On lit d*abord : « probité
des sujets qu'elle voudroit choisir sur h conoiscençQ que ' le passé pouroit donner. Et je ne doute pas que la gloire d^avoir établi un usage si saint et si profitable ne se répendist avec éclat dans tout le monde cresUen , et ne fit imiter son exemple et chérir sa mémoire ^ dans tous les siècles à venir.
M. de Périgny, après avoir écrit ces pages, est étonné de ce qu'il s'est permis : Il cherche alors à s'excuser auprès du Boi. Il commence aiosi à se Justifier (P 123 au v«) :
Cette pensée. . .
Il efface pour mettre :
Cette proposition est si éloignée de ma profession et de mes intérêts que V. M. aura sujet de s'étoner que je la lui ait présentée. Mais la passion que j'ai reeonue en elle pour toutes les grandes choses et le zèle parti* culier qu'elle témoigne continuellement pour tout ce qui regarde la religion m'ont fait imaginer qu'elle ne mépriseroit pas cette pensée qui s'est offerte à mon esprit dans Toisiveté...
Ce début est effacé, et repris en marge :
V. M. s'étonera sans doute que je lui parle d'une chose qui n'est pas de ma profession. Mais c'est un effet de Toisiveté où je suis depuis le dernier cayer que j'ay eu Thoneur de lui présenter. Car ne pouvant py continuer ce qui est commancé ny m'atacher à autre chose, jusqu'à ce qu^elle m'ait fait savoir ses volontés
1. On lil d'abord : « ... qu'elle pouvoil avoir de leur conduite paisée» »
2. Le mot est écrit « mémoires • sans doute parce que le rédacteur es( tout plein de la pensée des Mémoires du Roi.
TÉMÉRITÉ DE l'aUTËCR. FORME DÉFINITIVE DU MORCEAU. 49tt
sur ee qu*elle y verra, mon esprit se promené indiferampnt sur tous tes objets qui se présentent, et le zèle que y. M. témoigne continuellemQnt pour la religion m'a feit penser que cecy ne lui seroit pas désagréable.
Enfln tout ee petit morceau est remis au net avec une forme définitive :
Quelque ardeur que V. M. face paroitre pour les intérêts de la religion , jay sujet de creindre qu'elle ne s^estone de me voir parler d'une chose qui n'est pas de mon mestier K Mais le zèle que jay pour la continuelle augmeqtation de sa gloire m'a fait passer pardessus ce scrupule : et ne pouvant poursuivre mon travail ordinaire jusques à ce qu'elle m'ait donné ses ordres sur le dernier cayer que je lui ay présenté, je n'ay pas voulu rejetter cette pensée que mon oisiveté m'a fournie sans Texposer à son jugement.
M. dePériguy a cherché longtemps, mais enfin à force de creuser et de limer il a trouvé une phrase qui est pleine, expressive et bien toarnée. Pellisson, assurément, n^écrit pas mieux que lui ; il rencontre peut-être plus vite une phrase sonore et élégante, mais Tabondance des roots ne fait pas toujours la forcé de Tidée.
Si le rédacteur s'excuse auprès du Roi, ce n'est pas pour avoir parlé trop hardiment, c*est seulement pour avoir touché on sujet quin'estpas de sa profession. Pour faire la leçon à Taristocratie d'Église, il ne croit pas avoir besoin, comme Pellisson, de précautions oratoires et de formes adoucies;, et
1. On lit d*abord : « de ma profeition. » C'est le mot qui a déjà été lerit deiu (bii.
il me semble que M. de Périgoy témoignait mieux, par des paroles un peu sévères, son zèle pour le service de Dieu et pqur les intérêts du Roi, que n*a fait Pellisson , quelques années après, en évitant d*appuyer sur des conseils nécessaires : la franchise de l'un fait plus d'iionneur à Louis XIV que les timides observations de Tautre.
La dernière page de Périgny révèle clairement le mode de composition des Mémoires. Périgny pense, réfléchit pour le Bof ; « son esprit se promène indifféremment sur tous les objets qui se présentent, > tout lui est matière à examen ; à mesure qu'il observe, une proposition prend naissance. L'affaire la plus difficile est ensuite de trouver une place a ces réflexions isolées, de les fondre dans le récit et le jugement des faits particuliers. Quelques-unes sont restées sans emploi ; comme des pierres éparses dans un chantier, ce sont des matériaux délaissés. Npus en avions tout récemment un exemple. Cette page sur les « dépenses » que nous avons glissée au milieu des considérations sur les finances (Y. p. 481) a été conçue sans doute, comme la proposition actuelle, sans projet d'application immédiate. La « proposition » sur les t)énéfices a trouvé un cadre où elle a pu figurer ; les < dépenses » n'avaient pas eu la même bonne fortune de passer de l'état d'idée abstraite à la vie réelle : nous avons imaginé de lui prêter un rôle utile. Périgny pense pour le Roi, mais non sans le contrôle royal : chaque cahier est examiné, Louis XIV adopte ou rejette, il est donc responsable. Il faut néanmoins que la confiance de Louis XIV soit bien grande pour qu'il ose déléguer ainsi à un de ses sujets le plus grand de tous ses droits et de ses devoirs, le soin de réfléchir et de juger. Périgny fait de son mieux pour se montrer digne d'an tel honneur. La charge a été considérable pendant les années où il a travaillé aux Mémoires : il fallait sur chaque fait important trouver une réflexion générale , ou tout au moins développer celles que lui fournissait le Roi. Ou bien le Roi et le rédacteur travaillaient ensemble, la conversation suscitant
MODE DE COMPOSITION : LE ROf, PÉRIGNT, PELLfSSON. 497
les idées, ainsi que nous en avons eu plus d'une fois la preuve, ou bien le rédacteur apportait, comme ici, le fruit de ses méditations solitaires. Les réflexions trouvées dans des moments « d'oisiveté, » n'étant pas conçues à propos d'un fait particulier, sont de celles qui doivent pouvoir se transporter d'un sujet à un autre. Rien ne nous prouve, par exemple, que la proposition sur les bénéfices soit venue à l'esprit de Périgny à propos de la désignation de Péréfixe, ancien précepteur du Roi, déjà évoque de RhodeZy pour l'archevêché de Paris, qui, dans le texte de Pellisson, précède immédiatement la réflexion sur le choix des sujets pour les grâces de rÉglise. Est-ce Périgny, est-ce un autre rédacteur qui a eu l'idée d'utiliser ainsi sa proposition ? Nous l'ignorons : on serait porté à croire que ce n'est pas Périgny, surtout si lui-même ne l'a pas retouchée et étendue, parce que la proposition présentée dans les termes qu'on vient de lire à la suite de la nomination aurait eu l'air d'une critique directe. Nous avons vu comment Pellisson (si ce n^est pas le rédacteur qui l'a précédé) n'a gardé que le fond des idées de la proposition, et en a fondu deux ou trois phrases seulement dans un développement général qui ne se rapporte pas plus à Péréûxe qu'à tout autre prélat.
Le hasard nous a bien servi en nous fournissant, pour clore cette longue exposition de textes, des pages écrites par M. de Périgny, qui montrent la collaboration active, sur le pied d'égalité intellectuelle, du modeste lecteur du Roi et de Louis XIV.
»oum L'iifSTMienoN du daupriii.