SCÈNE II
Les personnes qui ont quelque connaissance du théâtre s'apercevront facilement que cette scène est tout entière celle de Narcisse et de Néron , dans le quatrième acte de Britcm^ nicus; mais il s'en faut de beaucoup qu'elle soit amenée avec autant d'art ^ et dialdguée avec autant d'élégance et de force.
L'aveu que fait Tharès à Absalon ^ dans la scène troisième de cet acte , n'est autre , pour la situation et le fond des idées y que celui
de Valérie et de Seryîllus , dans le quatrième acte de la tragédie de Manlius.
Mais ce qui se caractérise par une ressemblance encore plus frappante avec la belle scène d'Auguste et de Cinna, c'est celle de David qui pardonne tout à son fils Absalon.
Les plagiats^ comme on le voit^ sont nombreux dans cette tragédie ; et cependant on ne peut nier qu'elle ne soit plus intéressante que Cinna et Manlius y qui lui ont servi de modèle .
Il faut convenir que le bon homme David est bien plus touchant que le cruel moteur des proscriptions de Rome , parce que la clémence dé ce dernier est moins l'explosion naturelle de son cœur que le raffinement de sa politique ; d'où il faut conclure que dans tous les arts 9 ce qui se rapproche de la nature a bien plus d'empire sur nos coeurs que les sentimens de grandeur et d'héroïsme^ qui n'affectçnt que l'âme.