A LA VEILLE DE LA GUERRE
la bière et du tabac et je demeura: à bord. Avant son départ, j'avais eu l'occasion de causer avec le Prince Henri. Il semblait être très préoccupé de l'aversion dont les Allemands étaient l'objet de la part de tous les autres peuples sans distinction, et me demanda qu'elle en était la cause, à mon avis. Je lui répondis, avec politesse, que j'attribuais ce sentiment au succès que les Allemands avaient obtenu dans tous les champs ouverts à l'entreprise et particulièrement dans le commerce et l'industrie. Il me dit, avec beaucoup de raison, qu'il estimait qu'on devait attribuer en grande partie cette aversion à la mauvaise éducation dont les Allemands donnaient, l'exemple en voyage. Le prince Henri est un homme capable et d'esprit pondéré, et se fait remarquer par des manières fort agréables. Il parle l'anglais en perfection et le Grand Amiral de la flotte allemande de la Baltique renoncerait volontiers aux grandeurs, je crois, pour mener la vie de gentleman f armer telle que la comprennent les Anglais. Il s'est intéressé à l'industrie de l'automobile et a beaucoup encouragé, les Allemands à développer cette industrie chez eux. L'Automobile Club de Berlin est son cercle favori.
Nous revînmes le lendemain à Kiel, où nous restâmes plusieurs jours. Je déjeunai avec le grand amiral von Tirpitz à bord de son bâtiment de guerre, assis à table à côté de lui. Il me donna l'impression d'un loup de mer qui, sous des manières aimables, joint à ses connaissances techniques une grande expérience de la politique et des problèmes mondiaux.
Pendant notre séjour à Kiel, nous allâmes dincr un soir ■dans une famille de l'aristocratie allemande, un comte et une comtesse, en villégiature dans leur résidence d'été. La maison bâtie, il y a deux siècles, s'élevait sur le côté d'un carré, dont les trois autres côtés étaient occupés par de vastes granges construites en pierre et où les- produits de la propriété étaient mis en réserve. Bien que le premier étage fût placé à huit pieds au-dessus du sol, la famille, en