TABLEAU DES DÉCÈS DANS QUELQUES PROFESSIONS
Bijoutiers 141
Blanchisseuses 485
Boulangers 126
Charpentiers 97
Cordonniers 459
Corroyeurs 43
Couturières 665
Cuisinières 295
Domestiques 616
Ébénistes 111
Épiciers. 58
Jardiniers 143
Imprimeurs typographes 194
Journaliers 1171
Maçons 551
Marchands de yin 140
Menuisiers 291
Portiers 496
Serruriers 202
TaiUeurs 305
Avant l'apparition du choléra , on était univers sellement d'avis que toutes les émanations infectes devaient prédisposer à la maladie ou être une cause d'intensité , et l'on considérait comme préservatif efficace une localité bien exposée, éloignée des éta-
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blissemens qui répandent des miasmes putrides , dans une situation où l'air circule librement. Pour rendre cette observation plus sensible , je citerai deux exemples : la commune de Passy, par son heureuse exposition au midi , sur un coteau plus élevé que le sol environnant j et par sa population riche, logée dans des maisons commodes, spacieuses, à la porte des promenades des bois de Boulogne, et dominant la Seine, dont le cours est rapide sur ce point, semblait à tout le monde devoir être à l'abri de l'épidémie. Les personnes qu'effrayait le plus l'approche du fléau auraient cm, en s'y réfugiant , être là dans une retraite inaccessible à ses atteintes.
D'un autre côté, les habitations situées dans l'atmosphère de Montfaucon , de ce cloaque infect et dégoûtant, paraissaient devoir servir de tombeau à ceux qui osaient y résider.
Les rapports des commissi(His sanitaires chargées d'explorer cette dernière localité s'exprimaient en ces termes :
« Bien que cette double cause (les clos d'équar- » rîssage et les dépôts de matières fécales) aient été D depuis kmg-temps l'objet de justes et vaines rén clamations, la commission croit devoir néan* u moins la mentionner ici comme l'une des plus n importantes et des plus capables de compromet- Il tre la santé publique; que si l'administration
MÉMOIMES DE M. GISQUBT. U7
Il pouvait encore persister, sous le prétexte de son » innocuité , ou même de ses effets salutaires, nous Il lui dirions, avec une profonde conviction , que ji jamais des émanations putrides et des foyers d'in- » fection ne peuvent être des causes de santé, quels » que soient, à cet égard, les préjugés populaires j» ei même Topinion des hygiénistes.
n II est bien vrai que l'on vit, par nécessité d'à- Il bord , puis par habitude, dans une atmosphère n enputréfacti(m; maisrinfluence d'une telle cause u n^exL est pas moins constante,- et, quand elle se » surajoute à celle d'une épidémie quelconque, elle H n'en devient que plus redoutable et plus meur- » trière; c'est toujours un ennemi qui cache sa M puissance, et qui en attend une autre pour la faire n éclater avec plus de violence , etc. »
On lit ce qui suit dans le rapport d'ime autre commission :
u Nous avons dû apporter d'autant plus de sévén rite et d'exactitude dans nos investigations , que n le canton de Pantin est le plus infect et le plus » malsain, non seulement du département de la M Seine, mais peut-être de la France entière. Nous Al nous efforcerons d'en dévelo{^r les causes et de >» les signaler à l'attraticm de l'autorité, persuadés n que nous sommes que, si quelque maladie épidé- M inique venait à frapper la population àe nos con-* )i trées, cette maladie trouverait dans les foyers
hhS MÉMOimES DE M. GISQUET.
» d'infectioa que renferment plusieurs communes » du canton un fécond aliment à la contagion , et » que les ravages pourraient être d'autant plus fîi- » nestes que les communes les plus insalubres sont » plus prés des barrières. »
Voilà donc , d'après l'opinion des hommes instruits, les deux points, les deux situations les plus opposées : Tune (Passy), ofirant toutes les conditions de sécurité contre le choléra ; l'autre (Montfaucon), réunissant, au suprême degré, tout ce qui pouvait concourir à l'anéantissement de la population.
Le choléra s'est joué de tous les calculs de la science, de toutes les prévisions humaines ; il a remis en question tout ce qui semblait ne pouvoir plus êti*e contesté. Pour le démontrer, je n'aurai besoin que de mettre en présence les résulats de son passage dans les deux localités dont il s'agit*
Le nombre des décès a été, à Passy, de vingt-six par mille habitans, soit d'un sur trente-huit et demi ; ce qui même excède, comme on l'a vu, la proportion des décès dans l'intérieur de Paris.
A M ontfaucon et dans les communes circonvoisînes (la Villette, Belleville, Pantin, les Prés-Saint- Gervais, Noisy-le-Sec et Romainville) , on n'a compté que seize morts par mille habitans, soit un sur soixante-deux et demi. Il résulte de ce rap^ prochement qu'on avait quarante pour cent de
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moins sur les chances de danger à résider à Mont- &ucon qu'à Passy.
Mais , dirar-t-on peut-être, les hommes travaillant aux clos d'équarrissage ou aux bassins des matières fécales auront nécessairement souffert dans une proportion plus considérable. Cette supposition serait encore une erreur; sur cent cinquante-quatre ouvriers occupés à cette manipulation dégoûtante, un seul est mort du choléra. Il y a plus : au milieu des bassins il existe un chantier d'équarrissage, dont les exhalaisons sont vingt fois plus fortes et plus repoussantes que celles de la voirie ; cet établissement renferme trente ouvriers employés à disséquer des animaux en putréfaction : aucun d'eux n'a été atteint par le choléra.
Dans les autres localités, les caprices de l'épidémie ont présenté des phénomènes aussi bizarres , aussi imprévus ; et il est vrai de dire que les nombreuses études auxquelles tant d'hommes capables se sont livrés n'ont fourni jusqu'à présent que des lumières incertaines sur les influences atmosphériques^ salutaires ou nuisibles , sur lés conditions .locales et sur la position topographique qu'il importe de rechercher ou de fuir. *
L'attention soutenue que j'ai donnée à la marche et aux développemens de la maladie , les nombreux documens qui me sont parvenus, et que nul
autre n'était en position d'obtenir aussi complets I. td
que moi, m'autorisent à penser que les causes susceptibles de diminuer ou d'augmentier les chances de danger sont excessivement nombreuses, et qu'il est très-difficile de dire comment et dans quelle proportion chacune d'elles ccmcoiut à un bon ou à à un mauvais résultat. Il y a tout à la fois complication de l'organisation physique et morale, influence inhérente à la nature de l'habitation, à l'âge, aux habitudes d'hygiène, à l'espèce de travaux , à la régularité de la conduite, à l'état de fortune, à la puissance des émotions.
Suivant moi, la situation qui offre le plus de prise au choléra est celle d'une personne dont la demeure est trop petite, humide, malpropre, ne recevant le jour et l'air que par une seule ouverture; d'une personne manquant de force morale, se livrant à des excès quelconques, et, parfois, réduite à se priver d'alimens et de sommeil; passant alternativement de l'oisiveté à un travail excessif, et d'un état de tranquillité d'esprit à des impressions violentes.
Supposons qu'un tel individu s'abandonne à l'i-. vresse, après avoir été afiaibli, débilité par les privations; que, le sang appauvri et brûlé par l'intempérance ou par les veilles, il se livre à des désordres d'un autre genre^ et qu'avec cela il ait pour habitation le local que je viens de décrire :
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cet individu se trouvera, certes , placé dans les conditions les plus atti'actives pour l'épidémie.
Un complément est indispensable aux explications précédentes sur Texistence du choléra à Paris. Ce complément , c'est le tableau des dépenses réglées et payées par mon administration.
Au début de la maladie, l'autorité municipale fit un appel à la générosité des babitans pour obtenir les ressources qui devenaient indispensables. Une souscription fut ouverte; la charité publique se montra aussi empressée que les circonstances étaient graves. En peu de joiu^sune somme de 748,044 fr., oflFerte par la bienfaisance , devint un puissant secours dans les mains de l'administration.
La moitié de cette somme, remise au préfet de la Seine, lui permit de rendre plus abondantes les distributions faites par les bureaux de charité.
L'autre moitié, versée à la caisse de ma préfecture, et réunie à une somme de 1 50,000 fr., votée par le conseil municipal, composa un capital de 524,000 fr. mis à ma disposition, et que j'employai de la manière suivante, savoir :