‹ Mémoires de LouvetChapitre 56 sur 109 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

QUELLE ÉTAIT LA GRANDEUR ET LA PUISSANCE DE CEUX d'aUTUN AVANT LA VENUE DE cfcSAR DANS LES GAULES

SOMMAIRE ^ — /. La grandeur des Autunois se connaît au nombre de leurs vassaux. — //. Quels étaient ces vassaux. — ///. Explication de Jean Munier en l'histoire d'Autun. — IF. Le Beaujolais se trouve dans la juridiction de ceux d'Autun. — F. Révolte de ceux d'Autun contre les Romains. — FL Qui cause leur servitude et leur fait perdre l'avantage ({ti^ils avaient de commander à une partie des Gaules. — VIL L'augmenta iion des provinces de la Gaule faite par Auguste ôte à ceux d'Autun le Beaujolais et l'attribue à la province lyonnaise.

^- — -Pour bien connaître la grandeur et la puissance des Autunois auparavant l'entrée de César dans les Gaules, il ne faut que lire les Commentaires du même César, qui montre la grandeur et l'autorité de ce peuple en plusieurs passages de son livre : la grandeur au liv. VII, lorsqu'il dit que les états de la Gaule assemblés ordonnèrent à ceux d'Autun et à leurs vassaux de fournir 35.000 hommes, etc. * ; l'autoritc,auliv. I, où il dit qu'il y avait deux factions parmi les Celtes, dont ks Auvergnats étaient chefs de l'une, et de l'autre, ceux d'Autun ^, et plus bas, qu'ils avaient toujours tenu le premier rang dans la province, même auparavant qu'ils eussent recherché l'amitié des Romains '. Au livre VII, les Gaulois même avouent qu'il n'y avait plus que

I. G : Imperavit ^duis atqiie eorum clientibus Segusiavis, AmhivaretiSj Aulercis,

Brannovicibus, Brannoviis. César VII, 75. — 2. G : Gallix totius factiones esse duos,

fxirum alterius principatum tenere jEduoSy l, 31. — 3. G : Omni tempore totius Gaîlùe

principatum £dui tenuertint prius etiam qtiatn Romanam amicitiam pcciissent. Le texte de

César porte : ut omni tempore totius Galliœ principcdum JEdui tenuissent, prius etiam

ûnam no^tram amicitiam appctissent... I, 43 (édition Didot, 1857).

ceux d'Autun qui retardassent la liberté des Gaules, et qui retinssent les autres par leur autorité *. Et, au liv. VIII, Trebonius fut mis en quartier d'hiver avec quatre légions, dans le Beauvaisis * et les états voisins ; et Fabius, avec autant, dans celui d'Autun, pour tenir par là en bride les Gaules, parce que les uns étaient les plus belliqueux et les autres avaient le plus d'autorité ^

n. — Voilà en quoi consistaient la grandeur et l'autorité de ceux d'Autun dont la cité, sans parler de leurs vassaux, s'étendait dans le Nivernais, Bourbonnais, Autunois, Charolais et Maçonnais, selon le sentiment du P. Monet, dans sa géographie celtique, qui rapporte le mot iEdui à quatre peuples y^dut Niverniiy jEdui Boii^ JEdui Bibractii et jEdui Ambarri.

Leurs sujets et vassaux désignés par ces mots de César, SegusianiSy Ambuaretis, BrannovicibuSy Brannoniis étaient les Ségusiens, ceux de Chalon, ceux du pays Brionnais et Maçonnais, selon l'opinion du s*" Sanson, sur les remarques de la Gaule de César; quant aux Ségusiens ou Sébusiens, le même P. Monet estime être les Foréziens, Beaujolais et Lyonnais, mais le s*^ Sanson les étend encore plus loin, ^ ceux de Bourgogne et à une partie de Bresse, estimant que leurviH^ capitale s'appelait Lugdunum, estimée par Ptolémée urbs JEduorum^'^y^ ou portion de ceux d'Autun. Le s** Sanson ajoute encore que Plir»^ appelle les Ségusiens libres, néanmoins, ayant eu la curiosité devi^^' ter ^ Pline, j'y ai rencontré Albii entre Segusii et liberi-y de sorte qt:*^ liberi se doit rapportera Albii que jVstime être ceux de Viviers et no^ pas à Secusii 5 que César appelle vassaux des Héduois; Paradin, ei^ son histoire de Lyon, rapporte la même chose.

in. — Tout ^ se verra plus clairement par le discours du s' Jean Munier, avocat du roi au bailliage d'Autun, que j'ai emprunté de mot

I . G : Unam esse /Ediioium civîtatcm qux cerlissiviam Gallix victoriam dislineat ; qm auloritate reliquas contineri (VII, 37). — 2. La désignation donnée par César est plus large : C : Trebonium ctim legionihus IV in Belgio collocat ; C : Fahium cum totidcm \n /Hduos dedticit. Sic enim existimahat tulissiwam fore Galliam, si Belgœ^ quorum maxima virtuSy et /Eduiy quorum auctorilas summa est, excrcitihus cofitinerentur, 1. VIII, $4. Le Belgium comprend les Bcllovaci, les Atrehates et les Ambiant. — 5. JEdui quorum in omni Gallia summa est auctoritas (V'III, 54). — 4. L, T, C, B, J, V : feuilleter. — 5. L, T, C, B, V : Segusii. — 6. L, T, C, B, J, V : tout ce que dessus.

et le commencement de la Seine, savoir TAuxois, TAuxerrois, et tout ce petit territoire que les rivières d'Yonne et d'Armançon embrassent depuis leur source jusqu'à la rivière de Joigny.

IV. — Pour conclusion de ce discours, il appert que les Héduois ' commandaient à ceux des diocèses d'Autun, Lyon, Mâcon, Chalonsur-Saône et Nevers qui s'étendent dans la Bourgogne duché, dans le Lyonnais, Forez % Beaujolais, Bresse, Dombes et Nivernais, ce qui fait voir nettement que le Beaujolais n'était pas un peuple particulier, mais partie ou portion des Ségusiens qui ont été depuis divisés selon les révolutions des temps et de l'état en plusieurs provinces de Lyonnais, Forez, Beaujolais, Bresse et Dombes, tous sujets d'Autun, et que ce qu'on a depuis appelé Beaujolais est une province composée de plusieurs et diverses pièces des duchés de Bourgogne , comtés de Mâcon et Lyon ou plutôt des diocèses d'Autun, Lyon et Mâcon, ce qui n'était pas en état du temps des Romains.

V. — Les Autunois qui étaient si puissants en grandeur et en autorité, et qui ne pouvaient souffrir leurs voisins, ne purent demeurer longtemps dans cette haute fortune, car, comme ils eurent quelque démêlé avec les Auvergnats pour raison de la souveraine dictature et eurent appelé à leur secours les Romains, les Auvergnats qui avaient si bien témoigné l'affection qu'ils avaient pour la nation gauloise en la bataille qu'ils eurent contre Domitius ^nobarbus, sans qu'ils fussent secourus ni assistés d'aucun, se voyant destitués d'assistance, eurent recours aux Gaulois d'Allemagne, leurs frères, qui étaient autrefois sortis du pays pour aller peupler ces contrées, sous la conduite de Bellovesus, neveu d'Ambigatus, roi des Celtes Bcrruyers ou de la cité de Berry. César étant accouru à la défense de ceux d'Autun, après avoir fait un pont d'or à Ariovistus, roi des Gaulois allemands, qui était venu au secours des Auvergnats, et lui ayant fltit passer le Rhin, tourna ses armes contre ces derniers, après s'être assuré de ceux d'Autun qui ne connurent que trop tard leur liberté asservie ' parmi les Romains, sous ombre de secours, duquel ils se seraient bien passés puisque de maîtres ils devinrent valets.

I. L, T, C, B, V : Ediiois. -- 2. L, T, C, V ne portent pas lemot Forez. — 3. L, T, C, B, V : assujettie.

quaient leur inconstance et leur légèreté ne purent être châtiées par ce général qui avait encore quelque considération pour eux qui avaient avancé sa gloire et facilité, au commencement, la conquête des Gaules, et, comme il avait d'autres fusées à démêler et qu'il aspirait à la monarchie, il dissimula son déplaisir, soit qu'il réservât de les châtier à un autre temps, ou appréhendant de se rendre odieux au Sénat s'il fâchait les alliés. Comme il ne demeura guère de temps possesseur de lempire, son successeur Auguste fit ce que Jules n'avait pu faire; ar, après avoir affermi l'état qui avait branlé après la mort de son oncle, et donné ordre de le rendre successif et héréditaire à sa famille, il fit conduire une colonie de naturels romains à Lyon, par Munatius Plancus, l'un de ses favoris, et, désirant gratifier cette ville et la faire sienne et chef de province, il commença à diminuer l'autorité des Autunois en leur retranchant tout le pays des Ségusiens, Bressans et Lyonnais, en considération de sa nouvelle colonie. Bien plus, faisant une nouvelle province séparée qu'il appela Lyonnaise, il lui assigna le pays d'Autun, Langres, Chalon et Mâcon dans la Bourgogne, avec les Bressans et Foréziens, et l'appela première Lyonnaise et y établit un lieutenant du préfet du prétoire des Gaules ' pour les quatre provinces Lyonaises, Lyon, Tours, Rouen, Sens et pour la Séquanaise ou de Besançon, comme il y en avait un à Trêves pour les deux Belgiques, Trêves et Reims, et pour les deux Germaniques, Mayenceet Cologne, et un troisième â Vienne pour les huit Viennoise, Narbonaise et Aquitanique, c'est-à-dire pour ces pays qui ont été depuis divisés en autant de provinces, car Auguste, en réformant les quatre diocèses des Gaules Narbonaise, Celtique, Belgique et Aquitanique ne fit que les subdiviser, c'est-à-dire faire deux Aquitaniques, une Narbonaise, une Viennoise, deux Lyonnaises et deux Belgiques. Ce fut l'empereur Adrien qui les subdivisa depuis en quatorze, et Théodose en dix-sept, par la division qu'il fit des deux Lyonnaises en quatre et de la Narbonaise en deux.

VIL — Par ce changement et réformation des provinces que fi^ Auguste, les Autunois perdirent la plus grande partie de leurs vassau:?* et ressortables, qui furent adjugés à la cité de Lyon, laquelle devin. ^

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