‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissements (volume 2)Chapitre 120 sur 302 · CCVI DE LA COMPOSITION DES MÉMOIRES · texte numérisé non relu

CCVI DE LA COMPOSITION DES MÉMOIRES

L'épUre au Dauphin est très-longue, elle occupe plus du tiers de notre manuscrit. Il n'y en a pas traces dans les pages de J. Rou ; le biographe de 1729 s'en inspire et donne quelques fragments. Le ton en est sévère : on y reconnaît Tauslère gouverneur, qui était un objet d'effroi pour les jeunes courtisans et sans doute pour le Dauphin. Mais citons le texte en y laissant volontairement des lacunes, pour l'abréger.

... Si voas De regardez la royauté que comme on titre de domination et de liberté pour satisfaire vos passions et pour tenir les hommes assujettis à votre puissance..., vous trouvères en chaque article de ce Mémoire votre condamnation... J*ai recueilli ces maximes afin qu'elles rendent comme un témoignage public pour ou contre vous... Si Dieu permettait que mes espérances fussent trompées, je craindrais qu*on nMmputât ce malheur à ma négligence. G*est dans ce dessein que je donne cet ouvrage au public... Je dois avoir soin de ma. réputation, et comme je suis redevable à tout le monde de ma conduite, il faut aussi que j*en informe tout le monde.

•.. La complaisance qu*on a pour les rois, la circonspecUoo et la crainte qui retiennent ceux qui leur parlent, le dégoût quMls ont de la vérité presque eo naissant, les artiOces des flatteurs et des courtisans qui les séduisent et les corrompent, leur cachent les choses les plus ordinaires aux autres hommes. On ne les reprend presque jamais de leurs défauts. On ne touche que légèrement leurs vices et leurs faiblesses. On leur donne des vertus quMls n*ont pas, et on renverse pour eux tout Tordre et toutes les règles de la morale. Ce Mémoire vous marquera ce qu*on ne leur fait pas remarquer, et vous en fera ressouvenir.

n y a deux fondements solides et assurés de votre conduite : le premier est de croire en Dieu, le second est de vivre en roi et non pas en tjran.

L'ÉPITHB DE MONTAUSIER AU DAUPBIN. CGVII

... Un prince chrétien , qai a des chrétiens pour sujets» doit vif re chrétiennement , quand même il ne mettrait pas dans son cœur la piété devant toutes choses. Il y est indispensablement obligé ; il en doit Taire profession, car elle s*accorde si bien avec le gouverDement que par ce seul intérêt il doit s'y attacher.

... Ces maximes sont diflSciles à suivre; mais elles ne sont pas impossibles. Les hommes peuvent être bons, sages, vaillants, libéraux, doux, chastes, et ces vertus sont souvent possédées par des personnes différentes. Pourquoi ne se rencontreraient-elles pas toutes ensemble en un même homme?

... Ne fait-on pas toujours les modèles les plus parfaits qu*on peut, afin qu*on essaye au moins d*en approcher?

... Ce qui peut vous être d'un grand usage, c'est cette discrète liberté qui règne dans cet ouvrage. Personne n'a tant de besoin que les rois qu*on leur parle avec franchise.

... On leur fournit des excuses et des défenses pour autoriser leurs fautes. On leur cache les véritables sentiments que leurs sujets ont d*eux, leur haine, leur aversion, leurs plaintes; ou on leur dit que ce sont des particuliers séditieux et mal intentionnés qu*il faut châtier, et non pas le public, qui parle ainsi.

... Un ancien philosophe disait que, de toutes les choses qu'on enseignait aux enfants des rois, ils n'apprenaient rien de mieux que de montera cheval ; parce qu'ils voulaient y réussir, il fallait qu'ils s'y attachassent : les chevaux n'étant ni flatteurs ni complaisants, ils jettent un prince à terre aussi rudement qu'un palefrenie

... La plus sage et vertueuse éducation ne servirait de rien si vous n'aviez dessein de vous en prévaloir.

Néron... Le fils de Marc-Aurèle.

... J'ai eu le courage de vous déplaire quand j'ai cru que je devais le faire pour vous servir. Songez de plus qu'ayant cinquante et un ans de plus que vous, je ne puis prétendre vous gouverner un jour ni tirer aucun avantage de vous.

La plupart des maximes de Machiavel ne sont pas seulement

CCVfll DE LA COMPOSITION DBS MEMOIRES. \

impies et tjrtnniqaes , et contre les bonnes moBors, mais elles «ont I^bes, honteuses, contraires à rbonnenr et k It gloire, propres k de petits tynns.

... J*tl dessein de vous élever le cœur non par l'ambition et par la vanité, mais par la grandeur d*ftme et la sagesse.

Nous sommes bien avertis que c'est «un ouvrage)) que Montausier compose et qu'il a Tintention de le donner au public. Le style de i'épitre est sobre, sans images, et on croirait à peine que l'auteur de ces pages sentencieuses ait jamais eu le goût d'écrire les phrases brillantées qui sont en trop grand nombre dans les Maximes ou Réflexions. Je me trompe : vers la fin de l'épttre, on lit un morceau qui nous prépare au style des Maximes. Il s'agit de la devise du Roi ; le morceau a été gardé presque mot à mot par le biographe de 1729 ; et J. Rou ne l'aurait pas blâmé, puisqu'il loue d'autres pages qui ressemblent à celle-ci.

Il n'est pas jusqu'à sa devise qui ne vous apprenne les devoirs d'un grand roi. Il a choisi le soleil pour lui servir de corps parce que cet astre est le modèle de la conduite de tous les souverains. Ils doivent comme lui être ' actifs, vigilants, infatigables, libéraux et bienfaisants; comme lui produire partout Tabondance, distribuer les richesses, faire naître les fruits, dispenser la lumière, apporter la sérénité, dissiper les nuages, apaiser les lempétes et répandre partout leurs clartés et leurs influences favorables ^.

1. Dains la Vie de MoniausUr (p. 75}, on lit : « être i-éguliers et ponc* tueli, libéraux.»

2. IHd» : • ... disftiper les orages, et répandre partout leurs influencée et leurs clartés. >

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