On lit d'abord : « et de faire enrager mes enrieux
Kéflexl«ii «nr la fin de Im casipasBe de tS99.
Noos franchissons an vaste espace, laissant de côté tontes les pièces originales d'Iiistoire militaire et à pins forte raison les copies de ces pièces que fonraissent les 8 volumes in-f^ (S. Fr. 2280). Le 1. 1*' est rempli (^ 84-1 ô8) d'ordres de marche, de règlements pour I4 campagne de 1672. Daps le tome II, c*est d'al>ord la relation de la campagne de 1673, et notamment du siège de Maestricht dirigé par le Bol ^1 personne (f° 1-141); puis Tétat des troupes devant Maestricht de la main d'un copiste (f 198-202); le projet pour la campagne de 1674 (^ 203-229); là relation de cette campagne (f* 247-276). Le t. III s*ouvre par des notes, et des listes de corps, OB de quartiers (f» 1-20; ^ 37-41), qui seraieot sans indication d'année si la copie n'ajoutait la date 1676 (r 4l- 46). C'est ensuite la relation développée de la campagne de 1678. Ce morceau comprend 25 Feuillets, c'est-à-dire 25 feuilles de papier, pliées chacune en deux, et écrites ainsi de quatre côtés. Chaque page contient au plus quinze lignes. Il n'y a pas une rature : ce qui semble indiquer ou un travail écrit sous la dictée, ou un travail recopié. Malgré la ressemblance d'écriture, on ne peut pas assurer qu'il soit de la main même de Louis XIV . C'est l'observation que nous avons faite pour le fragment précédent et que nous répéterons pour le suivant. Le début (t. III, f 49 ; dans l'édit. de 1806, ▼. au t. IV, p. 143) rappelle un peu ce qu'on vient de lire de l'année 1672.
Les efforts que mes ennemis ligués ensemble et les envieux de ma prospérité voulaient faire contre moi m'obligèrent de prendre de grandes précautions. Et pour commencer, je résolus, en finissant la campagne de
RÉFLEXION SUR LA FIN DE LA CAMPAGNE hR 1678. 511
1677, de n'employer mes forces que dans les lieux où elles seraient absolument nécessaires...
Voici la fin (f 95, édit. de 1806, p. 175) :
La guerre du Nord durait encore, et Ton avait peine à croire qu'elle finit de la manière que je me Tétais proposé. Mais par mon applicaton, mes soins, mes forces et mon argent, je surmontai les difficultés. La négociation dura longtemps, les allées et venues fréquentes ; beaucoup d'ambassadeurs furent envoyés. Enfin je vis les choses en état de se terminer dans la fin de Tannée 1678 à ma satisfaction, à celle de mes alliés, et j'eus le bonheur de finir cette année aussi heureusement par les négociations que je Tavais commencée par la guerre.
KéllextoB sur la néceMilté de eliàttor k prop«s et d'Agir mib« ffallile««e. DIssrâee de peatpoaiie.
Le morceau suivant est connu sous un autre titre que nous croyons devoir faire disparaître : « Béflexions sur le métier de Hoi. » L*8uteur du Siècle de Louis XI F, qui témoigna tant de reconnaissance à M. le maréchal de Noailles pour lui avoir donné la primeur du morceau détaché où ce monarque € se rend compte à lui-même de sa conduite > (Lettre écrite de Postdam, 28 juillet 1752), reproduit le morceau tout en* lier (cb. 28) sans lui donner de titre. Vingt-cinq ans après la première édition de l'ouvrage de Voltaire, cet écrit de Louis XIV, € un des plus beaux monuments de sa gk^e, qui est bien pensé, bien Ait, qui montre un esprit Juste et
une grande âme \ » était publié de nonveaa pac Tabbé Millot au t. IV des Mémoires politiques et militaires composés sur les pièces originales qu*avait recueillies Adrien-Maarice, duc de Noailles. C'est là qu*il reçoit pour la première fois on litre : « Réflexions sur le métier de Roi et sur TadraiDistration des affaires étrangères. » Ce litre, depuis, a paru trop long; il n'en est resté que la première partie, beaucoup plus exprès* sive et sentencieuse. II ne lui manque que d'être Juste.
Sans doute il est question, dans ce fragment, du métier de Roi. Le mot a plu et a fait fortune. Pour les lecteurs du diibaitième siècle, qui n'avaient presque rien des Mémoires de Louis XIV adressés au Daupbin , qnelques pbrases générales sur le plaisir et l'art de gouverner remportaient sur tout le reste : on n'a pas remarqué que le commencement et la fin du morceau en déterminaient la destination particulière, et que presque tous les détails de développement se rapportaieot non h l'ensemble du métier de Roi, mais à cette nécessité où est le prince de châtier à propos et d'agir sans faiblesse. Ce qui a ajouté à l'illusion, ce qui a fait perdre de vue l'objet spécial du développement, c'est l'analyse qui en a été imaginée par Millot, et après lui par tous ceux qui ont reproduit le morceau. Voltaire avait été bien plus avisé en livrant la pièce entière sans titre et sans sous-titres. Lue ainsi , elle a de Tampleur et de la justesse : les idées générales qui en occupent comme le centre semblent amenées assez légitimemeot à la suite de la réflexion particulière du début, et elles coocordent avec les motifs que Louis XIV donne de la disgrâce de Pomponne exposée à la un. Au contraire, l'esprit est ébloui et troublé à la fois par les formules que l'abbé Millot a mises en marge du texte comme résumé des principales idées, et
1. C'est le jugement textuel de Voltaire, dans la lettre de reiDercl« meatà M. de Noailles, qui lui livrait copie de ce morceau presque dtiM le même temps qu'il en déposait l'origioal à la bibliothèque du Roi ; i^ manuscrits y ont été reçus en octobre 1749.
RÉCESSSITÊ DE CBaTIER A PROPOS, D'aGIR SANS PAIBLCSSR. Ô13
que tout le monde lui a maladroitement empruntées : « Tout rapporter au bien de l'État. Savoir prendre son parti. Éviter la faiblesse. Penser à tout. Se garder de soi-même. Jouir des succès ; réparer les fautes. » Chacune de ces idées figure en effet, mais indiquée en peu de mots, comme interprétation, eomme ornement (si on veut) de l*idée principale, de l'idée unique, qui est celle que nous avons précisée. Nous savons, par les textes si divers de ses Mémoires, que lorsque Louis XIV s'empare d'une idée, il en étend le développement avec complaisance, et qu'assez souvent il la laisse dévier de son objet principal et se perdre en généralités. C'est ce qui est arrivé ici. Au point de départ, on aperçoit un but précis qu*il s'agit d'atteindre : chemin faisant, le Roi rencontre des idées pleines de grandeur et de délicatesse qui le charment et le retiennent quelque temps. Par bonheur, il se rappelle d'où il est parti et où il veut arriver, ce que trop souvent il a oublié dans ses Mémoires. De nouveau alors, il descend de ^olympe sur la terre, et explique la disgrâce de Pomponne, le ministre qu'il a eu la faiblesse, dit^il, de supporter trop longtemps, qu'il aurait dû éloigner plus tôt puisqu'il n'était pas digne de servir un si grand Roi. Tel est le thème, tel est le cadre dans lequel se meut à l'aise la pensée de Louis XIV. Nous ne sommes pas en face d'une abstraction. Un fait particulier, tout récent, actuel , amène une réflexion qui lui est appropriée, et, si on peut risquer le mot, adéquate : cette réflexion attire à sa suite un cortège d'idées accessoires, qui prennent alors un peu trop le haut du pavé, qui effacent et écartent, au mdns pour un moment, la pensée première. Celle-ci enfin recouvre ses droits , et si dans ce petit drame moral et littéraire qui se déroule devant nous, l'intérêt se déplace plus d'une fois, l'exposition faite an premier acte engendre le dé- Boùment qui dôt la pièce entière. La composition, entendue ainsi, est à la fois plus habile et plus heureuse : et c'est rendre Justice à son royal auteur, que de lui êter le caractère de gé- .néralité banale, qu'on loi a attribué jusqu'ici parce qu'on B*a
pas tenu asses de compte da débat et de la fin dn fragment n paratt avoir été écrit aussitôt après la disgrâce de Pomponne, et uniquement pour l'expliquer. Certains endroits da texte sont significatifs à cet égard : ils méritaient d*ètre rt* marqués. A la fin, le renvoi de ce ministreest Indiqué comme un fait actuel; il n*est question de lui qu'an prés^it : < Eofio il faut que Je lui ordonne de se retirer parce que tout ce qa passe par lui perd de la grandeur et de la force qu'on doit avoir. .. » Il est vrai que ces verbes mis au présent sur le manuscrit même, d'une main inconnue qui a fait d'autres eoN rections, ont été ensuite remplacés par des verbes au passé : « Enfin il a fallu que je lui ordonnasse.. • > C'est cette dernière forme que depuis le Siècle de Louis XIV en \7S1 tous ceox qui ont cité le morceau ont reproduite ; le manuscrit n'a pas été regardé. Que ce soit Louis XIV ou non qui ait corrigé, h première forme subsiste comme renseignement : elle doooe la date du morceau (i679).
Ces pages manuscrites, extérieurement, ressemblent beaucoup à celles dont nous avons extrait quelques ligoes sur l'issue de la campagne de 1678. C'est la même disposition, à peu près le même nombre de lignes par page. Si on signalée peine une différence pour l'écriture, le dernier morceau, celui que nous allons citer, est d'une main plus rapide. Jecrob qu'on peut les attribuer à Louis XIY : je ne vais pas jusqu'à affirmer qu'elles soient de lui , son écriture était si parfaite ment imitée I
Le premier de nos trois fragments, sur la guerre de Hollande, couvre une feuille de papier pliée en deux de manièrs que chaque moitié représente un petit itt-4«. Le second sur la campagne de 1678 vient d'un gros cahier de 25 feuilles de même taille et pliées de même. Le troisième, sur la nécessité de châtier à propos, se compose de trois feuilles un peu plu grandes pliées en deux, écrites chacune aussi de quatre dMs. C'est là ce qui explique le chiffre 8 placé au-dessous de eei mots : « Morceaux destachés • qu'on Ut sur une page de garde
CARACTÈRE M CES PAGES ÉCRITES PAR LE ROI. SlS
qui précède les trois feuilles (Msc., t. III, T 134). La i'* feuille comprend dans le recueil manuscrit les f<^ 1 35 et 136 ; la seconde, qui porte au haut de la première de ses quatre pages, à gauche, le chiffre indicatif 3 les f^ 137 et 138; la troisième qui porte de même le chiffre 8, les P* 129 et 130. Le titre général de : Morceaux destachés, écrit à ce qui semble de la même main que les 8 feuilles, peut se rapporter aux divers fragments dont nous parlons. Ils ont entre eux un air de famille, et si Tun d'eux est de la main de Louis XIV certainement ils en sont tous. On ne pourrait pas avec la même confiance attribuer à la main du Roi le fameux Mémoire donné à Philippe Y quand ce Jeune prince partit pour TEs* pagne. Ce Mémoire en 88 articles, qui s'étale sur de grandes pages in-f«, précède immédiatement dans le recueil manuscrit le morceau que nous allons transcrire (t. IIT, f** 1 14-1 19 ; les f** 130-133 en sont la copie): nousn'avons pas à nous en occuper. L'éditeur des OEuvres de Louis XIV l'a reproduit avec d'autres pièces qui sont également étrangères à notre travail (t. II, p. 460-466).
La reflexion sur la nécessité de châtier à propos que Louis XrV développe en 1679 à l'occasion du renvoi de Pomponne s'était déjà une fois présentée dans les Mémoires destinés au Dauphin. H s*agissait, en 1 663, de la révolte du Boulonnais au sujet de la taille dont cette province avait été exemptée jusque-là et dont le Roi avait voulu faire l'essai sur elle comme sur tous les pays qui prétendaient à l'exemption : il fallut sévir contre ceux qui furent pris les armes à la main. Les pensées que cette affaire suggéra à Louis XIY ou à l'un de ses rédacteurs de Mémoires, ne sont pas sans doute les mêmes que contient le morceau de 1679 : mais on va voir que suivant des habitudes de composition, dont nous avons rendu compte pièces en main pour d'autres réflexions, lldée première glisse et dévie sur une pente assex sensible, et que la réflexion prend un tour général qui aurait permis tout aussi
516 DERNIÈKES TRACES DEft MÉllOlftES.
bien de Tintitaler : c Réflexion snr les deroirs d*an BeL > Je la ramènerais facilement à des formules dans le genre de celles qne Tabbé Millot a imaginées pour le texte de 167S: c Préférer l'intérêt do grand nombre à celai de quelques pa^ ticuliers. Charme de la clémence. En user avec réserve. Dan* ger de pardonner trop souvent. Il faut se faire violenee poor le bien de l*Ëtat. » La leçon ici est adressée directement an Dauphin qui est loué aussitôt de n*en avoir pas besoin (l'enfant avait dix ans au moment de la composition ou de la ré- Yision du texte par Pellisson). On remarquera la singulière assimilation qui est faite entre des peuples qui se révoltent contre un impôt nouveau et des c homicides ou malfaiteurs. > Louis XIV abuse de sa force pour obscurcir la vérité, même en face de son fils et de la postérité : c*est une dovble iniquité.
Nous empruntons, pour ces réflexions de 1662, le texte de rédition de 1806, qui reproduit une copie de Pellisson (t. l, ^. 3 13-21 6).
Leur crime méritait la mort, Je fis eo sorte que la plupart fosceo^ teulemenl condamnés aux galères, et je les aurais même exemptés de e« supplice si je n'eusse cru devoir suivre en cette rencontre ma raison pistôt que mon inclination.
Nous serions trop heureux, mon fils, si nous n'avions Jamaif qu'à obliger et i faire des grâces. Mais Dieu même dont la bonté n'a polol de bornes ne trouve pai^ toujours à récompenser, et est quelquefois coDlrsint de punir. Quelque douleur que nous ayons de Taire du mal, nous derooi en être consolés, quand nous sentons en nous-même que nous le faisoM eomme lui, par la seule vue Juste et légitime d*un bien mille fois plu eonsldérable. Ce n'est pas répandre le sang de nos sujets, c'est plutôt U ménager et le conserver que d'exterminer les homicides et les maJfoileurs : c'est se laisser toucher de compassion plutôt pour un nombre Ibfini d'innocents que pour un petit nombre de coupables. L'indolgeoft pour ces malheureux particuliers serait une cruauté uniTerselIe et po* blique.
Je ne vous parlerais pas ainsi, mon fils, si j'avais remarqué en wt le moindre penchant à une sévérité excessive, pour ne point dire à cette hnmeur sanguinaire et f)ut)nche indigne d'un homme, bien loin d'Krt digue don Roi. A« contraire, je tâcherais de vous fair« eooaattre le
COMPARAISOIf AYBC UNE BÉPLEXION ANALOGOB 617
ehwme de la elémenee, U plot royilede toutes les Terti» puisqu'elle ne peut Jamaii appartenir qu'à des rois, la seule par qui on peut nous de« ▼oir plus qu'on ne nous saurait jamais rendre, J'entends la vie et l'honneur, la plus grande enfin de toutes les choses qu'on peut rérérer en noui puisqu'elle est comme d'un degré au-dessus de notre puissance et de noire justice.
Mais, autant que j'en puis juger par les actions de Totre enfance» les observant comme je le fais avec soin, tous serex, et J*en loue Dieu de tout mon cœur, compatissant, facile à être apaisé , et aurez beaucoup moins à vous défendre de la colère, de la haine et de la vengeance que des défauts opposés. Qu'on ne vous surprenne point seulement par le propre amour que vous aurez pour la gloire, en vous faisant passer ces défauts pour des vertus. L'applaudissement les suit d'abord, mais le mépris ne Urde guère à venir après lui, et l'on connaît que si ce ne sont en un prince les pères de tous les vices, ee sont du moins les plus dangereux, Otcr la rigueur aux lois, c'est 6ter l'ordre, la paii et le repos au monde, c'est s'Mer à soi-même la rojauté.
Quiconque pardonne trop souvent punit presque inutilement le reste du temps: car, dans cette terreur qui retient les hommes du mal, l'espérance de l'impunité ne faitguère moins d'effet que l'impunité même. Vous n'achèverez pas la lecture de ces Mémoires, mon ûls, sans trouver des endroits où j*ai su me vaincre moi-même et pardonner des offenses que Je pouvais Justement ne jamais oublier. Mais en cette occasion où il s'agissait de l'Etat, des plus pernicieux exemples, et du mal le plus contagieux du monde pour tout le reste de mes sujets, d'une révolte à main armée I qui n'attaquait pas mon autorité en quelque partie moins importante
> mais dans son propre fondement, Je crus me devoir vaincre d'une autre
sorte» en laissant punir ces misérables à qui j'aurais voulu pouvoir part donner.
Le morceau a plas de vie, est moins abstrait que le texte de 1670, à cause de cette sorte d'allocution paternelle qu'on ne retrouve plus dans les pages écrites au delà de 1671. Mais la réflexion de 1679 est plus riche d'idées et plus amplement développée : c'est un monologue qui a plus de grandeur et de portée politique, on y a vu avec raison le type, Tidéal des pensées de gouvernement de Louis XIV.
Sa réputation classique, justifiée par le ton des idées et par la forme littéraire, nous engage à le reproduire, tel qu'il est au manuscrit, avec l'ortliographe dp Boi. Le texte n'a ni signes de ponctuation ni accents. Il a reçu quelques corrections
518 DERNIÈRES TRACES DES HftMOlRES.
d'une idrId qui approche de edla de Lcmis XIY . Noos hisserons le lecteur sur des pages tout empreintes do cachet royal.
TEXTE DE Li R^IIZXIOn comnni ton ci Tirmi :