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roi Charles II s'emparait de New-Amsterdam, qui devint New-York, et bientôt après le colonel Nichols prenait possession du Fort Orange, qui reçut le nom d’Albany (1), mais conserva longtemps sa physionomie de ville hollandaise. Les principaux marchands avaient amassé de grandes fortunes, et les habitants en général passaient pour riches. Mais on les taxait d’avarice et d’égoisme et ils étaient détestés à l’égal des Juifs par les Anglais. Kalm lui-même en fait un portrait peu flatteur. Ilse plaint de leur cupidité, et dit qu'il lui fallait payer très cher le moindre service. Il les compare avec les Hollandais des autres parties de la province de New-York, dont il vante la civilité,l'obligeance et la droiture, toutes qualités naturelles à la nation néerlandaise. Comment s’expliquer cette différence de caractère et de respectabilité entre des groupes d'habitants de même origine ? Kalm suppose qu’au début de la colonisation du pays, le gouvernement hollandais se serait débarrassé de ses mauvais sujets en les envoyant sur les frontières, aux postes les plus avancés, sous la surveillance de quelques honnêtes familles, à qui l’on aurait persuadé de se dévouer pour tâcher de les contenir dans le devoir. Kalm reconnaît cependant qu'il y avait d'honorables exceptions et beaucoup de gens de bien, qui, en fait de politesse, de probité et de charité chrétienne, ne le cédaient à aucun autre peuple.
La conduite des habitants d’Albany pendant la guerre entre l'Angleterre et la France, qui s’est terminée par le traité de paix d’Aix-la-Chapelle, n’avait pas peu contribué à leur attirer la haine de toutes les colonies britanniques. Au début de cette guerre, les Indiens alliés de chacune des deux parties belligérentes ayant reçu ordre
(1) Nom d’un duché d'Ecosse apanage du duc d’York.
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de commencer les hostilités, les Sauvages amis des Français se ruèrent sur les habitants de la Nouvelle-Angleterre, en tuèrent un grand nombre et firent un butin énorme. Pendant ce temps-là, le peuple d'Albany gardait la neutralité, et trafiquait avec les mêmes Indiens qui massacraient les colons anglais, achetant jusqu’à l’'argenterie dont ces barbares les avaient dépouillés. Ce genre de commerce fut regardé comme un encouragement donné par les habitants d’Albany au meurtre et au pillage de ceux qu'ils auraient dû considérer en quelque manière comme des frères, puisqu'ils étaient sujets de la même couronne. À la première nouvelle de cette conduite des Hollandais, il s'élèva un cri général d’indignation dans la Nouvelle-Angleterre, et l'on y proféra la menace d'incendier Albany au premier coup de canon, dans le cas où la paix serait rompue.
“ Dans la présente guerre” (1), dit Kalm, “il est facile de voir que les autres provinces ne se pressent pas de porter secours à Albany quand cette ville est menacée par les Français ou les Sauvages.”
Mais la haine des Anglais pour les habitants de l’ancien Fort Orange leur était rendue au centuple. La population d’Albany gardait dans son cœur une vieille rancune contre la perfide Albion, dont les faciles victoires l'avaient séparée de sa métropole. “Et cependant,” remarque l’auteur, “elle jouit de plus d'avantages sous la domination anglaise que le gouvernement hollandais ne lui en aurait jamais conférés.” En quelque sorte, les vaincus avaient plus de privilèges que les conquérants eux-mêmes.
La parcimonie des habitants d’Albany était proverbiale. Ils ne passaient pas pour surcharger leurs tables
(t) M. Kalm a publié ce volume pendant la guerre. F,
de mets, loin de là, et la coupe ne circulait pas aussi souvent chez eux que parmi les Anglais. Mais leurs femmes étaient de très-bonnes ménagères et renommées pour leur propreté, surtout à l'égard du parquet de leurs maisons, qu'elles lavaient trois ou quatre fois par semaine, Les domestiques étaient presque tous des nègres. Les hommes portaient les cheveux très courts et sans la couette, qui était regardée comme une bizarrerie de la mode française.
Kalm, à son retour du Canada, se coiïffait à la française. Quand il passa par Albany, les gamins coururent après lui en l'appelant français, et les plus hardis voulurent lui tirer la couette.
Le déjeuner chez les Hollandais se donnait à 7 heures ; il se composait de pain, de beurre, de minces tranches de bœuf séché et de thé sans lait, rarement de café. Le sucre ne se mettait pas dans la tasse, on en portait un petit morceau à sa bouche en buvant.
Leur diner se composait de lait de beurre mélangé de pain, sucré ou non,ou de lait frais, et d’un plat de viande. On servait aussi, à ce repas, une sorte de brouet de gruau très-clair, bouilli daus du lait de beurre, d’un goût acide, mais non désagréable.Le diner se terminait par
une grosse salade assaisonnée avec force vinaigre, mais peu ou point d'huile.
Au souper, il n’y avait sur la table que du fromage râpé, du pain, du beurre et du lait.
Le Gouverneur de New-York tenait souvent des conférences à Albany avec les [roquois, surtout lorsqu'il s'agissait d'organiser quelque expédition contre les Français, en temps de guerre. Quelquefois, dans ces délibérations, le représentant de Sa Majesté Britannique abordait le sujet de leur conversion à la religion chrétienne,
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Un jour, le gouverneur Hunter reçut de l’un des sachems une réponse foudroyante, que Kalm regarde comme une preuve que les Anglais ne portaient pas autant d'attention que les Français au grand œuvre de l'évangélisation des sauvages, et que les missionnaires protestants (1) n'étaient pas dignes de leur état.
Laissons parler l’auteur.
“ Après que le gouverneur Hunter eut distribué à ces sauvages par ordre de la reine Anne des vêtements et des présents choisis exprès à leur goût, il s'efforça de les convaincre davantage du bon vouloir de Sa Majesté à leur égard et de Sa sollicitude pour eux en leur disant que leur grand'mère la Reine, non contente d'orner leurs corps de beaux ajustements, se proposait aussi d'orner leurs ümes par la prédication de l'Evangile, et de leur envoyer des ministres pour les instruire.”
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(1) Forster combat vivement l'opinion de Kalm, qu'il déclare mal informé.
«“ Les Ecclésiastiques français,” dit-il, “ont gagné à leur religion et mis dans leurs intérêts quelques misérables Indiens, qu'ils ont etablis lans de petites bourgades. Maisil parait que ces prosélytes se sont rendus coupables, dans les guerres entre les Français et les Anglais, de cruautés plus atroces que leurs frères païens, ce qui les ferait croire plutôt pervertis que convertis. Les Anglais ont traduit la Bible dans la lingue des Sauvages de la Virginie, et amené plusieurs d'entre eux à la connaissance du vrai Dieu; à l'époque actuelle, les écoles de charité et les missions dirigées par le Révérend M. Elcazar Wheelock, ont christianisé nombre de ces infidèles. La société pour la propagation de l'Evansile dans les pays étrangers envoie chaque année, à ses frais, beaucoup de missionnaires parmi les Indiens. Les Frères Moraves?sont aussi très zélés pour la conversion des gentils. Si M. Kalm avait. pris toutes ces circonstances en conside‘ation, il aurait fait une appréciation plus juste des travaux des ministres de l'Evangile.” F.
Quoiqu'en dise Forster, Kalm avait parfaitement raison. Les traditions de la politique anglaise à l'égard des Sauvages n'ont eté que trop fidèle. ment suivies par les Américains, Le Canada, de son côté, a continué celles qu'il tenait de ses premiers fondateurs, et il n'y a qu'à comparer le sort des Indiens des Etats-Unis, encore païens pour la plupart, avec celui des nôtres, pour voir lequel des deux pays a constamment montré le plus de dévouement pour la civilisation et la conversion des Sauvages, Il n'y a pas longtemps encore, les Indiens formulaient devant le Président des Etats-Unis, et dans un langage presque identique, des plaintes graves contre les ministres protestants, et demandaient des robes noires pour missionnaires. M.
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ARLES Le gouverneur avait à peine finide parler que l’un & «Pt des plus vieux sachems se leva, et répondit, au nom de
tous les Indiens, qu'il remerciait la gracieuse et bonne reine NA et mère des beaux habillements qu'elle leur avait envoyés ; Ni mais que quant aux ministres, ils en avaient déja eu plusieurs DE - (qu’il nomma) qui, au lieu de leur précher le saint Evangile, 3 leur avaient appris à boire avec excès, à tricher el à se quereller entre eux. I1 supplia ensuite le gouverneur de rappeler ces prédicateurs, et de débarrasser ses frères d’un certain nombre d’'Européens qui résidaient au milieu d'eux parce que, avant l’arrivée de ces étrangers dans leurs bourgades, les Indiens étaient un peuple honnête sobre et innocent, tandis que maintenant ils ne sont jh: CR plus qu'un ramassis de misérables. Ils avaient autrefois
la crainte de Dieu, mais aujourd’hui c’est à peine s'ils 1 croient à son existence. Que s’il (le gouverneur) leur Fe voulait du bien, il leur enverrait deux ou trois forgerons LES pour leur apprendre à forger le fer, art qu'ils ne con-
1 naissaient pas. Le gouverneur ne put s'empêcher de L k rire (?) en entendani ce discours extraordinaire. Je pense de que cette parole de St. Paul trouve ici son explication. POS 71) “ Le nom de Dieu est blasphémé parmi les gentils à Mol L' cause de vous ” (1). pre {A CSA . , : La ( ARR L Kalm partit d'Albany le 21 Juin pour le Canada. Il this [Ex avait, outre son fidèle Yungstræm, deux hommes qui A BE devaient l'accompagner jusqu'au premier poste français | Fer PE ne ; , coul [ERP St Frédéric, appelé par les Anglais Crown Point. Les [RAR « : à : x : à mar | guides avaient loué leurs services au prix de cinq livres, tac | CUReC | rivik : + cours de New-York, chacun, leur nourriture à part. Ilsne 4 FR A et n ROBE urent se procurer d'autre embarcation qu'un canot. La de F mn |. rive occidentale de l’'Hudson était généralement culti. (1) LRU vée, mais les terres souffraient du manque d’égoutte- () 115 (3) | AT sn belle EN LEE (1) Romains, ii, 24, F RTE (1) KES * Ar