SAVOIR DÉPENSER A PROPOS. RÉFLEXION
augmoBter le nombre de mes amis, ou pour diminuer celui de mes ennemis, dans la vue des importants desseins que je méditais continuellement.
Et ^ en effet, mon fils, s'il est utile au prince de savoir ménager ses deniers quand Tétat pobible de ses affaires lui en laisse la liberté, il n'est pas moins important qu'il sache les dépenser [même avec quelque sorte de profusion], quand le besoin de son État le désire ou que la fortune lui présente quelque occasion singulière de s'élever au-dessus de ses pareils.
Les souverains ^ que le ciel a faits dépositaires de la fortune publique font assurément contre leurs devoirs quand ils dissipent la substance de leurs sujets en des , dépenses inutiles, mais ils font peut-être un plus grand mal encore, quand, par un ménage hors de propos, ils refusent de débourser ce qui peut servir à la gloire de leur nation ou à la défense de leurs provinces.
Il arrive souvent que des sommes médiocres, dépen^ sées dans leur temps et avec jugement, épargnent aux . Étals et des dépenses et des pertes incomparablement plus grandes : faute d'un suffrage que Ton pouvait acquérir à bon marché, il faut quelquefois lever de grosses armées^ un voisin, qu'avec peu de dépeme nous au-
1 . Ces réflexions sont dan» les textes A et B, à la sDite do 4* eahfer. Le Journal, p. 37, en suscitait une autre plus intéressante.
2. A. t. Il, r* 40, en Tace de ce développement, on lit en marge : « à garder, » et à eôté : « pris en 6*. » N'est-ce pas du 6* caliIer du texte défini- Uf, da texte G qne nous reproduisons, qu'il est question? On avait donc eu d*abord l'intention de garder, e'est-à-dire de retirer ces réflexions générales.— Nous rappelons que le Journal, p. 27, en suscitait une autre qui méritait mieux d'être développée.
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rions pu faire notre ami, nous coûte quelquefois bien cher quand il devient notre ennemi. Les moindres troupes ennemies, qui peuvent entrer dans nos Étab, nous enlèvent en un mois plus qu'il n'eût été besoin pour entretenir dix ans d'intelligences; et les imprudents ménagers qui ne comprennent pas ces maximes, trouvent enfin tôt ou tard la punition de leur avare proeédé, dans leurs provinces désolées, dans la cessation de leurs revenus ^, dans Tabandonnement de leurs alliés, et dans le mépris de leurs peuples.
Pourquoi faire difficulté de débourser l'argent dans les nécessités publiques, puisque ce n'est que pour satisfaire à ces besoins que nous avons droit d'en lever ? Aimer l'argent pour l'amour de lui-même est une passion dont les belles âmes ne sont pas capables ; elles ne le considèrent jamais comme l'objet de leurs désirs, mais seulement comme un moyen nécessaire à l' exécution de leurs desseins. Le sage prince et le particulier avare sont absolument opposés dans leur conduite; le riche avare cberche toujours l'argent avec avidité, te reçoit avec un plaisir extrême, 1 épargne sans discernement , le garde avec inquiétude, et n'en peut débourser la moindre partie sans un insupportable ebagrin ; au lieu queleprince vertueux n'impose qu'avec retenue, n'exige qu'avec compassion , ne ménage que par devoir, ne réserve que par prudence, et ne dépense jamais sans un contentement tout particulier, parce (iu*il ne le fait que
1. Le texte G portait d'tbord ces mots qe'ott a eflkeéa : « dans Képui^ aeinent de leurs trésors ; » Us sont au lexie A, t. lU, (^ l&a? ao texte B, t* 11, ro 41. — La suite de la phrase qu'on lit au lexte G a été a^tée après coup sur le texte A; le texte B se Test appropriée^
DÉPENSES MLLICrrtBS PAR LA HOLLANDE. 179
poor ftUf metiter sa gloire^ pmir agrandir âon État^ ou poar faire du bien à ses sujeis ^
Outre les cent mille écùs que j*avais déjà fournis pouf Taccodiniûdement du roi de Dànetnark, les Hollandais^ me voulaient encore obliger à dônfier à ce prince une nouvelle somme. El le sujet de cette demande était que Ton désirait qu'il fit passer ses vaisseaux dans la Manche pour se joindre à nos flottes : de quoi il se défendait en disant qu'il n'était obligé par notre traité de tenir ses vaisseaux que dans la mer Baltique afin d'en défendre le comrherce à nos ennemis, et que néanmoins si Ton voulait lui payer tous les frais qu'il serait obligé de faire pour ce passage, il contribuerait volontiers en cela au bien de la cause commune.
Mais, sur cette proposition, je répondis qu'après les grandes sommes que j'avais déiadéhowsées pour les États de Hollande soit dans les armements de mer et de (erre que j'avais faits pour leur défense, soit ménïe à Tégard du foi de Danemark, je ne croyais pas devoir charger mes sujets d'une plus grande dépense '.
1. Les textes A et B iijoutent quelques réflexions et faits de détail Mir les Ûnaoces, qu'on lira dans le Supplément aux Mémoires de ICCG, u» 11. — Là Qnlt lé 6^ cahier avec le r« du (^ 234 ; le v* n'est pas éerjt.
2. A et B, ces fkils donnés par le Journal, p. 50, sont au 19* dihler (A, t. Il, f* 336; B. t II, f* l70). La forme est un pea différente : rien de saillant. — Le Msc. C porte, par erreur : « du roi de Portugal • au lieu « du roi de Danemark. »
3. A et B ajoutent : • qu'ils devaient eonsidérer qa'un prlaee, aimant comme moi son État et ses snjetji, n'était pas bien aise de s'engager ca toute oeeasion à porter ainsi cliex les étrangers ses plus clairs deniers^ pendant qu'il en avait besoin pour tant d'autres choses. »
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Dès lors ^ que je me résolus à déclarer la guerre aux Anglais, je ne doutai poini que dans les lies méridioDales où mes sujets étaient mêlés avec eux Ton n'en vint bientôt aux derniers actes d'hostilité ^ et pour fortifier les miens dans cette occasion, je tirai des places les plus voisines de la mer huit cents hommes que j'envoyai diligemment à leur secours. Mais j'appris, peu de temps après, que mes vœux et ma fortune ^ avaient de beaucoup devancé l'arrivée de mes vaisseaux. Car la nouvelle de la guerre ayant été portée dans Ttle de Saint-Christophe plus diligemment qu'on n'eût pu le penser, et ayant été sue en même temps de Tun et de l'autre parti, les ennemis, quoique plus forts incomparablement en nombre, furent pourtant battus et contre leur opinion et contre toute sorte de vraisemblance.
Et^ en effet, les Français qui ne se voyaient que seize cents dans toute Ttle où les Anglais avaient au moins six mille hommes, proposèrent d'abord de vivre en paix comme auparavant. Mais ils apprirent que les ennemis avalent résolu de les mettre tous au fil del'épée suivant l'ordre exprès de leur vice-roi, qui fut depuis trouvé en original dans la poche de l'un des morts.
Cependant cet ordre si facile à donner ne fut pas si facile à exécuter. Car les Français, excités plutôt qu'abattus par la grandeur du péril, se comportèrent avec tant de valeur et de diligence, qu'ayant rendu dans un seul jour quatre combats contre diverses troupes d'en-
1. A, 34* cahier, t. Ul, f* f et sut?. Les lextet te ressembleDi beaucoup (V. le Journal, p. 61 et p. SSaveclanule 3).
1. A. c étaient arrivés pLutÂt qu'eux à ladéreose de cet colooiet: >exprcttioo qui a? ait beaoiu, en effet, d'être améliorée.