MONSIEUR DE CHATEAUBRIAISD LE REMPLACE
à désirer; mais M. de Corbière avait semblé, dès son arrivée au pouvoir, traiter les gens de lettres et les artistes avec une insouciance qui, en les éloignant de sa personne, en jetait quelques-uns dans l'opposilion.
De fortes menées entouraient M. de Villèle pour décider son choix en faveur de M. de Chateaubriand, et lui-même y était très-disposé. Convaincu que ces deux hommes ne marcheraient jamais ensemble; et craignant toutes les conséquences d'une nouvelle rupture, je lis tout au monde pour l'empêcher (plus tard, je ne le laissai point ignorer à M. de Chateaubriand lui-même). Accoutumé à tenir le premier rang en littérature, il ne pouvait se contenter du second en politique. Monsieur fut de cet avis; mais il demanda que nous ne fissions aucune démarche contraire auprès du roi, craignant que cette opposition n'eût de plus graves inconvénients; je lui promis de céder, après m'être décidé à faire une dernière tentatative pour détromper M. de Yillèle. A neuf heures du soir, je me rendis chez lui ; nous eûmes une discussion assez vive, car il persistait à ne voir que les avantages de l'entrée de M. de Chateaubriand au conseil. Je parvins à l'ébranler cependant; et mon avis eût probablement fini par prévaloir, sans un incident qui survint.
M. de Chateaubriand avait fait quelques difficultés pour accepter le ministère, quand M. de Yillèle le lui avait proposé; il fut convenu alors, comme moyen de tout concilier, qu'on profiterait de cette indécision dans l'intérêt de tous. J'avais quitté M. de Villèle à onze heures du soir, et je retournai chez lui le lendemain à sept heures et demie. M. de Chateaubriand