XXVIII DE LA COMPOSITION DES NËMOIRES
RédacUon Urdife des Mémolret de 1661 et 1663.-- Priorité dei Mémoires
de 1666 et 1667.
Expliquons pourquoi il ne convient pas de placer en tète des Mémoires, comme il semblerait naturel, les longs développements politiques qui ont été revus par Pellisson pour les deux années i661 et 1662, sous la forme d'in* structions au Dauphin.
Le fils qui vient de naître à la fin de 1661 ne peut pas être encore l'objet de leçons : il faut qu'il grandisse un peu, qu'il approche de cet âge de sept ans consacré par l'Écriture comme le passage à l'enfance virile, pour que Louis XIV, préparant des Mémoires, prenne sérieusement la résolution de songer à lui , de les lui destiner. Môme dans son Journal de faits et de réflexions pour les années 1666 et 1667, il a en vue tous les princes, sans que le Dauphin soil nulle part nommé, et surtout rien n'indique cette forme d'allocution directe, qui sera adoptée dans la rédaction définitive. C'a été une heureuse inspiration de mettre à l'adresse et de faire tourner au profit du Dauphin tant d'idées générales sur les devoirs et sur les droits des princes qui* sont en germe dans ce Journal. 11 n'est pas croyable, qu'avec cette intention nouvelle, on soit allé chercher d'abord, pour les utiliser, des événements lointains comme ceux des années 1661 et
RÊDACTKMf TARDITE DES NÉMOIRfià DE 1661 ET 1662. XXIX
1662 lorsqu'on avait sous la main un travail récent plus varié et plus complet de Louis XTV.
On a la preuve, qu'en 1666 la rédaction de 1662 n'était pas faite, que celle môme de 1661 par Pellisson est tout au plus de 1670, tandis que le Journal de 1666 avait pris, avant le milieu de l'année 1668, la forme de Mémoires développés pour le Dauphin.
a n ne faut pas oublier, est-il dit dans le Journal de 1666, au 20 février, de chercher quelque endroit, en parlant des affaires d'Angleterre, pour faire mention du traité de Dunkerque , et Caire une réflexion sur le tort que se font à eux-mêmes les sujets... » Et encore, au 19 avril : « A la conclusion du traité avec l'Angleterre, se souvenir du radmt de Dunkerque , lequel eût rendu la condition des Anglais meilleure, avec la réflexion que les peuples, par leurs mutineries... » Il n'y aurait pas lieu à une observation de ce genre, deux fois répétée, si les cahiers de 1662 étaient déjà écrits; on renverrait h ces cahiers. Les citations de 1666 prouvent qu'on ne pensait même pas à les composer.
Dans les premières pages des Mémoires revus par Pellisson pour 1661, la date décomposition est marquée: tt C'est ici la dixième année, fait-on dire à Louis XTV', que je marche, comme il me semble assez constamment dans la même route. » H y a donc dix ans environ depuis la mort de Mazarin ou depuis la disgrftce de Fouquet , puisque c'est de ces événements-là que date le gouvernement personnel de Louis XIV. Pour 1661, antérieurement
1. BiM. imp. Mae. soppl. F. 2282, ia-4*: Mémoirei de Louis XIV, rédigé* par Pdliseon, 1. 1, p. 149.
aux pages 4e PelU^son, il faudrait au ipoins placer d'au-» très cahiers dont on a seulement la table^ et une réduction de ce premier travail de huit cahiers eu cinq ou $ix dont le texte est i ^u gr^ude partie, çonserYé, Nous relevons, daus la table des hyit cahiers, une note écrite à la marge, qui prouve qu'eu 1669 on se préoccupait encore de Tannée 4661. Au second cahier, eu face d'uu des titres : « Réflexion sur le danger qu*il y ft à souffrir les nouveautés en matière de rcligiou, » on a mis cette note; « A transposer eu 1669, lors de la réconciliation des deux partis ^ » Cette phrase a uue double importance : elle montre la priorité qu'ont ces huit cahiers sur le trayail de Pellisson, et révèle, pour Tauuée 1669, l^ composition de Mémoires que Tou u'ft plus, pu tOUt au moins uu projet de composition avorté.
Ce qui prouve que le Jourual de 1666 était devepu, dès 1668 , une vaste étude politique et morale , c'est que ^ dans les Mémoires de cette année 1666, il est patrie du Dauphin, comme s'il était encore le seul Sis du {loi; « Ne vous figurez pas, y fait-on dirve par Louis XIY à sou fils *, que si vous aviez un jour des frères , j'eusse pour vous une passion assez aveugle pour vouloir travailler moi-môme à vous donner sur eux tous les avaptages.)» Or le premier frère du Dauphin , le duc d'Anjou , est né le 5 août 1668 *, et a vécu jusqu'au mois de juillet 1671 \
1. ibid., B. Fr. 2281, iIl-^; Mémoires ori^inaax de Louis XIV, f. I, f • tdS ^.