REMANIEMENT MINISTÉRIEL
premier ami est votre pays ; aussi je m'adresse avec une confiance entière au sentiment qui vous domine et que j'approuve.
a Est-ce vous, madame, qui pourrez jamais comprendre que l'on place ainsi ses propres intérêts, là où l'on ne devrait envisager que ceux de la société?
c< Partons d'ufi point trop positif malheureusement, pour le discuter.
« La division, bien plus encore extérieure qu'individuelle, est portée à un tel point entre M. de Villèle et M. de Chateaubriand, que toute réunion semble impossible.
« Vous me demandiez hier comment on change un ministre; la réponse est facile : on lui cherche tout simplement un remplaçant. L'homme que l'on brise dans des circonstances pareilles n'est plus rien, lorsqu'il n'a plus de pouvoir, et qu'il reste sans aucune situation politique; ici, il y a autre chose : un grand talent avec des qualités sans doute; aussi des ménagements sont-ils naturels ; mais je vous dirai comme pour M. de Montmorency, l'issue de la lutte ne peut être un seul instant douteuse : évitons donc ce qui brise. Rendez, madame, un grand, un immense service à votre pays et à votre ami; décidez-le à donner sa démission; vous avez tout ce qu'il faut pour y parvenir si vous l'entreprenez. Montrez-lui ce qui n'est que trop vrai : une lutte trop vivement engagée, avec l'impossil^lité de l'emporter, je vous le jure, sur l'homme dont la puissance est telle, que l'idée de sa retraite ferait baisser les fonds publics! Ou établit partout les preuves d'une division, d'une manière tellement absolue, qu'il n'y a plus aucun moyen de les détruire!
« Si mon beau-père m'en veut, c'est bien à tort • car en contribuant, peut-être, à lui faire donner sa démission, je lui ai rendu le plus grand service. Il allait se trouver dans la position la plus fausse pour l'homme d'honneur; il eût succombe, en compromettant de la manière la plus grave les intérêts de son pays. Il me semble que la position est'absolument pareille, en ajoutant que M. de Chateaubriand a pris une altitude bien plus hostile encore. Aussi le clioc n'en est-il que plus certain, et le résultat plus fâcheux pour celui qui ne peut manquer d'y succomber.
« Je crois, en vous parlant ainsi, vous bien connaître, entrer parfaitement dans vos vues, et servir avec vous le pays, voire ami et le roi.
« Votre âme appréciera ma confiance, et elle y répondra par un succès qui ne peut être douteux, si vous suivez ce conseil. Ce sont mes pensées seules que je vous livre.
« Un jour pourtant vous me permettrez peut-être de ne pas laisser ignorer à l'homme habile qui gouverne le royaume, le service que vous aurez rendu : je l'aime trop pour supporter l'idée de son ingratitude. On ne s'acquitte avec un cœur comme le vôtre, que par l'affection qu'on lui voue : la mienne a toute la solidité de l'habitude, et toute la sincérité de mon cœur. »
Voilà comment je me vengeais de M. de \illèle; était-ce lui donner le droit de se plaindre?