‹ Mémoires de M. de La Rochefoucauld, duc de Doudeauville$h6$iDe la Seconde Restauration à la mort de Louis XVIII, 1815- septembre 1824Chapitre 14 sur 93 · DISPOSITION DE LA FAMILLE ROYALE · texte numérisé non relu

DISPOSITION DE LA FAMILLE ROYALE

La manière dont vivent nos princes a de graves inconvénients. Eloignés des affaires, s'isolanl peut-être trop, ils ne connaissent point les hommes; et ils ne peuvent acquérir cette connaissance si essentielle pour celui qui est appelé à les commander un jour. Si l'on a quelque chose à leur communiquer, une audience est facilement accordée; mais celte manière de recevoir laisse une gêne qui nuit aux communications simples et franches; et fait qu'on attend une circonstance importante pour se décider à les venir trouver. Ce n'est plus un entrelien familier qui leur apprendrait mille choses que, nécessairement, ils ignorent et qui, les mettant en rapport avec plus de gens, leur ferait mieux connaître l'opinion, les besoins, les tendances du pays, et aurait aussi l'avantage de les faire mieux et plus généralement apprécier eux-mêmes. Le trône n'est pas une propriété dont on soit libre de faire l'abandon; c'est un héritage que les princes doivent défendre; c'est la propriété de la France : ils en doivent compte à ha nation entière qui en fait la condition de son existence, de son bonheur, de son repos, de sa tranquilité : ils reçoivent cet héritage de leurs pères, ils doivenl le transmettre à leurs enfants : sans doute, ils sont les sujets du roi et ils doivent paraître à ses yeux les sujets les plus respectueux cl les plus soumis;, mais ils doivent compte au roi de leurs propres lumières; et si le roi, trompé par ceux qui l'entourent, paraissait se livrera des gens qui, voulant sa perle, prépareraient d'avance la ruine du trône, ils devraient alors l'éclairer, ou tout entreprendre pour y parvenir. C'est un devoir sacré pour celui qui approche le monarque de lui dire la vérité, quelque

pénible qu'elle puisse être, quelque grande que soit la crainte d'encourir sa disgrâce. Perdre les bontés du prince que l'on chérit serait un malheur, sans doute; mais un plus grand malheur encore, serait de ne pas se montrer digne de la position que le ciel nous a donnée.

C'est uniquement dans le témoignage de sa conscience que l'on doit trouver sa récompense. Si c'est là le devoir d'un sujet, celui d'un prince qui se trouve placé près du trône n'est pas moins sacré.

Tous les journaux libéraux et révolutionnaires ont applaudi à l'ordonnance du 5 septembre. Ils sentent que le cabinet, en se séparant des royalistes, sera tôt ou tard entraîné à s'appuyer sur les libéraux.

D'après l'ordonnance du 5 septembre, les collèges électoraux se divisent en deux fractions : collège d'arrondissement et collège de département. Cette organisation est infiniment favorable à l'action ministérielle.

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