XXII SÉANCE PUBLIQUE DU 22 DÉCEMBRE
ton englobant quatorze communes. Blainville, au x1x® siè- * cle, au contact de la voie ferrée Paris— Nancy —Strasbourg avec embranchement sur les Vosges, a brisé la . ceinture de ses remparts et répandu autour de ses vieilles demeures les maisons neuves nécessaires à une population qui en un siècle est passée de 700 à 3.400 habitants.
M. Martin a consulté les archives municipales de Blainville, les archives départementales et les ouvrages généraux ayant trait à l’histoire de la petite ville, et, que ce soit pour l’époque contemporaine où les documents sont nombreux, ou pour l’époque médiévale où ils sont rares, c'est avec le même souci d’exactitude qu'il s'efforce de reconstituer, à travers les grands événements de l’histoire, l'évolution économique et sociale de ce petit groupement humain fixé sans doute depuis quatorze siècles sur Ja rive sud de la Meurthe, non loin du confluent de la Mortagne.
Pour le Moyen Age, M. Martin doit se Dosner à quelques renseignements arides glanés dans les actes de vente ou de donation concernant les seigneuries qui se partageaient Blainville, c’est à partir du xvrie siècle seulement que les documents apportent des renseignements assez complets pour reconstituer le passé.
Deux siècles d’ancien régime, la Révolution, l'Empire, un peu plus d’un siècle d'histoire contemporaine avec ses trois invasions et la grande guerre, voila le long espace de temps dont M. Martin retrace les événements, décrivant le fonctionnement de la justice, du culte, de l’administration, de l’enseignement, des œuvres de charité et des œuvres sociales, notant le mouvement de la population et les transformations économiques, s'efforçant de préciser la situation des habitants : seigneurs et patrons d'usine, échevins, prévots, maires et conseillers municipaux, religieux et curés, commerçants, laboureurs, artisans, ouvriers et cheminots et faisant une place d’honneur aux enfants du pays qui tombèrent pour la France.
Soldats de l'Ancien régime, de la Révolution ou de l'Empire, soldats d'Algérie ou du Tonkin, soldats de Crimée, d'Italie, de 1870 ou de la Grande Guerre, chaque fois qu’il découvre le nom de l’un d’eux dans les annales
RAPPORT SUR LE PRIX DUPEUX XXHI
du pays, M. Martin en rappelle et salue respectueusement le souvenir. |
En écrivant l’histoire de Blainville, M. Martin a été inspiré par le désir de faire connaitre à ses habitants leur petite patrie pour les inciter à mieux aimer la grande; il convient toutefois de regretter que ce dessein ne soit qu'imparfaitement réalisé, car M. Martin n’a pas su se dégager de cette conception historique qui oppose le régime moderne à l’ancien et incline les contemporains à maudire le vieux temps de nos ancêtres, moins bon certes que ne le dit la légende mais qui, cependant, n’est pas aussi détestable que certains veulent le faire croire.
Certes, la condition du paysan était rude au Moyen Age, plus rude qut celle de l’artisan des villes, mais aflirmer, comme le fait M. Martin (p. 18) qu’à cette époque il y avait « d’un côté les seigneurs qui possédaient et opprimaient, de l’autre les roturiers qui n'avaient rien et qui souffraient » c’est oublier qu’en échange de leur liberté et de leurs biens, les serfs recevaient du seigneur une assistance et une protection qu’en ces temps de guerres perpétuelles et d’attaques brusquées toujours menaçantes, ils estimaient ne pas payer trop cher au prix d’une servitude. A l’époque féodale, pour le pauvre, le faible et l’isolé, le servage c'était la sécurité.
Mais au fur et à mesure que se modifièrent les conditions politiques, économiques et sociales qui avaient déterminé la formation du régime féodal — et l'esprit de charité chrétienne aidant — la situation du serf s’adoucit, il peut acquérir quelques parcelles de la terre qu’il cultive, il obtient son affranchissement, il recoit de son seigneur une charte qui précise ses obligations ainsi que les droits du seigneur et si, à la fin du xvuie siècle, les Charges fiscales pèsent sur ses épaules, d'autant plus lourdes qu'il voit autour de lui plus d’exemptions injustifiées et qu’il sait n’être plus rendus par le seigneur les services d’assistance et de protection pour lesquels il continue à payer des droits, il ne paraît pas exact cependant de dire dans un jugement d'ensemble que Jacques Bonhomme fut « le souffre-douleur de l'Ancien Régime ».
1 convient d’ailleurs de noter que M. Martin, avec la