XXIV SÉANCE PUBLIQUE DU 23 DÉCEMBRE
lade, la remplacer auprès de ses frères et de ses sœurs plus jeunes, s’assujettir à tous les soins d’un ménage toujours admirablement ordonné. Soutenue par une piété solide et éclairée, elle avait jugé que sa vie laborieuse et modeste, toute d’abnégation, avait trouvé, dans la satisfaction du devoir accompli, sa récompense. Mais votre Compagnie a estimé, au contraire, qu’il ne convenait pas que la lumière d’un tel exemple fût perdue, et elle s’est donné la joie de décerner à Mlle Clotilde Liège la première partie des arrérages du prix Pister
Sur l’existence que put mener, depuis la Grande Guerre, une Lorraine de nos campagnes meusiennes, sur les fortes leçons, aussi, qui toutes seules s’en dégagent, nous laisserons parler les faits.
Mme Carpentier (2), de Dombasle-en-Argonne, perd en 1914 son mari, mobilisé au début des hostilités. Son troisième enfant va naître. Veuve de guerre, 1l lui faut, dans une région que déjà l’ennemi menace, subvenir seule aux besoins de sa petite famille, de son beau-père, de sa bellemère, deux vieillards, l’un de soixante-dix-huit ans, l’autre de quatre-vingts, l’un impotent, l’autre presque aveugle.
Arrive 1916 : c’est la ruée allemande sur Verdun, les bombardements, les jours et les nuits d'angoisse. Tout de même, il faut partir. Mais Mme Carpentier ne veut pas que ceux desquels elle a la charge souffrent en rien des étapes du dur calvaire. Et les soins dont elle les entoure, plus que jamais diligents et ingénieux, son moral élevé, son beau courage tranquille et partout affirmé, raniment la confiance de ses compagnons d’infortune, émeuvent profondément ceux qui, au long de la rude épreuve, peuvent la voir et l’admirer. Pourtant, voici l’Armistice : enfin, on va revivre! Hélas! c’est au milieu de complications inextricables que se fait le retour au pays, en même temps que surgissent, avec la réinstallation, des condi-
(2) Dombasle-en-Argonne (Meuse).