursive que lui, en vertu d'une loi générale que nous révèle l'histoire de l'écriture.

Ainsi, en Egypte, l'écriture hiéroglyphique avec ses formes élégantes, correctes, rigoureusement déterminées, a fait place à l'écriture hiératique et celle-ci à l'écriture démotique, qui n'est plus qu'une sorte de sténographie dans laquelle on ne retrouve rien du type original. (Champollion.)

Souvent aussi le caractère actuel n'a aucun rapport de forme avec l'hiéroglyphe ancien.

Chez les Chinois, au contraire, le kiai-chou, l'écriture carrée d'impression, est plus compliqué que le kou-wén. Il lui a certainement emprunté plusieurs figures, mais il les a modifiées systématiquement, et pour desraisons purement graphiques, remplaçant par le carré et l'angle droit le cercle et la courbe que le pinceau traee difficilement. Il suffit d’ailleurs de jeter un coup d'œil sur la table des clefs pour voir que certaines figures significatives re-

paraissent dans les groupes, qui représentent des choses analogues. ,

Ainsi le signe terre, {hoù, reparait comme élément de la clef thidn, champ, ke, lieu, tu, jaspe, in, métal, etc.

Les signes mi et mian qui signifient couvrir entrent aussi dans un grand nombre de composés.

Je reviendrai sur cette question que je ne puis qu'indiquer ici. Les exemples que j'ai donnés suffisent d’ailleurs pour établir que les caractères kiai-chou ne sont pas des altérations des hiéroglypes primitifs, et qu'ils semblent de prime abord être formés systématiquement.

On ne peut que s’affermir dans cette opinion quand on voit que les clefs ne sont pas placées dans les groupes hiéroglyphiques d'une manière arbitraire, mais qu'il y avait une intention, un motif de leur assigner tel ou tel rang. Ainsi les caractères hdn, antre ; yân, toit ; pieoù, cheveux; mi, couvrir ; méan, toit ; échou, bambou; hiouëï, caverne, se placent au-nEssus des autres caractères. Wéï, enceinte; hi, cacher ; fäng, coffre, se placent auTour des signes qui représentent les choses enfermées ; sin, cœur, et ming, l'écuelle, se placent Au-DEssous.

Tout arme qu’on manie de la main droite, en frappant en avant se place à droite ; ainsi li, force ; {aô, couteau ; k6, lance; phou, frapper; kin, hache, chu, bâton; t, tirer de l’are, se placent À LA pRoire du groupe, tandis que l'are qu'on tient de la main gauche, la flèche dont la pointe se place sur la main gauche quand on vise, la hallebarde qui a sa pointe à gauche quand on la eroise

contre l'ennemi, sont représentés par des signes qui se placent A LA GAUCHE du groupe.

Enfin, pour un peuple qui écrit de droite à ue mettre un signe à gauche c’est le placer derrière, au rang lemoins honorable. Tout ce qui est par rapport à l'homme dans un rapport d'infériorité, de postériorité, de pro— duction se place à gauche ; telle est la raison qui a fait assigner cette place aux éléments, aux végétaux, à la femme, au fils, au sujet, à l'esclave, à l’infirme, aux meubles, aux instruments, aux animaux domestiques.

Il faut donc admettre que l'écriture chinoise est une écriture philosophique, une écriture caractéristique. On peut donc la traduire sans dictionnaire, on peut écrire en chinois avec une table des signes premiers. Mais ici se présentent deux objections tirées de la nature diverse des caractères.

Si tous tes hiéroglyphes chinois étaient figuratifs ; il est évident que la table des éléments dont ils se composent donnerait l'intelligence d’une combinaison quelconque ; mais il n'en est pas ainsi, les grammairiens disent que 608 caractères seulement ont sans mélange la valeur figurative ; 740 caractères combinés, 372 inverses ou antithétiques s’y rattacheraient encore sans trop de difficulté.

Mais les 598 groupes dont la valeur est métaphorique ou symbolique seront-ils toujours rendus intelligibles par la seule décomposition ? Ils ont été primitivement des termes poétiques ou des expressions allégoriques empruntées au kou-wén et que l'usage a consacrés, mais il

serait quelquefois difficile aux Occidentaux d’en saisir la portée ; s’il est aisé de comprendre que jf tseù, l’enfant du soleil, signifie le jour, que le matelot est le bras du navire, que l’homme en qui réside la raison primordiale est un religieux sectateur du Tao, il sera moins facile de deviner une hirondelle sous le titre pompeux de thiän niù, fille du ciel, ou de reconnaitre un préfet dans le nom bizarre de foù youdn, jardin de la ville. . Suivant le père Amyot et les missionnaires de Péking, cette objection n’aurait pas une grande portée. Le savant auteur des recherches sur les caractères Chinois dit à cet égard : les définitions empruntées aux sciences exactes, aux évéments historiques, aux mœurs de l'antiquité, à la fable de Fo, ne sont pas, à beaucoup près, aussi difficiles à retenir qu’on pourrait le croire. Il en cite plusieurs à l'appui de cette assertion. ,

Pensées, sentiment de l’esclave, signifie haie ; pensée de jügement, le cœur qui se juge, conscience; pensée de Dieu, humilité ; cœur de tigre, avidité, convoitise, ra pacité; cœur entier, zèle, application; tenir le fanal de la barque, gouverner, éviter les écueils pendant la nuit ; Ôter la vase du puits, découvrir le mal caché; la main qui transmet, l'historien ; maladie de jeune fille, mal peu sérieux ; l'art est à la nature comme la hache à, la perle, l'art est toujours bien imparfait; démon pesant sur quelqu'un, cauchemar, incube; parole des anciens, proverbe, discours instructif; l'époux de la terre cultivée, l'homme, l’agriculteur.

La plupart des expressions poétiques et symboliques ne perdraient rien à être ainsi traduites textuellement et telle figure qui est inintelligible dans l'isolement serait expliquée par le texte. |

Quant au petit nombre de caractères qui font allusion à des coutumes particulières, ils demandent sans doute un vocabulaire spécial ; mais leur intérêt historique les grave dans la mémoire. En voici quelques-uns : La main qui tient le balai, la femme de ménage, la maîtresse de la maison ; la fille debout, la femme de second ordre qui ne peut s'asseoir dans les assemblées de famille ; la terre du cachet de pierre précieuse, le fief impérial ; l'homme qui plane au-dessus de la montagne sacrée, l'immortel.

Reste donc la difficulté de comprendre, à l’aide de la décomposition, les caractères kiai—in, c’est-à-dire, phonétiques ou idéo-phonétiques.

Quelques-uns de ces caractères sont bien réellement la - représentation d’un son. Tous ceux qui sont destinés à transcrire les noms propres étrangers, renfermés ou non dans un cartouche, appartiennent réellement à cette classe, tels sont Zésou, Mälià, Pi la to, fei-li-pé.

Cependant il y a des noms propres étrangers significatifs, tels sont :'{@ tsèu, l'enfant des batailles, le tartare ; St tn jinn, l'homme de l'Occident, l'Européen. Le nom d'hôa-ki, Américain, rappelle la bannière étoilée des Etats-Unis. Comme il y a pour chaque son plusieurs caractéres de sens différent, la même valeur phonétique

peut ètre représentée par des signes dont la valeur philosophique est opposée. Ainsi tel nom boudhiste est figuré, chez les sectateurs de Fo, par un groupe de caractères dont le sens est très-flatteur ; chez les lettrés, par un groupe dont le sens est injurieux et ridicule; et ces deux signes contradictoires n'auront qu'une seule et même - valeur phonétique. Les noms bibliques, les noms des peuples modernes semblent écrits au hasard sans autre pensée que celle d'indiquer les sons.

On serait tenté de croire que tous les caractères qui représentent des cris, des sons, des voix, doivent être phonétiques ; il n'en est rien; gloussement et aboiement sont indiqués par des caractères qui signifient + cri d'oiseau, cri de chien.

On dit qu’une des causes de l'usage des valeurs phonétiques a été la nécessité d'indiquer les signes caractéristiques des animaux. Cependant, pour un grand nombre de ces noms, on a procédé, autant que possible, par définition ; les résultats sont satisfaisants. Il n’est pas difficile de savoir ce qu’on entend par Ver porte-feu, insecte chanteur des prairies, oiseau parleur, poisson blanc, le plus grand des pachydermes, l'oiseau qui mange les oiseaux domestiques el sauvages.

Parmi les noms reconnus pour être idéo-phonétiques, “il en est sans doute dont la signification peut être obtenue directement par l'analyse des caractères. Prenons pour exemple quelques-uns des caractères eités par un sinologue éminent dans son traité : Sinico-Ægyptiaca, page 52.

Le signe tcht ÿ qui représente et signifie seul une mesure, diviser, joint au signe déterminalif générique FEMME h signifiera femme publique ; parce que, dans la langue parlée, on exprimait l'idée de femme publique par l'articulation khi. — Jointau signe délerminatif générique COEUR À : il signifiera sentiment de haine, de répugnance, de violence, parce que, dans la langue parlée, onexprimait ce sentiment par l'articulation tchi. —Joint au signe déterminatif EAU *| : il sera en même temps idéographique et phonétique, et il signifiera une division ou une ramification d’un ruisseau; adjoint au signe déterminatif ESPRIT %, il exprimera le mot félicité, bonheur. |

Dans ces quatre cas, nous pouvons arriver directement à l'intelligence du groupe chinois; il suffit pour le traduire, d'écrire à la suite l’un de l’autre les noms français, de chaque signe ; ainsi adoptant pour le mot {chi la signification générale qui se partage, nous avons pour le pemier caractère, femme qui se partage; pour le second, eau qui se partage; pour le troisième, cœur qui se partage, l'opposé du’ groupe qui signifie cœur entier, ou de tout cœur; pour le quatrième, esprit, génie qui se partage, qui fait participer à ses attributs : nous avons donc quatre définitions exactes de la courtisanne, du ruisseau qui se sépare en deux branches, d'un cœur qui se sépare d'un autre, et de l’état d'une àme unie à un être surnaturel. C'est surtout quand il s’agit de rendre le sens des caractères analogues à ce dernier, qu’un Eu-

ropéen comprend l'impossibilité de traduire par un seul mot français la définition donnée par les groupes chinois. Ainsi dans le seul chapitre consacré à la clef ché, esprit, dans le dictionnaire de Guignes, quinze groupes chinois sont représentés successivement par le seul mot bonheur ; tandis que l'analyse des signes hiéroglyphiques, nous montre que les Chinois attribuent à l'intervention des âmes bienheureuses des ancêtres, tous les genres de bonheur, tous les états prospères, toutes les chances favorables. C'est le bar familiaris qui fait participer ses enfants à l'existence supérieure, c'est lui qui dirige le glaive du héros ; chasse les démons et les tigres, donne ici-bas la stabilité, l'impassibilité de la vie éternelle, la santé, la richesse et les bonnes inspirations.

Je pourrais continuer cetexamen, et montrer que parmi les exemples cités dans le Sinico-Ægyptiaca, presque tous donnent des définitions assez claires, mais les limites de ce mémoire et le manque de caractères chinois ne me permettent pas ces développements.

Suivons ici les inductions de l’analogie, avec d'autant plus de raison qu’on ne peut plus douter de la formation similaire des écritures chinoise et égyptienne, signalée par les missionnaires de Péking, par de Guignes le père, et démontrée scientifiquement par M. Pauthier.

Parmi les hiéroglyphes égyptiens, de nombreux si- gnes doivent avoir aussi tout à la fois une valeur idéographique et une valeur phonétique, représenter un sens et un son complet, en ce cas, l'intelligence du sens peut

— A174 — être obtenue directement, par la seule interprétation des figures.

M. Lepsius signale à ce sujet, chez les Egyptiens, une tendance primitive et continuelle, à ne pas renoncer aux signes symboliques. En effet, dit-il, dans sa lettre à M. Rosellini, cette écriture symbolique, propagée de génération en génération depuis tant de siècles, s'était trop identifiée avec la religion, les mythes, les coutumes des Égyptiens, pour pouvoir être remplacée par le système uniforme sans attrait pour l'œil ni pour la fantaisie, d’une écriture purement phonétique. Qu'on se figure ces milliers d'inscriptions brillantes, imposantes par la variété des objets, qui couvrent les temples, les palais, les obélisques et les statues, transformées dans une répétition monotone de ces vingt ou trente lettres de notre alphabet.

Les signes employés symboliquement figurent souvent comme un éclaircissement d’un groupe alphabétique, de sorte que l’on a en même temps et la prononciation du mot et une métaphore qui s’y rapporte.

Je reviendrai plus tard sur cette question. Dans la première partie de mon travail, je ne m'occuperai pas des langues mortes, je ne dirai rien non plus des langues nombreuses qui disparaissent chaque jour en Afrique et en Amérique, au contact des langues conquérantes et des hybrides dont j'ai fait l'énumération. Ces langues présentent certainement, surtout celles de l'Afrique, plus d'un point de vue intéressant; ainsi que l’esquimau, le groen-

landais, elles prouvent que c’est la simplicité des grammaires et non pas leur extrême complication qu'il faut regarder comme le signe d’une civilisation supérieure.

On est souvent étonné de trouver, dit Malte-Brun, chez les nations les moins policées des idiômes dont la syntaxe et les formes grammaticales ingénieusement combinées, ou du moins compliquées avec art, indiquent un génie méditatif étranger à l'état habituel de ces peuples. Sont-ce les débris d’une civilisation éteinte et dont tous les autres monuments ont disparu ? Sont-ce les fruits du loisir de quelques législateurs supérieurs à leur nation? Sont-ce les restes d'anciennes langues sacrées, devenues la proie de la multitude après la destruction des castes de prètres dont elles formaient le lien de communication ? Quoi qu’il en soit, la langue du Congo, dont celles de Loango et d'Angola paraissent des dialectes, se distingue par des formes grammaticales très-riches et très-compliquées. Les divers articles ajoutés à la fin du substantif, dont ils déterminent le sens, la formation régulière des mots dérivés, les nombreuses modifications que subissent les prénoms, la grande variété des modes et des temps que présentent les verbes et par lesquels tous les rapports de personne ou de localité s'expriment, le nombre étonnant. des verbes dérivatifs, l'abondance des voyelles sonores, l’absence des consonnes les plus dures et la douceur de la prononciation, tout fait de cette langue d’un peuple barbare une des plus belles de l'univers.

Après avoir indiqué les simplifications qu'il serait pos-

sible d'introduire dans l'étude des langues conquérantes, il nous reste à indiquer les rapports de la graphonomie avec la logotomie comparée.

Pour ces langues il n’y a que trois systèmes graphiques.

1° Le Syllabaire chinois, qui sert directement à plus de 400 millions d'âmes, puisque dans la Chine seule, sur un espace qui égale presque sept fois le territoire français, on compte environ 360 millions d'habitants; puisque ce Syllabaire se propage, avec les émigrants chinois, dans toute la région intertropicale, où de grandes destinées semblent attendre les races mongoliques.

2° L’Alphabet arabe dont l'origine, pour le dire en passant, est méconnue, et qui est adopté par plus de 108 millions de Musulmans, Turcs, Persans, Afghans, Hindous et Malais, maitres de l'Asie occidentale et de l'Afrique septentrionale. |

3° L’Alphabet romain et ses congénères, adopté par tous les sectateurs de Jésus-Christ, dont le nombre s’élève dans toutes les parties du monde à 261 millions.

Voyons s’il ne serait pas possible d'établir, entre ces trois alphabets, ces trois instruments analogues sinon identiques de la pensée, un lien commun unissant à jamais les 3 grandes formes de civilisation qui se disputent l'empire de l'humanité.

L'histoire du langage, étudiée sur les plus anciens monuments de l'Egypte et de la Chine, nous permet de démontrer les faits suivants, qu’on pourrait LL établir à priort.

— AÀTT —

Quatre langages distincts se sont développés simultanément mais inégalement dans l'humanité, ils se développent encore aujourd'hui, suivant le même ordre dans chaque homme et correspondent à l'accroissement simultané, mais inégal des facultés de l'âme. Le premier de ces langages est le cri, le son inarticulé, l'expression de la sensibilité physique et affective. Le second langage, aussi ancien que le premier, est le langage d'action, le geste et le mouvement de la physionomie, il correspond à la volonté, il indique le fait, l'acte avec tous les rapports de lieu et de manière, c'est à lui qu'il ap- . partient d'exprimer la menace, la prière et le commandement.

Les animaux sont doués de ces deux langages, qui suffisent également à la première enfance de l'homme.

La langue des sons inarticulés, des cris et des gestes, est spontanée, universelle, immuable. u Elle est de tous les temps et de tous les lieux. Elle fut connue de nos premiers pères, elle sera connue de nos derniers neveux. Savants, ignorants, toutle mondela comprend. Que l’un de nous soit transporté aux extrémités du globe, au milieu d'une horde sauvage : Croyez-vous qu'il ne saura pas exprimer Îles besoins les plus pressants de la vie ? Croyez-vous qu'il se méprenne sur les signes d’un refus barbare, ou d’une intention généreuse et compatissante ? n

Le troisième langage appartient exclusivement à l'espêce humaine, il est produit par l'intelligence au contact

du monde extérieur, il étend le domaine des communications au delà du moment présent ; il donne à tous les êtres de la création, des noms significatifs. C’est le langage d'imitation, qui procède par onomatopée. Ce langage est encore en grande partie universel, parce que les mêmes sons naturels imités par des organes semblables, ont dû produire des mots semblables.

Le quatrième et dernier langage est celui qui se compose de sons articulés et combinés. S'éloignant de plus en plus des cris et des sons primitifs, il se substitue à toutes les autres manifestations de l'âme et devient un signe, en apparence arbitraire, de la pensée. |

Formé sous l'influence d’un grand nombre de circonstances diverses, il cesse d’être universel.

Chacun de ces langages est figuré par une écriture spéciale. Ainsi, le langage de cri et de geste est représenté par l'hiéroglyphe mimique. Ce signe est imparfait sans doute, mais il est encore universel, parce que le geste et le cri étant deux expressions simultanées d'un même mouvement de l'âme, n'ont pu être séparés dans la pensée. La figure du suppliant, celle de l’homme qui se détourne avec horreur, celle du guerrier qui menace de ses armes, ont indiqué dans l’origine des exclamations et des gestes que l'écriture phonétique n'a pu jusqu'ici rendre avec autant de fidélité et d'énergie, dans la table reduite de ses interjections, qui après tout, n’ont pas encore perdu leur caractère d'universalité, et resteront jusqu’au dernier jour, semblables chez tous les . peuples du monde.

Le langage d'imitation, l'onomatopée, correspond à un genre d'écriture qui lui est infiniment supérieur en précision, cette écriture se compose d'hiéroglyphes figuratifs, kyriologiques (xupwdonxn,) siang hing ou significatifs au propre par le moyen des premiers éléments vocaux et graphiques (ä rüv zpérev crouyelv). Ces hiéroglyphes seront compris partout et toujours ; les scènes d'histoire qu'ils reproduisent n'offriront jamais la moindre obscurité. Les noms propres significatifs qu’ils indiquent sont immédiatement compris.

Quand l'hiéroglyphe est détourné de sa voie primitive; quand il devient tropique, métaphorique, kid-tsiér, il reste facilement intelligible, car l'esprit humain est ac— coutumé à la comparaison, et va facilement du semblable au semblable ; ainsi quand l’hiéroglyphe métaphorique nous dit d’un roi ou d'un héros : c’est un lion, un lion veillant sans cesse, il a tête, cœur et griffes de lion; quand il nous dit d’un importun, c'est un rat, une mouche, un moineau ; d’un méchant, c’est un crocodile, une vipère; nous comprenons ces métaphores aussi aisément que l’hiéroglyphe figuratif, propre. La plupart de ces valeurs tropiques sont universelles ; la taupe, le pourceau, le cygne, la fourmi, l'abeille, l'aigle, l'éléphant, l'âne sauvage et tant d'autres représentent, depuis des siècles, les mêmes vices et les mêmes vertus. Les hiéroglyphes allégoriques n'étant composés que d'une suite de métaphores, se rattachent encore directement à

la forme primitive. Il n’y a de difficulté que pour les

hiéroglyphes énigmatiques, et qui font allusion à des croyances religieuses, à des opinions scientifiques. lei le caractère d’universalité disparait. Le signe n’est intelligible que pour les initiés; ainsi, les statues grecques seraient dépourvues de sens, si la Mythologie des Hellènes nous était inconnue ; ainsi, la sculpture symbolique du moyen àge n'a plus de signification pour ceux qui n'ont pas lu ces lapidaires, ces bestiaires, ces volucraires, ces miroirs de la nature, dans lesquels les Pères de l’'Eglise avaient signalé les faits nombreux où leur piété naïve croyait retrouver les images du Christ et de Satan, du fidèle et du pécheur.

Tandis qu'en Egypte, dans la caste __ l'hiéroglyphe de plus en plus obscur et stérile, perdait tout caractère d'universalité, et n'était plus que l’objet d'une science mystérieuse et vide, enseignée à un petit nombre d’adeptes ; il subissait dans les classes inférieures, des modifications bien autrement profondes. La difficulté de tracer suivant les rits sacrés les lignes gracieuses prescrites aux hiérogrommates, avait de bonne heure amené l'usage d’un caractère plus simple, dans lequel se retrouvaient cependant les principaux traits de la figure primitive ; mais bientôt la nécessité de simplifier encore les signes devint plus impérieuse, la forme épistolographique, enchoriale, démotique, vulgaire ; analogue au thsaë des Chinois, ne représenta plus aux yeux et à l’esprit que des syllabes, des articulations et des voix ; il n'était plus possible d'obtenir l’idée par l'analyse des

figures, et d’ailleurs on n'y songeait plus; l'écriture purement phonétique, l'écriture, qui répond directement aux sons articulés, se propageait et se simplifiait de jour en jour. La science était moins profonde, mais plus générale ; les mots n'avaient plus la même précision, mais ils étaient plus nombreux; l’aspect des caractères ne donnait plus directement l’idée ; il fallait définir tous les termes et confier ces définitions à la mémoire abandonnée à elle-même, mais chacun apprenait facilement à écrire les sons bien connus de la langue maternelle. Le mème alphabet servit à des dialectes différents au-dessus desquels n'existait plus une écriture commune et philosophique, et quand des idiomes hybrides se formèrent, les racines perdirent le caractère qu'elles avaient conservé dans les langues primordiales ; elles cessèrent de produire des dérivés dans un ordre certain de formation. Dès lors le-secret des signes graphiques fut entiérement perdu; l'orthographe ne fut plus d'accord avec la prononciation, le langage ne put reconquérir sa rigueur primitive.

L'obseurité et l'ambiguité des termes, la nécessité de tout définir et de surcharger la mémoire, amenèrent la lenteur des études, et la formation d'une langue spéciale pour chaque science et pour chaque métier, et dans la suite l'oubli ou la négation de la science universelle.

Et quelques philosophes songeant aux vices des langues, aux abus que ne cessent d’en faire les passions et l'ignorance, en vinrent à accuser la parole d’être un

obstacle au mouvement de l'esprit et au progrès de Ia raison. Combien une telle erreur est éloignée de la vérité! La parole, même sous une forme imparfaite, est toujours le signe et l'instrument par excellence de la raison. |

Quand l'unité primitive sembla périr en se cachant sous des rameaux sans nombre, une œuvre nécessaire, progressive et providentielle fut accomplie. Par là, le monde fut peuplé complétement; par là, chaque tribu, chaque classe sociale, scientifique ou industrielle put s’isoler, se renfermer dans les limites étroites d’un domaine terrestre ou intellectuel, pour en tirer tous les avantages possibles et servir plus tard les intérêts généraux de l'humanité.

Aujourd'hui la science va passer de l'étude des rameaux à celle de la tige ; elle va chercher à reconquérir l'impérissable unité, mais en la reconstituant elle respectera les aptitudes et les fonctions des groupes nationaux. Chaque idiome devra conserver son caractère original et se développer suivant son génie, mais l'étude des langues sera de plus en plus simplifiée par les moyens que nous fournit la philologie et surtout par le rétablissement d’un lien commun. | |

Ce lien commun, nous n'avons pas à l’inventer, nous n'avons pas à le chercher bien loin : il existe depuis des milliers d'années.

S'il est vrai comme le démontre l’histoire de l'écriture, et comme je viens de le prouver; s’il est nécessaire que

chaque son articulé et par conséquent chaque lettre se rattachent à la fois à un cri, à un geste, à une onomatopée et à une forme graphique :

Les sons représentés par les lettres de l'alphabet doivent être regardés comme les racines premières des racines phonétiques, comme les éléments de la langue naturelle primitive, adamique ou humanitaire.

LR

Ces racines désignent nécessairement les mêmes objets, dans toutes les langues du monde, elles sont au fond de tous les idiomes; la variété apparente résulte uniquement de quelques accessoires explétifs, de quelques transformations euphoniques et surtout des définiüons que des peuples différents ont données du même objet, mais ces différences ont aussi en elles-mêmes leur explication ; ces accessoires et ces transformations ne sont pas arbitraires.

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