‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 5)Chapitre 71 sur 116 · UNE VISITE AU PALAIS DUCAL DF NANCY LXXXV · texte numérisé non relu

UNE VISITE AU PALAIS DUCAL DF NANCY LXXXV

sonnées aux armes des deux duchés lorrains, et le « plancher » ou plafond, historié de divers motifs héraldiques, complèteront heureusement cet intérieur, où nous cherchons, comme à Blois, le petit béguin de la reine Anne.

Regagnons maintenant la salle dite des Cerfs, où se tenaient jadis les États Généraux, où la Ligue en 1588 assembla pour un conseil secret ses grands chefs et où, Messieurs, le 13 février 1751, notre vieille et chère Académie reçut, lors de sa fondation, la plus auguste et la plus brillante hospitalité. Les discours fleuris, infligés par le récipiendaire à son auditoire — et surtout à luimême — retentirent en ce lieu, trainant comme un écho confus des délibérations, puis un peu plus tard des délassements, menés avec ardeur. Drapée de noir, cette longue salle, où, de leur vivant, ils faisaient les cent pas, après avoir « beu » les eaux de Spa (1), servait enfin à exposer le corps de nos ducs, veillé par leurs gentilshommes (2).

La voûte, incurvant en un jet son hardi berceau, revêt, pour le visiteur franchissant le seuil, ce froid des mornes cloîtres, où ne fleurissent sur nos têtes ni le trilobe, ni en clef la rosace. Pour admettre et comprendre ce vaisseau pareil à un couloir, il le faut vider de ses collections, puis lui restituer son aspect et son décor du xvi® siècle. Le long des murs, affichant aujourd’hui les augustes figures de nos ducs, ceux-ci en cuirasse, ceux-là en perruque, des abbés, des magistrats ou des cardinaux, régnaient alors, sur un front de 55 mètres, de grandes fresques, exécutées vers 1530 par Hugues de la Faye, scènes de chasse, scènes de la Passion. Blanchie depuis à la chaux, la voûte représentait, par une réminiscence, empruntée à la nef de certaines églises, un ciel bleu étoilé, épousant la courbure immense du zénith. Signalons, au

(1) Archives M.-et-M., B. 7732, Collonnet, 1°! août 1616; B. 7:38, Collonnet, 15 mai 1618.

(2) La salle des Cerfs, en hiver, était calfeutrée et surchauffés : douze « brouettes » ou coquilles de fer, brülant du charbon, ce, écrit Marie Collonnet, « pour resurr la gelées, sortent des murcille ». Archives M.-ot-M., B. 7753, Collonnet, 25 mars 1625.

LXXXVI SÉANCE PUBLIQUE DU 20 Mar 1929

fond de cette salle, une haute et belle cheminée du plus pur Renaissance, érigée de nos jours seulement.

Une salle vide, Messieurs, assurerait au rêveur, écoutant le bruit de ses pas, une tranquille et fidèle évocation des temps, comme il faut au parc de Versailles la solitude confidente, dans la mélancolie des feuilles sèches, jonchant de leur or les allées désertes. Les rois ni les ducs ne sont plus. Le musée, avec ses souvenirs confondus dans la mort, habitera les lieux somptueux et délaissés. Ici, dans ce vaste cadre, dont je me plais à souligner la grandeur et le néant, la piété entassa, pour les mélanger et les conserver, les âges et les styles : manuscrits, broderies, médaillier, hallebardes, coulevrines, terres cuites, puis, entre autres meubles, une immense horloge astronomique, exécutée au xvui1e siècle par Bernard Joyeux, de Pagnysur-Moselle, et offerte, Messieurs, avec un abandon encombrant, à notre vieille Académie, connaissant, comme les sages, le prix du temps.

La Pompe funèbre du duc Charles III, ordonnée et dessinée par Claude de La Ruelle, mérite dans cette salle une mention particulière, par sa reconstitution fidèle et précise du château, extérieur et intérieur, au seuil du xvie siècle. Projetées sur un écran, ces douze planches illustreraient et relèveraient, singulièrement, ce discours, en attirant sur son auteur, inquiet de ses périodes oratoires, une indulgente et charitable absolution. On y voit se dérouler de table en table le magnifique mais ordinaire. cérémonial, copié — ceci semblerait oublié — sur la cour de France, plus auguste encore. Les rois et les ducs, en ces temps, ne pouvaient mourir, sans trainer à leur suite un immense cortège de Pleurants, confondant sous la même robe princes, mendiants et gentils hommes (1).

(1) Pleurants, retenus par La Ruelle et imagés sur les tombeaux de Brou (Marguerite de Bourbon), de Dijon (Jean sans Peur, Philippe le Hardi) et, au Louvre, de Philippe Pot, seigneur de La Rocheen-Bourgogne, chambellan de Charles le Téméraire? puis de Louis XI, grand s“néchal de Bourgogne (salle de la Renaissance).

Citons, hors du cadre historique, la salle de la Ferronnerie, la salle des Souvenirs napoléoniens, la salle de Ja Ville de Nancy, enfin, la

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