‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissements (volume 2)Chapitre 116 sur 302 · CXCVI DB LA COMPOSITION DBS MÉMOIRES · texte numérisé non relu

CXCVI DB LA COMPOSITION DBS MÉMOIRES

être diffërent, ne serait pas moins instructif, libis les plus longs fragments qui nous restent de cette partie des Mémoires ne peuvent ôtre honorés d*un pareil titre : les listes des corps engagés dans une campagne, les distributions de quartiers, les mouvements de troupes suivant les vicissitudes d'un siège, sont des renseignements précieux pour rhistoire, ce n'est pas l'histoire elle-même. Louis XIV avait-il l'intention d'élever à la gloire de son règne le monument historique qu'on chercherait en vain dans ses mémoires militaires ? La question est sans intérêt, puisqu'on n'a aucun moyen de la résoudre. Les contemporains connaissaientrils de Louis XIV beaucoup plus de pages que nous ? On aimerait à le croire pour justifier les éloges qu'ils ont décernés au Roi sur tous les tons. Ils le louent d'initier le Dauphin aux secrets de sa politique, à ses projets les plus intimes. C'est ce qu'il semblait vouloir faire dans les Mémoires des années 1666, 4667, 4668. Depuis 4672, le Dauphin n'est nulle part désigné, rien de ce que le Roi écrit n'a le caractère ni d'une leçon morale, ni d'une confidence politique. Ainsi les éloges des académiciens, des concurrents aux prix d'académie, et de Montausier lui-même, s'adressent ou aux instructions du Roi pour le Dauphin suspendues en 4674, ou aux Mémoires militaires, dont les premiers fragments datent de 4672 : ils louaient donc ou un travail déjà ancien auquel le Roi avait renoncé, ou un travail nouveau qui ne méritait pas d'être tant vanté.

On n'a pas oublié l'origine des Mémoires pour le Dauphin. Un mémoire de Colbert sur les finances, destiné à glorifier les réformes du début du règne , depuis 4660 jusqu'en 4665 , est ie premier germe de cette vaste

AU DELA, SBULBMENT DBS PIÈCES MILITAIRES. CXCVIl

composition. M. de Périgny, lecteur du Roi y et chargé de donner en jouant les premières connaissances au petit prince dont il fut depuis le précepteur, décida Louis XIY à consacrer à l'éducation de son Ûls des matériaux d'histoire, réunis d'abord en vue de sa gloire personnelle. L'intention , une fois admise par le Roi , a fructifié pendant trois ans, et pendant trois autres années, 1669-1671, on a des preuves qu'elle n'a pas été tout à fait abandonnée. Ne pouvant suffire seul à une pareille tâche littéraire , il s'est associé des écrivains que sa confiance et que leur réputation lui désignaient. U a consacré ainsi les loisirs de six apnées à l'éducation politique du Dauphin , animant de ses pensées, contrôlant le travail d'autrui. Depuis 1672, tout occupé des progrés de sa puissance, il tient lui-môme la plume comme il tient l'épée , il ne trouve à distraire aucun moment en faveur de son fils , ce n'est pas pour le Dauphin qu'il écrit. Lorsque Montausier, en 1674, le conjure de continuer ses Mémoires, il sait bien que, de tout ce que le Roi jette alors sur le papier, le Dauphin n'a pour son instruction aucun profit à tirer. <i Si , durant cette guerre que vous soutenez seul contre tant de nations réunies , lui dit-il , vos occupations glorieuses ne vous le permettent pas , nous espérons que la paix vous en donnera le loisir. » Il est donc constant qu'alors, comme avant 1666, la pensée du Roi est tournée vers un autre but : c'est son histoire qu'il prépare de sa main, en suivant l'exemple que lui a donné Colbert. Chacun était dans son rôle : le ministre avait écrit sur les finances, le roi écrivait sur la guerre. Dans Tintervalle de ces deux époques se place l'œuvre si laborieuse d'écrivains à gages , serviteurs anonymes , auxquels on doit

Page 1