‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissements (volume 2)Chapitre 224 sur 302 · MORT DE LA RB1NB MÈRE. DOULEUR DO ROI · texte numérisé non relu

MORT DE LA RB1NB MÈRE. DOULEUR DO ROI

pent bien plus malaisément que celles qui ne sont produites que par le seul commerce du sang.

[Je ' tie prétends pas, pour vous justifier mon ennui, vous étaler tout le mérite de cette reine. Les plus éloquents hommes du siècle que j'ai fait travailler sur ce sujet, ont eu bien de la peine à le remplir. Mais dans la connaissance que vous avez de la trempe de mon cœur, il suffira de vous dire que sachant mieux que personne avec quelle vigueur...] La vigueur avec laquelle cette princesse avait soutenu ma couronne dans les temps où je ne pouvais encore agir, m'était une marque de son affection et de sa vertu '^. Et les respects que je lui ren-

t . La phrase que nous meUoni entre [ ] est dans notre texte C, f* 197 ▼*, mais y a été effacée. On avait d'abord commencé d'une autre manière : « Je ne prétends pas tous faire ici l'éloge de cette princesse que la seule histoire de sa vie fera plus éloquemment que moi. »

2. Les textes A et B attestent un bien grand travail. A, f 16S, vert la fin du &* cahier, on lit d'abord ceci : « Dans la connaissance que vous deves avoir de la trempe de mon cœur (quand je n'aurais point d'autre excuse), il suffirait pour justifler la sensibilité que j'eus en la perte de cette reine, de vous Taire souvenir de la grandeur des obligations que je lui avais pouv avoir si fortement soutenu ma couronne dans le temps où je n'étais pas capable d'j mettre moi-même la main, et par cela seul vous jugerex ce que dans ce malheur un fils que la nature, l'estime... » Cette phrase a été biffée, et on a repris le développement entier, P 169: « Vous savez combien de fois je vous ai dit que la reconnaissance des biens reçus est une de» qualités les plus Inséparables des âmes bien nées, et vous ne sauriex douter que la vigueur avec laquelle cette princesse avait soutenu ma dignité dans un temps où je n'étais pas capable de la défendre moi-même était le plus important et le plus utile service qui me pik être jamais rendu. Il n'était pas possible qu'un fils attaché par les liens de la nature, engagé par les sentiments de l'estime, et pressé par lei^ devoirs de la reconnaissance fût exempt de douleur danh la perte d'une si digne mère. » La phrase continuait ainsi : « ...puisque ceux mêmes contre qui. pour la défense de l'État, elle avait souvent agi comme ennemie, ceux qui l'avaient aulrerois voulu calomnier avec tant de fureur, ne purent alors s'empêcher de la regretter et d'avouer que le eiel

ISi MÉMOIRES POUR 1666.

dais de ma part n'étaient point de simples devoirs de bienséance ^ Cette habitude que j'avais formée a ne faire qu'un même logis et qu'une môme table avec elle, cette assiduité avec laquelle je la voyais plusieurs fois chaque jour, n'était point une loi que je me fusse imposée par raison d'État, mais une marque du plaisir que je prenais en sa compagnie. Carenfinrabandonnement qu'elle avait si pleinement ^ fait de l'autorité souveraine m'avait assez fait connaître que je n'avais rien à craindre de son ambition, pour ne me pas obliger à la retenir par des tendresses affectées.

Ne pouvant ', après ce malheur, soutenir la vue du lieu où il m'était arrivé, je quittai Paris à l'heure même et me retirai premièrement à Versailles (comme a l'endroit où je pourrais être plus en particulier), et quelques jours après à Saint-Germain.

Les lettres qu'il fallut écrire sur cet accident a tous les princes de l'Europe me coûtèrent plus qu'on ne saurait penser, et particulièrement celles à l'Empereur, au roi d'Espagne et au roi d'Angleterre , que la bien<^

n*avaU jamatt couronné une piété plut sincère, una fermeté plut intrépide, une bonté plu» généreuse. » Dans le texte B, U U, f» 47-48, tout ce beau style est remanié ou barré; et il n'en reste, en tout, que ceci : « Mol qui savais mieux que personne la vigueur avec laquelle... pouvais-je la voir mourir sans un excès de douleur, puisque ceux mêmes contre lesquels elle avait agi souvent comme ennemie » Pbrase à tout prendre,

plus simple, plus nette que ce fatras sur la reconnais«anoe«les biens reçus..., tiur les liens de la nature, les sentiments de l'estime, sur les devoir» de la reconnaifléance.

1. B. « ... n'étaient pas de ces devoirs contraints que l'on donne seulement à la bienséance. »

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