‹ Mémoires de M. de La Rochefoucauld, duc de DoudeauvilleChapitre 35 sur 112 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Avant de parler des efforts qui signalèrent à cette époque l'opinion royaliste, je crois devoir citer un article que je fis paraître dans le Comcrvatevr. Ce recueil, dans lequel MM. de Chateaubriand, de Bonald, de Lamennais, Fiévce déposaient les inspirations de leur puissant esprit, survivra aux circonslances qui firent naître tant de remarquables protestations. Ce ne sont plus là de ces écrits éphémères que chaque jour fait naître et dévore, c'est un monument que l'avenir conservera : il prouvera que l'opinion royaliste n'eut pas seulement de son côté le droit, la raison, la justice, mais encore le génie, l'esprit, le talent. La postérité, en feuilletant ce dépôt où vivront encore tant de nobles pensées, tant d'aperçus profonds, tant de remarques fines et piquantes, se demandera avec consternation comment une juste cause, ainsi servie et défendue, pouvait être soumise à d'aussi rudes, d'aussi incessantes épreuves. Elle s'en étonnera

bien davantage, si le temps lui apporte les lambeaux des écrits que le parti conlraire opposait à cette formidable artillerie du Conserfatrur. Que seront devenus pour elle la Minerve et tous ses frêles enfants? Saurat-elle seulement ce qu'étaient, et ce qu'ont écrit M. Jouy, M. Aignons et M. Pages? Et si, je le répète, quelques numéros de leurs élucubrations libérales échappent par liasard au pilon qui fait justice des mauvais écrits, ou au ver qui dévore aussi bien les livres morts que leurs auteurs, et lui tombent jamais dans les mains, quelle éclatante justice elle fera de cette ignorance des affaires, de ce cliquetis de principes absolus, de ce partage libéral qui n'offre rien à l'homme qui pense et raisonne? Et voici, dira-t-elle, les erreurs aussi m il défendues qui ont triomphé, à la longue, de la raison, du bon sens et du bon droit exposés dans un langage et avec un talent les mieux faits pour porter la conviction dans les esprits ! Et elle aura une preuve de plus de ce grand combat que de tout temps la vérité, à son désavantage, a toujours eu à soutenir ici-bas, contre le mensonge : elle se rappellera que le mensonge a pour lui, toutes les mauvaises passions qui fermentent au cœur de l'homme; que les sots, les vicieux et les ignorants sont en majorité; et que, comme l'a dit Napoléon, la victoire demeure toujours aux gros bataillons. Mais ce qui lui expliquera surtout cette énigme, c'est le triste acharnement que la royauté a semblé mettre à repousser, à briser les armes de ses défenseurs : il n'y a eu d'égal à leur généreuse persistance à la défendre, et à vouloir la sauver, que son entêtement à vouloir périr. Si je consigne ici les faibles pages qui furent si

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peu dignes de paraître à côté des productions de tant d illustres esprits, c'est pour prouver les efforts que tous, généraux, officiers et soldats, nous fîmes si inutilement, hélas ! pour arracher le bandeau fatal que la royauté' retenait de ses deux mains sur ses yeux, avec une résistance telle qu'elle n'y eût pas mis plus de forcç, si ce bandeau eût été sa couronne!...

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