SUITE DE CETTE RÉFLEXION
c'est par là sans doute, mon fils ', que se peuvent distinguer véritablement les princes d'avec les autres hommes, bien mieux que par la foule qui les suit et par le bruit qui les environne. En sorte que je prétends vous faire on plus grand bien, quand par mes leçons, je m'efforce d'exciter en vous ces pensées , que quand par mes armes, je tâcherai d'étendre les bornes de l'héritage que nous ont laissé nos aïeux.
Après ce morceau , on lit ao texte A (fin du cahier 8 1«, f» 7t v» et f^ 78 r«), une phrase qui semble bien en être le complé* ment , et qui aurait pu être gardée aussi bien que les précédentes : tant valent les unes, tant vaut celle-là. Cependant eUe a été effacée :
Hais je ne puis assez vous avertir de prendre garde que ce que je m'efforce ici de faire pour vous tournera dans le public contre vous-môme , si vous ne savez en profiter, et qu'ayant eu un père qui, par ses soins, par ses exemples et par ses écrits, aura travaillé plus que tous vos pareils à vous inspirer les inclinations vertueuses, vous serez assurément beaucoup plus blâmé qu'un autre des autres défauts que vous conserverez.
La phrase ainsi faite est un corrigé en raccourci du fragment isolé que nous avons annoncé. Le fragment contient un peu plus que la phrase effacée : on y retrouve l'idée première de l'ensemble de la réflexion sur les parvenus, telle qu'elle a été jetée en quelques lignes sur le Journal du Boi. A ce titre le fragment (t. I, ï^ 150) est instructif et précieux.
1. A, f* 77 r*, ces moU : < mon fil», » soni ajoutés après coup pour appQjer sur la réOexion.
Mais bien loin de penser, mon fiis , que ce que je vous dis ici et ailleurs touchant les avantages de notre condition soit pour vous en donner seulement une vaine estime, persuadez-vous que mon but en cela n'est que de vous faire voir quels sentiments vous devez avoir pour la soutenir. Il n'est presque point de vice qui ne soit excusable dans un homme de vile condition \ parce que Ton impute aisément à la corruption du sang dont il est né, ou à la grossièreté de son éducation tout ce que Ton trouve de défectueux dans ses mœurs ou dans sa conduite : au lieu qu'un prince formé d'un sang illustre et nourri dans les maximes de la gloire et de la vertu, ne peut faire voir le moindre défaut du monde qui ne lui soit personnellement attribué.
Et j'ose dire qu'en cela môme vous pouvez avoir encore un désavantage par-dessus vos pareils, qu'ayant eu un père qui par ses soins, par ses exemples et par ses leçons particulières a pris plus de peine qu'aucun autre de vous inspirer toutes les bonnes qualités, vous serez assurément beaucoup plus blâmé des mauvaises que vous ferez paraître.
Le dernier alinéa a été barré sur le Msc, probablement parce qu'on Ta remanié pour le faire figurer à la fin de la réflexion générale. On avait alors l'intention de le conserver : nous venons de le voir, en effet, reproduit à Textrémité du 31* cahier du texte A (f^ 77-78). Plus tard cet alinéa a eu le sort de bien d'autres.
1. Sur le Mfc. on lit ces deux mots: « Tille, basée, » tour à tour effacés.
PRÉCAUTIOffS POUR RÉGLER UNE AFFAIRE D*ÉGLISE. 71
N» 17. — V. t. I, page 200, note 2.
99étmmiHmm yrtaes powr ré«Midre iui« «fhUre d^éfUtfe.
n s*a{dt du jaDséDisme. Louis XIV et le Pape sont d'accord sur le fond de la question. Mais, comme le dit le texte C enunecourte phrase, le Roi ne veut prêter le secours de son autorité qu'en respectant les anciens privilèges de l'Église gallicane. Des précautions de toute sorte sont prises pour que la lumière se fasse et qu'aucun droit ne soit lésé. Les textes antérieurs donnent quelques explicationsplusdétaillées qu'on a eo tort, ce me semble, de faire disparaître. Voici d'abord le développement, emprunté au Journal (Y. 1. 1, p. 30), qu'on lit dans le 13« cahier du texte A (t. IT, f^ 294), et du texte B (t. n, fo 120); il est reproduit par l'éditeur de 1806 (t. H, p. 110-111).
La chose me paraissait trop délicate pour la résoudre sans y avoir délibéré mûrement. D'une part, je désirais contenter Sa Sainteté ; mais de l'autre, je craignais de déroger aux prérogatives de ce royaume. Je ne man* quais pas de connaître combien il est important d'exterminer de bonne heure toutes les nouveautés qui se forment en matière de religion; mais je savais aussi combien il est dangereux de fournir à la cour de Rome des exemples de juridiction, dont elle puisse après tirer de mauvaises conséquences. Et]dans cette difficulté, ne voulant rien faire à la légère, je fus bien aise de consulter les gens de mon conseil par l'entremise de mon chancelier, le parlement en la personne du premier président et des gens du parquet, et le clergé même par un certain
72 SUPPiÉMENT AUX HtliOlIlBS D|5 1666.
nombre d'évéques dont je pris en secret le sentiment , voulant voir, avant qae de rien résoudre et de rien répondre, si, de quelque part, on ne me fournirait pas un expédient propre à donner contentement au pape, sans blesser les droits de mon État.
Ce n'est pas assez. Le Mse. fouiolt deux autres fragments négligés par Téditeur de 1 806 : ils sont tous deux du texte A, le premier, qui reproduit presque un article du Journal (V. 1. 1, p. 50), au 23« cahier (t. II, f' 372), le second au 3i« (t. m, r 72). Ils se complètent Tun par l'autre, et sont comme la continuation de la page déjà citée.
Après avoir pris séparément sur Taffaire du jansénisme les avis de tous ceux dont je vous ai parlé daij^s Tun des mois précédents, je voulus enfin tenir un conseil exprès pour la régler avec la solennité nécessaire. Là j^ entendis encore avec application les sentiments de mes plus habiles conseillers d'État, et toutes choses étant mûrement discutées, la conclusion fut que les quatre évèques, lesquels avaient refusé de signer le Formulaire, seraient exhortés sérieusement par quelques prélats de satisfaire au bref du Pape que j'avais autorisé par ma déclaration : leur faisant savoir que s'ils ne voulaient pas profiter de cet avertissement, on demanderait enfin 4e ma part à Sa Sainteté des commissaires pour leur faine leur procès.
J'avais penché d'abord à donner encore un dernier avertissement aux quatre évéques qui avaient résiste i ma déclaration et à la bulle du Pape, avant que de procéder plus sévèrement contre eux. M^ enfin persuaidé
NOOTBAU TEXTB A CE SUIET. 73
que dans Topiniàtreté où ils étaient, cette tentative ne knk qu'angmenter leur faute, en leur donnant une nouYelle occasion de désobéissance, j'avais prié Sa Sainteté de donner des commissaires pour les juger.
Si le dernier texte, le texte C, a été écrit un peu après les autres, par exemple en 1669, daus Tamiée de la paix de rÉglise qui a suspendu le débat du Jansénisme, il peut se faire que ces détails aient été retranchés comme des souver nirs désormais importuns et inutiles.
N* tS. — ▼. 1. 1, page 205, note 1,
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Comment résister à la tentation d'une réflexion générale quaod il s'agit de l^autorité ? Les cabales des moines et abbés de Tordre de Ctteaux que le Boi, avec Taide du pape, eher* ebe à ramener à ia paix et à l'obéissance, fournissent Toccasion. Louis XIY prend parti pour le général de Tordre, d'abord sans doute parce que le général a raison , contre ses subalternes, c'est le mot du texte définitif, mais aussi parce que le général est le général. Le texte A ( 23" cabier , t. Il, f^ S 78-880), reproduit à peu près par Tédition de 1806 (t. II, p. 178-180), continue ainsi:
liais pour venir à Tinstniction particulière que nous pouvons tirer de cet endroit, si^chez qu'en de papilles occasions vous devez, comme moi, tenir pour maxime
74 SUPPLÉMENT AUX lîÊVOinES DE 1666.
d'établir toujours, autant qu'il se peut, Tautorité de ceux qui commandent, contre ceux qui, par cabale ou par sédition, s'efforcent de se tirer de leur puissance. Les affaires, soit publiques, soit privées, ne s* entretiennent dans leur cours ordinaire que par cette générale subordination des difiérentes personnes dont un Etat est com< posé.
Comme il est certain que les rois ne peuvent pas porter immédiatement leurs ordres dans tous les endroits où s'étend leur pouvoir, ni veiller de leurs propres yeux sur tous les sujets qui sont soumis à leur empire, il est sans doute qu'ils ont besoin, pour maintenir la discipline publique, de prêter avec vigueur le secours de leur bras à ceux qui , dans chaque ministère , agissent sous leur autorité, soit ' pour faire observer les lois générales du royaume, ou pour entretenir les règles particulières de la profession sur laquelle ils sont préposés. La ^ même humeur de sédition qui porte un subalterne à se commettre contre celui qui lui doit commander, le porterait assurément à cabaler contre nous-mêmes s'il étaiten mesure de pouvoir traverser nos intérêts. L'exemple du libertinage autorisé est de la plus dangereuse conséquence du monde \ il est injuste de tolérer l'oppression des faibles, mais il est périlleux de soutenir l'audace des mutins. Un inférieur à qui son supérieur fait violence doit trouver, dans la suprême autorité des rois.
1. Cette fin de phrase, qu'on lit au Mae. (t. II, ^ 380 r*), n'eit pas dans rédition de 1806.
2. Nous gardons , pour cette phrase , le texte Msc., qui est un pea différent de l'édition de 1806.
NB JAMAIS PRBNDRB PARTI P0I3R LES INFÉRIEURS. 75
UD refuge toujours assuré ; mais ceux qui, par la seule espérance de se faire valoir, se mêlent de ce qui n'est pas de leur portée, ou veulent affaiblir la réputation des gens qui leur sont préposés, doivent rencontrer en nous du mépris et des châtiments, plutôt que de laccueil et des récompenses.
Je sais bien qu*il s'est trouvé des princes qui n'ont pas été dans ces sentiments, et qui même ont pris plaisir à porter en secret des gens de basse extraction contre les supérieurs dont ils dépendaient, prétendant sans doute tirer de ces espions ' intéressés des lumières utiles à leur service. Mais outre que je tiens celte voie trop basse pour des âmes d'un rang élevé, je suis persuadé de plus qu'elle ne réussit que fort rarement. Les rapports que nous font ces sortes de gens, et qu'ils couvrent du zèle de notre service, sont tellement corrompus par l'intérêt et par la passion, qu il est impossible d'en tirer aucune connaissance certaine. Le prince qui s'y veut arrêter, s'en trouve bien plus embarrassé qu'éclairci. Les défiances dans lesquelles ils le jettent, lui sont mille fois plus fâcheuses que les lumières qu'il en reçoit ne lui peuvent être profitables ; et à moins que ces prétendus avis ne regardent les choses de la dernière importance, le parti le plus sûr et le plus honnête est de n'en point faire de cas.
Nous sommes tenté de croire que c'est à propos des réflexions de toute sorte que l'affaire des religieux a suscitées,
f . Ccft bien le mot « espions » qu'on lit an Mac. (f. Il, f» 3SI f), et Beo « m^riUt • imprimé en 1806.
76 SDI>PLÉIieifT AUX «ÉMOIRCS M 1666.
que Périgny, peat-étre le premier avtetor de ces réflexioDS, a jeté sur on coin de page isolé (Mac., tu,!» 274 t"") Toi^aervation suivante ;
Pour faire entrer ici ce que Votre Majesté m'avait commandé touchant les religieux , il eût fallu le presser de telle sorte qu'on eût eu peine de le bien exprimer. Et comme c'est une chose importante, j'ai cru qu'il valait mieux le réserver pour en faire ailleurs une leçon particulière.
On bien, aimerait-on mieux appliquer l'observation soit à l'étude très-détaiUée qui forme le n« suivant, soit à la question dea viBuz de religion, traitée aa commencement de 1667?
N* 19. — V. t. I, page S08, note t, prélentlMM ei de» Moui dv elersé {BunUUon).
Nous avons déjà mentionné plus d'une fois et comtaté par des citations de fragments isolés l'existence d'un texte anté? rieur au texte A. Peu de fragments de ce texte X sont aus^ 'longs et aussi curieux que celui que nous allons donner. U est écrit de la main qui fait les corrections et additions sur le Journal du Roi, qui a composé les premières esquisses d'an morceau assez hardi touchant les bénéfices d'église (donné plus loin dans ce volume); nous noterons à mesure les pages qu'on peut justement lui attribuer. Or cette main, pour nous, est celle de M. de Périgny : il ne sera pas en odeur de sainteté auprès des gens d'église. Qu'on ne s'étonne pas que Louis XIV ait couvert de son nom les Idées de ce rédacteur téméraire. Les doctrines de M. de Périgny sont conformes aux actes du souverain.
BES PRÉTBNTKmS M) CLBUCé. 77
Le fragment dont il s'agit remplit trois folios au t. m dtl Msc. Il faut les lire dans l'ordre suivant: f'*2l6,âl4, 315. Le f* 316 est la suite d'un autre folio qui nous manque, mais ses premières lignes rapprochées d'un passage fort semblable que nous avons cité d'après le IS"* cahier du texte A (Y. le n« 17 du Supplément, au haut de la p. 72), suffisent à nous apprendre qu'il était question déjà d'une affaire eeclésiastlque, du jansénisme. Je voulais voir, fait-on dire à Louis XIV, si les personnes ^ « les plus intéressées à la conservation des prérogatives de l'Église gallicane ne me fourniraient pas quelque expédient pour donner satisfaction au pape sans faire préjudice aux droits de mon État. »
Le f* 216 {texte X) donne alors une autre affaire qui intéresse le clergé : elle a été signalée dans le Journal du Roi (V. t.I, p. 33),gardéedan8lestextesA(Msc.t. II,f'80l)etB (t. n, f* 1 29) qui se conforment à ce texte antérieur, et reproduite par l'éditeur de 1806 (t. U, p. 119-120). Mais elle est omise, on ne sait pourquoi, dans notre texte C. Voici ce qu'on lit au f» 216 pour l'exposé du sujet :
D se trouvait aussi quelque chose à régler touchant un discours fait il y a quelques mois par Talon, avocat général, dans l'affaire particulière d'un évéque. Car le clergé en ayant été mal satisfait avait fulminé contre lui quelques censures.
Les textes A et B désignent l'évéque d'Aleth ^ puis Ils se Bvrent à leurs habitudes d'amplification :
Car des ecclésiastiques ayant été mal satisfaits de ce qu'il avait dit en cette occasion, avaient attendu le